14 juillet 2007

En week-end avec Emmanuel

30521_2Je ne connais pas beaucoup d'auteurs de bandes dessinées susceptibles de réussir à la fois un récit historique (La guerre d'Alan), un témoignage bouleversant sur l'action d'une association humanitaire (Le photographe), une fable fantastique dans un esprit très XIXème siècle (Le capitaine écarlate), un conte philosophique (Les olives noires), de mener de front deux des meilleures séries pour enfants (Ariol et Sardine de l'espace), d'avoir signé un des albums les plus poétiques de ces dernières années (La fille du professeur)... En fait, je n'en connais même qu'un et il s'appelle Emmanuel Guibert.

A l'image de Lewis Trondheim (qu'il a caricaturé dans Les olives noires), il a depuis longtemps dépassé les clivages entre les éditeurs et entre les genres pour imposer ses impressionnants talents de dessinateur et de scénariste, sans que les deux soient forcément associés sur chacun de ses albums. Personnellement, il me bluffe. Et encore plus depuis que j'ai lu son carnet de croquis édité aux Éditions Ouest-France : La campagne à la mer. C'est loin d'être une nouveauté (il est paru en 2002), mais je n'avais jamais pris le temps de le lire. Ou plutôt : de me plonger dedans. Car il est beaucoup question de plaisir tout au long de ces pages. Celui du dessinateur, flânant en Normandie avec sa boîte de peintures, et celui du lecteur, qui voyage avec lui. Ne surtout pas se fier à la couverture, qui donne un aperçu malheureusement peu représentatif de l'ouvrage (en plus c'est un dessin au pastel, et je trouve que c'est ce qui lui réussit le moins) : se laisser plutôt absorber par les paysages qu'il saisit d'une façon étonnante, tantôt de manière très figurative, tantôt presque abstraite.

Je suis d'ordinaire assez peu client des carnets de croquis quand ceux-ci se contente  d'exhumer des fonds de tiroir (ceux de Chris Ware et de Seth ne m'ont guère passionné alors que j'adore leurs albums), mais La campagne à la mer me parle, quand bien même je n'ai jamais vécu à la campagne... et encore moins à la mer. Aussi parce qu'il est émaillé de conversations saisies au vol ou d'anecdotes manuscrites, comme celle du paysan qui, depuis que Monet a peint sur ses terres, a décidé de prélever une rançon à tous les barbouilleurs qui viennent suivre son exemple, ou la liste des joies et peines de l'existence établie par les enfants du catéchisme d'Arques la Bataille.  Si ce livre n'a rien à voir avec de la bande dessinée, il montre de quoi Emmanuel Guibert nourrit les siennes : d'un travail quotidien d'observation où l'exigence côtoie l'excellence.

Posté par philippe dumez à 21:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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