06 décembre 2009

Les 10 livres que j'ai préférés cette année

10. C'est totalement crétin, sexiste et gratuit mais j'adore Sun-Ken Rock pour toute une série de petits détails, comme les états d'âme de l'auteur imprimés sur les revers de la couverture ou le dessin cochon qui est toujours caché sous la jaquette.  D'une intensité graphique qui frôle la virtuosité, Sun-Ken Rock est à la fois le poison et l'antidote. Impossible de savoir à quel degré il faut lire chaque volume, où la violence est toujours poussée jusqu'à son paroxysme. Mais j'en redemande.

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9. Dans l'absolu, c'est le genre de fausse bonne idée qui donne en général un résultat décevant : un scénariste asiatique associé à un dessinateur occidental. Mais tous les a-priori se sont évanouis devant l'originalité du dessin et la force de l'histoire : le communisme à la chinoise vu à travers les yeux d'un enfant dont le père est artisan malgré lui du "grand bond en avant". Evidemment, impossible de ne pas penser à Marzi ou à Gen d'Hiroshima, autres récits inscrits dans un contexte politique brûlant. Mais Une vie chinoise tient pour le moment la comparaison.

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8. Je ne suis pas sûr d'être fan de Kim Youn Kyung, ni du prétexte qui sert de trame narrative à Ma vie chez Yureka. Par contre, envisagé comme un roman-photo sur le quotidien d'une mangaka coréenne, c'est à la fois ultra-documenté et terrifiant : enfermée avec ses assistants, la créatrice de Yureka bosse jusqu'à 17 heures par jour pour boucler les 20 pages hebdomadaires qu'elle doit rendre à son éditeur. Du stakhanovisme appliqué à la bande dessinée. Avec des couettes.

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7. A ceux qui se demandaient où ils voulaient en venir avec leur série, Global Boboland apporte un début de réponse en accélérant la marche du n'importe-quoi. Et c'est quand la farce devient de plus en plus grosse (à base de chevreuils réimplantés au Bénin par orgueil et de magasins de fringues ouvrant une brèche spatio-temporelle) qu'elle prend toute sa saveur : car l'absurde est la meilleure forme de critique de notre époque.

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6. Avant Isaac le pirate, les récits de flibuste ne m'intéressaient pas du tout. Et je n'avais rien à carrer du western avant Gus. Avec ce ton qui tient autant de l'hommage (une mise en couleur pop façon Morris) que du remake iconoclaste (Si les cowboys de Christophe Blain ne pensent qu'à tirer, ce n'est pas uniquement avec leur six-coups...), j'en viens presque à loucher sur les étoiles de shérif.

06
5. Ce n'est pas parce que je me suis déjà longuement répandu sur le dyptique de Mahler (L'Art selon Madame Goldgruber / L'art sans Madame Goldgruber) que je n'allais pas en profiter pour en remettre une couche : avec l'air de ne pas y toucher, l'Autrichien balance des pavés dans la mare. Et défonce les idées reçues : "la planche originale n'a pas de valeur", "les expositions de bandes dessinées m'ennuient profondément", "la bande dessinée et l'art ont toujours été des ennemis irréductibles"...

05
4. Emmanuel Guibert est certainement l'auteur le plus sous-estimé de notre époque (surtout quand je lis dans Elle que grâce à Joann Sfar, la bande dessinée est parvenue à égaler la littérature). L'éclectisme de son œuvre (de La guerre d'Alan à Ariol) n'a d'égal que sa densité. Mais derrière l'auteur, il y a aussi le dessinateur qui se réinvente à chaque page de ses carnets, mêlant techniques graphiques et supports narratifs. Loin de la bande dessinée, Japonais mérite ses 46 euros (mais si vous le trouvez d'occasion, ce n'est pas mal non plus).

04
3. Relire le Dark Knight de Frank Miller dans son édition Absolute ultra-luxueuse, vingt-deux ans après avoir acheté le tome 1 paru chez Aedena, ça donne quoi ? Et bien c'est toujours aussi décapant : car aucun réalisateur qui se soit attaqué au mythe n'est jamais parvenu à égaler la noirceur et la folie de Miller. J'ai même l'impression qu'au niveau bande dessinée, depuis vingt-deux ans, aucun auteur n'ait réussi à donner à Batman autant d'épaisseur.

03
2. Si je n'ai pas fait de découverte majeure en manga pendant l'année 2009, Ushijima n'a cessé de se bonifier de volume en volume. Un peu à la manière de The Shield, Ushijima délaisse rapidement le terrain de l'ultra-violence pour s'intéresser à la mécanique inéluctable de la chute : comment on en vient à contacter un prêteur sur gage clandestin et quels en sont les effets irréversibles. Au-delà des genres (le thriller, le manga...), un très grand série.

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1. Impossible de départager Transat de Ma vie mal dessinée sur la première marche. Parce qu'ils sont tous les deux ce qui pouvait arriver de mieux à la bande dessinée autobiographie : le terreau d"un récit larger than life, empreint d'humour et d'humanité, où l'auteur se dévoile sans s'exhiber. J'aimais déjà beaucoup Aude Picault et Gipi, mais je ne me doutais que leur meilleur livre était encore devant eux. Jusqu'au prochain ?

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Posté par philippe dumez à 19:17 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


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