06 septembre 2009

A toute chose, Malher est bon

La première fois que j'ai voulu emprunter L'Art sans madame Goldgruber, la bibliothécaire m'a découragé de le faire. J'avais pris un livre en trop, et, parmi la pile que je lui tendais, elle avait spontanément écarté celui-là, sur le ton du "vous pouvez vous en passer", assorti d'un "de toute façon, si vous avez un remord, vous le trouverez toujours là vu que personne ne l'emprunte". Autant dire que je n'y suis pas revenu tout de suite. Il a fallu le désœuvrement de l'été, assorti au fait que la plupart des bandes dessinées que j'avais envie de lire étaient déjà sorties, pour que je lui redonne sa chance. Et je n'ai pas été long à la saisir vu que, en introduction, son auteur explique qu'après avoir délibérément diffamé une fonctionnaire des impôts dans le volume précédent, il s'en abstenait cette fois-ci. D'où le titre de son ouvrage : L'Art sans madame Goldgruber.

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D'emblée, le mordant de l'humour fait penser à celui de JC Menu. Ce serait presque de la méchanceté si elle était gratuite : mais Mahler, l'air de rien, se dévoile beaucoup plus qu'il n'en donne l'air. Sous la forme de saynètes qui dépasse rarement les 8 pages et qui obéissent toutes au même système narratif (quatre cases par page), il vide son sac : sur l'art, sur les collectionneurs, sur les festivals de bande dessinée... Son jugement est aussi sec que son trait de plume et il fait mouche à chaque fois. Le plus troublant, comme dans les meilleurs récits autobiographiques, est certainement la façon dont il parvient à aborder l'universel à partir de bribes de son existence : celle d'un auteur de bandes dessinées autrichien en manque de reconnaissance, à commencer par celle de l'administration qui hésite à lui conférer le statut d'artiste et aimerait bien lui appliquer un taux d'imposition moins avantageux.

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L'Art sans madame Goldgruber m'a tellement plu que je n'ai pas pu attendre d'aller le rapporter à la bibliothèque pour lui la suite (qui est en fait le précédent, mais l'ordre de lecture importe peu) : L'Art selon madame Goldgruber. Je l'ai acheté dans la première librairie qui s'est présentée, et je l'ai lu avec autant de bonheur. Comment ai-je pu passer à côté jusqu'ici ? Les Malhers que je connaissais (deux Pattes de mouche et Les souffrances du jeune Frankenstein),  mettaient plus en avant son goût de l'absurde que son sens critique : c'est pourtant dans ce domaine que je le préfère. Du coup,j'ai presque hâte d'aller rapporter L'Art sans madame Goldgruber à la bibliothèque, histoire de m'entretenir avec celle qui m'a retardé dans sa découverte. Parce qu'elle n'a pas aimé que l'auteur s'en prenne à un fonctionnaire ? Parce qu'elle trouve elle aussi que Malher ne sait pas dessiner ? Ou parce qu'elle n'avait pas envie que je le lui pique ?

Posté par philippe dumez à 14:22 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur A toute chose, Malher est bon

    Comment ai-je pu passer à côté jusqu'ici ?

    "Comment ai-je pu passer à côté jusqu'ici ?"

    Je me le demande... et regrette que pour une fois j'aurais pu moi te conseiller un coup de coeur (et non l'inverse, pour changer) mais que je suis passé à côté.

    J'adore aussi ces deux albums alors que j'émets plus de réserves sur ces bandes plus absurdes (à l'Asso) ou poétiques (à La Pastèque). Ca me redonne envie de les relire, du coup.

    Posté par Christophe, 22 septembre 2009 à 00:07 | | Répondre
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