i wanna be your blog

Le blog vieux jeu de Philippe Dumez.

15 novembre 2009

Chuck Me I'm Famous

Tous les matins, je retrouve Chuck sur le quai du métro et on fait le chemin ensemble jusqu'à la porte de Clignancourt. Le fait qu'il ait des avis arrêtés sur à peu près tout et n'importe quoi (la forte dose d'énergie sexuelle statique au sein des journaux étudiants, la carrière de Falco, en quoi Kid A prédit le 11 septembre 2001, le délai réglementaire avant de sortir avec l'ex de son meilleur ami, la frontière ténue entre la tristesse et l'intelligence, les films dont le héros est victime d'un complot auquel personne ne croit sauf lui,  les gens qui assistent aux concerts uniquement pour pouvoir dire ensuite qu'ils y étaient...) ne me dérange pas du tout : au contraire, j'adore ce mélange de lucidité et de mauvaise foi qui le caractérise. Souvent, je suis largué, surtout quand il m'entreprend sur des sujets aussi pointus que Foghat, Edward Winter ou REO Speedwagon. Mais je bois du petit lait en l'écoutant. J'oublie qu'en raison des travaux, la station Jaurès est actuellement fermée au public, et j'ai l'impression de me retrouver à l'intérieur d'une Ford Taurus Silver qui traverse les Etats-Unis.

Chuck
C'est la première fois que je relis Je, la mort et le rock'n'roll de Chuck Closterman, et ce livre soulève toujours autant de questions chez moi : Comment parvient-il à me faire rire tout en égratignant mes groupes préférés ("Chaque type de Joy Division aurait dû se pendre, probablement ; New Order n'aurait manqué à personne, à part à une bande d'idiots qui pensent de prendre des drogues et danser est plus fun que boire et se sentir mélodramatique") ? Pourquoi écrire sur le rock n'est-il pas toujours aussi ludique ? Comment se fait-il que je me sente aussi proche de cet originaire du Minesotta qui soliloque sur le fait que "Walking in LA" des Missing Persons est probablement le single le plus visionnaire de 1982 ? Comment est-il arrivé à concilier indépendance d'esprit et conscience professionnelle ?

Plus je relis Chuck Closterman, plus je deviens imperméable à la critique, car elle n'a absolument pas tenu compte des brimades qu'il lui fait endurer ( "En ce moment, le journalisme rock consiste principalement en une chronique légère  accompagnée d'un question / réponse : ça n'apprend rien à personne (habituellement) et il n'en sort rien de nouveau (jamais)". Je, la mort et le rock'n'roll est paru en 2005, et malheureusement aucun disciple n'est apparu depuis  pour soutenir l'auteur dans sa croisade contre le musicalement correct.   Il n'a pas l'air pour autant de mal s'en porter, bien au contraire : sa récente chronique des remasters des Beatles est haut la main ce que j'ai pu lire de plus original sur le sujet.

Deux fois par jour et cinq fois par semaine, je retrouve Chuck. J'avance sans me presser. Je me délecte quand j'apprends que Rumours de Fleetwood Mac est son album favori des années 70, et je ricane quand il se moque d'Interpol. Si je relis Je, la mort et le rock'n'roll, c'est pour mieux enchaîner sur Sexe, drogues et pop-corn, son second ouvrage traduit en français. Je ne sais pas s'il me marquera autant que le précédent, mais je suis par contre deux fois plus impatient de le découvrir. Je sais qu'il m'attendra sur le quai direction Porte Dauphine sous le coup des 09h20. Et que pour rien au monde je ne raterai ce rendez-vous.

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08 novembre 2009

Embarquement retardé

On m'avait tellement prédit que j'allais adorer cette série que j'y suis allé à reculons : j'avais autant peur d'être déçu que de décevoir ceux qui me l'avaient recommandée. Et puis je n'arrivais pas à mettre la main sur l'intégrale de la saison 1 sous-titrée en français. J'en avais fait mon deuil quand j'ai fini par intercepter un DVD qui circulait de mains en mains. Tiens donc : deux ans après tout le monde, j'allais enfin pouvoir avoir un avis sur Flight of  The Conchords.   

flight_of_the_conchords
S'est produit ce qui devait se produire : frappé par la similitude avec Testees (les deux co-locataires qui officient comme cobayes dans un laboratoire), je ne me suis pas tout de suite ému du sort de ces deux Néo-Zélandais expatriés à New York. Surtout que Flight of The Conchords ne joue pas pas sur le registre de la démesure (ceux qui auraient raté Testees peuvent se rattraper sur la mini série web "Inside Steve's Mind", mais attention, c'est gratiné) mais adopte au contraire un ton pince-sans-rire. A l'image de Murray (l'extraordinaire Rhys Darby), le manager du groupe, dont la motivation n'a d'égal que la ringardise, mais qui va vite voler la vedette à Bret et Jemaine.  Son importance dans la série lui vaut d'avoir sa propre chanson, "Goodbye Leggie Blonde", en hommage à la responsable informatique dont il est tombé éperdument amoureux.

rhys
Des chansons ? Flight of The Conchords en comporte deux par épisode. Au début, j'ai cru à une version anti-folk de la Chanson du dimanche. C'est en les réécoutant sans les images que soudain j'ai eu la révélation  : Bret et Jemaine n'appliqueraient-ils pas à la lettre toutes les recettes enseignées par Ween ? Pasticher ouvertement le premier tube des Pet Shop Boys ? Rendre un hommage délirant à David Bowie ? Ecrire des tubes crétins ? Leur science du détournement est à son apogée. Sub Pop ne s'y est pas trompé en publiant deux albums du duo, reprenant les meilleurs titres de chaque saison. Evidemment, chacun trouvera à redire parmi cette sélection. Pourquoi "Frodo, Don't Wear The Ring", leur délirante adaptation du Seigneur des Anneaux, n'a pas été retenue ?  Et pourquoi "A Kiss Is Not A Contract" plutôt que "Cheer Up, Murray"

J'ai l'impression de revoir la saison 1 de Flight of The Conchords chaque fois que je pose le disque sur la platine. Et je vis cette expérience sensoriellement inédite : j'écoute une série TV. Je la chante sous la douche. Et je ne suis pas loin de me l'offrir en t-shirt. Finalement, ça valait la peine d'attendre le Concorde. J'économise dès maintenant pour pouvoir me payer le voyage retour en classe affaires.  

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07 novembre 2009

Georgia on My Mind

D'une manière inconsciemment sexiste, je consacre toujours plus de place sur ce blog à mes chanteurs préférées qu'à leurs homologues féminins. Peut-être parce que ma discothèque sent plus le parfum de la Converse usagée que l'eau de Cologne. Et pourtant : l'intensité de la relation que j'ai pu établir avec certaines muses rendrait jaloux plus d'un barbu.  Si je connais Georgia depuis plus d'une dizaine d'années, c'est petit à petit que je me suis attachée à elle. Parce qu'elle signe une chanson importante sur chaque album de Yo La Tengo : "Satellite" sur May I Sing With Me, "Nowhere Near" sur Painful, "Decora" sur Electr-O-Pura, "Center of Gravity" sur I Can Hear The Heart Beating As One, "Tears Are In Your Eyes" sur And Nothing Turned Itself Inside-Out... D'abord discrète, sa place s'est affirmée au sein du groupe, jusqu'à en devenir l'essence même. Même si James McNew n'a pas manqué d'occasions de se distinguer ("Stockholm Syndrom", "Mister Tough"...), ce sont toujours les chansons de Georgia que je suis impatient de découvrir.

georgia
Starsky m'avait mis la puce à l'oreille en insérant dans une de ses mixtapes un extrait de Popular Songs : "By Two's". La cuvée 2009 s'annonçait excellente. Et je n'avais pas encore découvert "If It's True" (peut-être le morceau le plus marqué par la Motown que Yo La Tengo ait jamais enregistré) ni "When It's Dark". Du coup, après les avoir raté à l'Alhambra, j'attends avec encore plus d'impatience leur concert du 30 novembre au Bataclan. Et si Ira ne manquera pas de me fracasser les oreilles (Interprétera t-il "And The Glitter Is Gone'", le titre qui clôt leur album et qui met la barre encore un cran plus haut que "The Story of Yo La Tengo" ? ), je n'aurai d'yeux que pour Georgia derrière ses fûts.
Sa discrétion est justement ce qui la rend indispensable. Elle chantera peut-être "Feel Like Going Home", "Today Is The Day" ou "Little Eyes" et mon petit cœur de fan se serrera très fort. "Just An Old Sweet Song / Keeps Georgia On My Mind".

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02 novembre 2009

Les années laser

Je ne sais pas si c'est le fait de publier sur Facebook  des souvenirs liés à mon adolescence ou un après-coup du concert de Fleetwood Mac, mais je suis actuellement en pleine régression. Sur les derniers vide-greniers de l'automne, j'ai acheté mon poids en compact-disques : les mêmes, en général, que j'avais commencé à remplacer il y a 10 ans au profit de vinyles. J'ai tout repris sans discernement. Même l'album des Pale Saints paru après le départ de Ian Masters ? Même celui-là. Comble du mauvais goût, j'ai aussi investi dans une nouvelle platine laser. Pas rancunier quand même : la même que celle qui m'avait laissé tomber il y a 5 ans, une Sony des familles avec son inutile télécommande et son high density linear converter. Ajoutez à ça une pile de vieux Best millésimés 85/87, et vous aurez une idée de l'état dans lequel je me trouve. Si je vais me  faire perçer l'oreille droite en hommage à Roland Orzabal avant Noël ? Je vous en laisse la surprise.

sony
Alors que j'avais bien juré, depuis que je suis devenu un lecteur assidu de blogs, que les magazines avaient perdu pour moi tout intérêt, j'en ai acheté deux à la Gare de Lyon vendredi matin. Vox Pop et Eldorado. Je lis de manière irrégulière le premier, car la forme finit toujours par l'emporter sur le fond, mais je suis sensible au fait que, derrière les mots, se dessine un projet : tenter de cerner comment la musique est consommée par les adolescents aujourd'hui. Vox Pop avait offert sa première couverture aux Tiny Masters of Today : c'est aujourd'hui un lecteur de 16 ans qui parade à la une. Les pages les plus intéressantes sont celles qui sortent des sentiers battus : une rencontre avec les lycéens du collège Sévigné, une enquête chez les fans de Tokio Hotel, un reportage sur les assidus des cimetières... A la fin de Vox Pop, il n'a y a pas de chroniques au kilomètre, mais un portfolio d'un photographe japonais. C'est à ce genre de détails que cette revue fait la différence.

Le premier numéro d'Eldorado m'avait laissé sur ma faim : alors que je m'attendais à un fanzine amélioré (un No Depression français ?), je n'avais trouvé qu'un magazine sans moyens. J'ai vu les noms de Daniel Johnston, Big Star, Chris Garneau et Kris Kristofferson sur la couverture du numéro 5, alors évidemment, je lui ai donné une nouvelle chance. En un an, Eldorado s'est étoffé : les sujets sont plus longs, les choix aussi pointus. C'est quand même la seule gazette que j'ai vu consacrer 6 pages à Magnolia Electric Co et sa couverture à un groupe totalement inconnu qui vient de sortir son premier album sur Rough Trade (Edward Shape & The Magnetic Zeros). Je ne dis pas que j'ai tout lu (je n'ai jamais voué un culte particulier aux Black Crowes ni à Social Distorsion), mais j'ai compris le propos, qui est totalement complémentaire à celui de Vox Pop : comment la musique continue à être consommée aujourd'hui par ceux qui refusent de tirer une croix sur leur adolescence.

En tant que lecteur, je rêverai que l'équipe de Vox Pop se penche sur les lecteurs d'Eldorado. Qu'elle réunisse à les choper à la sortie du bureau et qu'elle leur tire les vers du nez. Tes vinyles, ils sont toujours chez ta mère ? Tes mômes, ils savent qui c'est Chuck Prophet ? Et la patronne, elle en dit quoi de tout ça ? J'en ris, mais j'aurai bien peur de me retrouver au milieu. En photo avec ma platine CD sous le bras, et un t-shirt des Violent Femmes sur mon torsé bombé. Do you like American Music ? You Were Born Too Late / I Was Born Too Soon / But Everytime I Look At That Ugly Moon / It Reminds Me Of You.

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24 octobre 2009

Transi devant Transat

Si j'étais lecteur de ce blog, je me serai depuis longtemps adressé le reproche suivant : "Mais bordel, pourquoi tu n'as jamais parlé de Transat de Aude Picault, alors que c'est certainement LE LIVRE DE L'ANNEE" ? Et je me serai répondu sur ce ton : "Cher Philippe, tu as raison et je ne suis qu'une merde. Transat est probablement, avec Ma vie mal dessinée, l'album qui m'a le plus touché depuis le début de l'année. Et pourtant, il y a peu de temps encore, je ne donnais pas cher de la bande dessinée autobiographique. Depuis la sortie du séminal Journal d'un album, j'en ai abusé, jusqu'à m'en lasser. Et c'est une des raisons pour lesquelles je me suis tourné vers le manga : parce qu'il a comblé un manque fictionnel longtemps resté inassouvi.

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Si Transat est important, c'est aussi parce qu'il marque une progression depuis Papa. S'il abonde de questions aussi existentielles, c'est cette fois-ci avec plus de recul, et une légereté qui, à mon sens, faisait cruellement défaut au précédent ouvrage. Le sensibilité est toujours à fleur de peau : mais le traitement, beaucoup moins à vif, reflète la sérénité de l'auteur qui, graphiquement, se situe encore au-dessus de tout ce qu'elle a signé jusqu'ici. Et c'est quand elle aborde l'inabordable (dessiner la mer sur 10 doubles-pages d'affilée, avec pour contrainte la plume et le noir et blanc) que Aude Picault sidère. L'effet obtenu est aussi ébouriffant qu'une bourrasque.

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Voilà donc mon cher Philippe ce que j'aurais pu écrire au sujet de Transat si j'avais été un peu plus sérieux. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir été impatient de l'acheter. J'ai même failli quitter le concert auquel j'étais en train d'assister pour foncer avant la fermeture du Virgin Megastore afin d'en acquérir un exemplaire, urgence que j'ai reporté au lendemain. Est-ce que c'est parce que j'ai été autant impressionné que j'ai laissé passer des mois avant d'en parler ? Ne me suis pas plutôt laissé séduire entre temps par quelque éphémère chimère, releguant Aude à plus tard ? Tu m'as heureusement fourni l'occasion de mettre un terme à ce silence honteux. Et peut-être même que, d'ici la fin de l'année, je prendrai aussi la peine de parler de A Mountain Of One, certainement ma découverte de cette année ? Allez, chiche. Mais une seule chose à la fois...

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18 octobre 2009

Waiting For My Mac

Millions d'albums vendus, linge sale lavé en public, production calibrée FM, mecs en collants et queue de cheval, blondes aux cheveux lissés : il m'aura fallu 35 ans pour parvenir à passer ces épreuves et apprécier Fleetwood Mac pour ce qu'il est. Soit un groupe ayant marqué l'inconscient collectif à l'aide de chansons qui ont dépassées le contexte difficile de leur élaboration. Je ne parle pas évidemment du Fleetwood Mac de Peter Green, mais de cet espèce de monstre qui s'est abattu sur les charts américains à la fin des années 70.

Rumors
Je n'aurai certainement jamais eu l'idée d'aller plus loin que mes préjugés si Camper Van Beethoven n'avait pas entrepris de réenregistrer en intégralité Tusk. Tusk ? Le double album paru en 1979, celui sur lequel les couples au sein du groupe règlent leurs comptes par chansons interposées : "Qu'est-ce qui te fait croire que tu es la bonne", "J'ai mon compte", "Ne me fais jamais pleurer", "Je sais que je n'ai pas tort", "N'oublie jamais"... Il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour s'attaquer à un pilier du patrimoine américain. Je me suis dit que ce serait idiot de commencer par la reprise sans jamais
avoir entendu l'original, alors j'ai fini par acheter Tusk, puisque chaque bac d'occasion en contient au moins un exemplaire.

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Je suis immédiatement tombé sous le charme des chansons de Lindsay Buckingham, parce que, comparativement à celles interprétées par les filles, ce sont les moins produites. Pourtant, paradoxalement, c'est vers celles de Stevie Nicks que ma préférence va aujourd'hui, même si ce sont celles qui accusent le plus le coup. Et pourtant, je frissonne à chaque fois que j'entends Sara, Rhiannon, Gypsy ou Dreams. Et peu importe si elle en fait des tonnes et parade toujours dans des tenues bouffantes qui la mettent rarement en valeur. Après Tusk, j'ai acheté Rumours, Mirage et Tango In The Night, passant du stade de béotien à celui de fan transi. Quand j'ai entendu les New Pornographers reprendre "Dreams" en concert, je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul.

Fallait-il pour autant prendre le risque d'aller voir ce qui reste de Fleetwood Mac (soit Lindsay et Stevie réconcilés, mais sans Christie Mc Vie) sur scène ? A vrai dire, je n'ai même pas réfléchi : je me suis précipité, au risque de déchanter toute la soirée. Volontairement, je me suis tenu à l'écart de toutes les vidéos postées sur Youtube et de tous les compte-rendus des première dates du "Unleashed Tour". Serait-ce la cerise sur le gâteau de la semaine la plus chargée de l'année (Mountains Goats mardi, Jonathan Richman mercredi, The Pixies vendredi) ? Ou au contraire, serait-ce la goutte qui fait déborder le vase ?

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Par deux fois, j'ai eu les larmes aux yeux, ce qui ne m'était jamais arrivé. Quand Stevie a entonné "Dreams" ("Now Here You Go Again / You Say You Want Your Freedom..."), et sur l'intro de "Stand Back", un tube tiré de la carrière solo de la chanteuse que Fleetwood Mac avait incorporé à son tour de chant en 1987. Au milieu d'un parterre de quinquagénaires retenant leur respiration, je n'ai pas arrêté de chanter. Durant plus de deux heures, Fleetwood Mac a joué tous ses tubes. Leur bonheur à être sur scène à nouveau était palpable. Lindsay était absolument survolté. Stevie a changé au moins quatre fois de tenues et je crois que c'était pire à chaque fois. Mais j'étais heureux d'être là, peut-être comme je ne l'avais jamais autant été depuis le début de l'année. Reste maintenant à assumer le fait que j'ai préféré Fleetwood Mac aux Mountain Goats, et à envisager la vie qui va avec : et si, pour les fêtes, je m'offrais un petit collant histoire d'aller avec ma queue de cheval ?

Photo : Matthew Becker/MelodicRockConcerts.com  

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15 octobre 2009

Got My Jojo Workin'

Quelques minutes après la fin du concert, alors qu'il se faufile parmi les spectateurs qui s'éparpillent, nos regards se croisent. Je ne peux m'empêcher de lui adresser un immense merci et de lui tendre la main. Il la sert chaleureusement et inscrit en français sur un bloc de papier qu'il ne peut pas parler. Je lui explique que je sais qu'il doit reposer ses cordes vocales et je le laisse filer.

jojo
En remontant la rue de la Roquette, emmitouflé dans mon blouson pur polyamide, je suis perclu de remords. Il y a plus de 10 ans, il m'avait éconduit alors que j'étais venu l'interroger. Mais aujourd'hui, c'est moi qui avais des choses à lui dire : à commençer par exemple que, si je ne crois plus au Père Noël, je crois par contre en lui, et que chacune de ses apparitions parisiennes demeure une fête à marquer d'une pierre blanche sur le calendrier. Que je m'y prépare avec un sérieux irréprochable. Que plus les heures qui me séparent de lui s'évanouissent, plus je sens mon pouls s'accélérer. Qu'il est la seule personne au monde qui me donne à la fois envie d'apprendre la guitare, l'espagnol, de me laisser pousser le bouc et d'acheter des chaussons chinois. Qu'au niveau de la générosité (il assure la moitié du concert en français, chansons comprises), il demeure un modèle inégalé. Et que la blogosphère a beau porter au pinacle quotidiennement des nouvelles sensations, personne ne fait Jonathan Richman aussi bien que lui, puisque Jonathan Richman, c'est lui. Et qu'il demeure le seul à pouvoir changer de registre avec autant de souplesse, d'enchaîner les pitreries (il déballe sa valise sur scène pour en extirper son kit de percussions) et les chansons bouleversantes ("Because Her Beauty Is Raw And Wild", "Let Her Go Into The Darkness", "Her Mystery Not Of High Heels and Eye Shadow"...).

jojo2
Il a choisi de terminer son set par "Vermeer", tiré de l'album paru l'an dernier, où il répète à qui veut l'entendre : "des comme Vermeer, il n'y en avait pas deux". J'espère qu'un jour, quelqu'un lui rendra la politesse et chantera que des comme Jonathan Richman, il n'y avait pas deux, et qu'il peut rester muet après ça puisque l'essentiel est au-delà des mots.

Photo : Russel Daniels

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11 octobre 2009

Prince-fesses.

C'est plus fort que moi, mais je garde toutes mes places de concert dans une boîte à chaussures. Même les contremarques FNAC. Au-delà du simple souvenir, c'est aussi tout ce qui est attaché au concert qui m'intéresse : le logo du partenaire radio, le nom de la première partie (quand il est indiqué, ce renseignement étant la plupart du temps ramené à la formule "plus guest") et le prix, fatalement. Vendredi dernier, j'ai fait partie de ceux qui ont pris d'assaut le site de la Fnac dans l'espoir d'attraper une place pour le concert de Prince au Grand Palais. Entre 11h00 et 11h05, je n'ai cessé de rafraîchir mon navigateur dans l'espoir d'accéder au système de réservation. J'ai fini par y parvenir, pour me rendre compte qu'il ne restait plus que des places à 149 euros pour dimanche soir. 149 euros ? J'ai quand même hésité avant d'appuyer sur "continuer". Même Steely Dan ne m'avait pas couté aussi cher.

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Evidemment, le temps de réfléchir, les derniers sièges avaient disparus. Je n'étais même pas déçu : après tout, c'était aussi bien. J'avais acheté quelques jours plus tôt un ticket pour aller voir Jonathan Richman  au Café de la Danse contre la somme de 26,40 euros, soit 1/6 du droit d'entrée au Grand Palais.  Prince est-il six fois plus important pour moi que Jonathan Richman ? Certainement pas. Mais la vérité était au fond de la boite à chaussures : Prince, Paris Bercy, samedi 13 juin 1987, 165 francs. Prince, Lovesexy Tour, dimanche 10 juillet 1988, 165 francs. Prince, Parc des Princes, samedi 16 juin 1990, 175 francs. En vingt ans, alors qu'au bas mot, ses disques sont 6 fois moins intéressants qu'avant, voir Prince coûte 6 fois plus cher.  Alors, à partir de maintenant, ce sera sans moi. Mais s'il veut passer pour l'aftershow à la maison, j'essaierai de lui faire une petite place. Pas trop tard par contre, quand même...   

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09 octobre 2009

Stratégies

Je vois encore sa silhouette chétive pousser la lourde porte du 23, rue Boyer. Emmitouflé dans sa parka, il avait l'air d'un oisillon tombé du nid. Ce n'était pas encore pour un concert : c'était tout juste un showcase monté avec la complicité de la Blogothèque et de la Maroquinerie. Il avait demandé un Fender Rhodes (ou au pire un Wurlitzer), et je ne lui avais trouvé qu'un Clavinet, emprunté le matin même à Lori Sean Berg. C'est ainsi que s'est déroulé la première apparition parisienne de Chris Garneau : au cercle de curieux venus l'applaudir, il avait donné un aperçu du genre de secousses intimes que ses chansons, même réduites à l'essentiel, pouvaient provoquer. C'était juste avant que de bonnes fées se penchent sur son berceau : encouragés par une critique élogieuse dans Télérama, un label et un tourneur français décidaient de tenter l'aventure à ses côtés. Depuis la Cigale jusqu'au Théâtre de la Bastille, il n'a cessé de confirmer que les espoirs placés en lui n'étaient pas vains.

chris
Mercredi soir, Chris Garneau étrennait à la Maroquinerie les chansons de son nouvel album, et je n'aurais raté ça pour rien au monde. Même si j'ai quand même réussi par en rater une partie, pensant naïvement qu'il allait jouer en tête d'affiche, alors que le privilège était réservé à ce grand Duduche de Jeremy Jay. Chris a rasé cette grosse moustache avec laquelle on l'avait quitté (une bonne idée) et se produit désormais avec un batteur et une violoncelliste. S'il a pris de l'assurance, il ne l'a pas troquée contre sa fragilité. Et même s'il menace régulièrement de surjouer ses chansons, la moitié d'entre elles me filent toujours le frisson.

Côté cour, le garçon se montre toujours aussi affable. Pendant près d'une demi-heure, il se prête à toutes les demandes d'autographes, toutes les photos et fait l'effort de parler en français. C'est à peine s'il a le temps d'aller griller un cigarette dehors. Dans la douceur du soir, il raconte son périple en Chine cette année : mise en quarantaine dans un hôtel sans climatisation, deux dates sur trois annulées. Il ne tarit pas d'éloges au sujet de Here We Go Magic, de Jenny O. et de Noveller. Et mentionne aussi cette reprise de "La plus belle pour aller danser", qu'il a enregistré pour le prochain film de Benoit Pétré, Thelma, Louise et Chantal, que l'on découvrira l'an prochain.

baxter
Changement de cadre le lendemain : Ménilmontant cède la place aux bords du Canal St Martin. Plus de trois ans après la sortie de son second album, l'espoir de voir Baxter Dury sur scène s'était pratiquement évanoui. Et pourtant, sur le coup des 22h30, "Francesca's Party" fait trembler le Point Ephémère.  Et pour une surprise, c'est en une de taille : dès le premier morceau, ça joue grave. Si voir Dury fils se mérite, le résultat est à la hauteur de l'attente. Il joue beaucoup de nouvelles chansons, sans oublier celles que tout le monde attend : "Oscar Brown" ou encore "Cocaine Man", dont la longue introduction rappelle irrésistiblement Neu ! Au final, il n'a pas joué tellement plus longtemps que sur disque (35 minutes), mais c'était un sans faute. Chris Garneau et Baxter Dury ont choisi deux stratégies différentes (l'un joue tous les six mois alors que l'autre se produit une fois tous les 5 ans), mais les deux payent. Et parviennent à faire sortir de son trou Philippe L'Hermite, le mec qui dit qu'on ne l'y reprendra plus et qu'on retrouve à chaque fois.

Photo : Marine D. et Djenvert.

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03 octobre 2009

Ce qu'il n'avait Paddy.

En 2009, le plus grand groupe de pop romantique des années 80 n'a plus les moyens de ses ambitions : alors que, après être resté près de 15 ans au stade de maquette sur une étagère, Let's Change The World With Music sort enfin, il n'est même pas distribué en France. Il n'est pas non plus disponible sur Itunes alors qu'il est paru en Angleterre depuis le 7 septembre. Il faut attendre que les amazones traversent la Manche pour venir vous le livrer à domicile. C'est aussi désolant qu'inespéré, puisque l'album en question, au même titre que Knights In Armour, Chrysalis Cognosci ou Earth, The Story So Far, faisait jusqu'ici partie de la légende de Prefab Sprout. Parfois évoqué (comme dans Les Inrockuptibles en1997, à l'occasion de la sortie de Andromeda Heights), jamais confirmé, c'était un des ces serpents de mer auquel personne ne croyait plus. Et pourtant...

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Let's Change The World With Music sonne comme s'il avait été enregistré au début des années 90. Et pour cause, puisqu'il a été conçu en... 1992, dans la foulée de Jordan : The Comeback. "Et puis j'ai rencontré des gens de la maison de disques qui m'ont dit : "Vous écrivez toujours des bonnes chansons, il n'y a pas de problème là-dessus, mais vous finissez souvent avec des albums sur lesquels il y a beaucoup d'idées. Pourquoi ne pas simplifier, ne garder qu'une seule idée et l'étendre à tout un album ?" Les maisons de disques ne réclament jamais des choses insensées et encouragent rarement à se surpasser musicalement - elles veulent juste savoir où est le single. Dans ces conditions, j'ai préféré m'enfermer un peu plus longtemps, couper les ponts et travailler à un autre projet..." (propos recueillis par Christophe Conte en 1997). La bonne nouvelle, c'est que, sur Let's Change The World Mith Music, il y a au moins trois chansons qui s'inscrivent d'emblée au firmament de Prefab Sprout : "God Watch Over You", "Music Is A Princess" et "Sweet Gospel Music". Trois perles qui laissent à penser que, sur les étagères de Paddy, il y a encore bien des joyaux qui ne demandent qu'à être polis.

Le dernier album de Prefab Sprout date de 2001 : The Gunman and Other Stories. Vu que la moitié de ses membres se sont retirés du jeu aujourd'hui (aussi bien Wendy que Martin gagnent leur vie en tant qu'enseignant), il est plus que probable que les parutions s'espacent de plus en plus. Pourtant, aucun groupe n'a pris la place de Prefab Sprout en leur absence : ni les Pet Shop Boys, ni Neil Hannon. Même daté, ce son lyrico-synthétique reste unique. Et c'est aussi ce que vient nous rappeler Let's Change The World With Music : que faute d'avoir changé la face du monde, Steve McQueen, From Langley Park To Memphis et Jordan : The Comeback ont boulversé ceux qui les ont écoutés. Les mêmes qui, aujourd'hui encore, continuent à tendre l'oreille en direction de Andromeda Heights, un studio situé dans le Nord de l'Angleterre, à Newcastle. Même s'il a l'air d'avoir aujourd'hui le double de son âge (il n'est âgé que de 52 ans), Paddy est loin d'avoir perdu les pédales.

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