15 juillet 2007

Le double effet Mic et Mac

micetmacA force de m’entendre réclamer tous les soirs encore un tout petit livre avant d’aller se coucher, j’ai fini par prendre le grand bonhomme au mot : j’ai acheté le plus petit livre que je pouvais trouver. Avec ses 8x8,5cm, il ne comporte même pas la place pour un code-barre. J’en ai trouvé trois dans la même collection alors j’ai investi dans les aventures de Mic et Mac, deux lutins crétins imaginés par Nadja. Si vous ne connaissez pas son nom, vous connaissez forcément son dessin : Nadja est, avec Grégoire Solotareff (son frère) et Antoon Krings, une des pointures de l’édition jeunesse. Impossible cependant de la confondre avec l’auteur de « Mireille l’abeille » et « Loulou le pou » : sa façon de peindre, marquée par l'expressionisme, est beaucoup plus brute. Elle est particulièrement mise en valeur par la maquette de ses ouvrages, composés de doubles pages saisissantes. Ses récits , souvent oniriques, empruntent des passages étranges, entre le rêve et le cauchemar (Chien Bleu, La petite fille du livre, Méchante...) : ils ont le mérite d’ouvrir le domaine très conservateur des livres pour enfants vers d’autres univers, comme l’art ou le fantastique. Nadja a également signé des ouvrages plus destinés aux adultes : Comment ça se fait, paru chez Cornélius, où elle s’interroge sur la mécanique de la création en plongeant son bestiaire habituel dans le quotidien, ou La forêt de l’oubli, chez Bayou, auquel je ne suis pas sûr d'avoir tout bien compris (mais ce n'est pas grave, ça fout quand même bien les boules).

Mic et Mac tiennent une place à part dans sa bibliographie : sous des apparences très classiques (Mic et Mac se promènent, se font peur, font des gâteaux..), c’est certainement sa série la plus absurde. Par l’extrême simplicité de ses dialogues et leur caractère très répétitifs (je ne vous cache pas que Mic et Mac semble destiné aux très jeunes enfants), Nadja détourne les codes pour mieux les tourner en ridicule : on n’est pas très loin de l’étrangeté des Teletubbies ou du caractère régressif de Placid et Muzo, ici complètement assumé (« - Tu trouves que j’ai un gros derrière, Mac ? - Un petit peu gros, Mic. »). Moi qui pensait gagner du temps avec (chaque mini-fascicule ne fait que 12 pages), je suis obligé de les relire chaque fois tellement le grand bonhomme ADORE ça. C’est ça le double effet Mic et Mac : les petits albums qui durent encore plus longtemps que les grands.

Posté par philippe dumez à 21:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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