24 mai 2008

Le salaire de la peur

- " Je ne sais pas comment dire... C'est horrible tout ça...".
- "Tu t'y habitueras vite, va".

Ce dialogue, tiré du tome 2 de Ushijima, usurier de l'ombre, résume bien l'esprit de la série : de tous les mangas précédés de l'avertissement "pour public averti" que j'ai eu l'occasion de lire, c'est certainement le plus abominable. J'ai eu un haut le coeur au milieu du tome 1, et il m'a fallu quelques jours avant de savoir si j'allais continuer la série ou pas. Ushijima propose des taux excessivement élévés (50% pour 10 jours) à des débiteurs très endettés et qui ne peuvent plus emprunter d'argent à des organismes de crédits officiels. La plupart sont des accros au jeu qui misent sur une rentrée d'argent aussi spectaculaire qu'improbable pour se refaire : des pigeons rêvés. Il va les plumer jusqu'à ce qu'il soit remboursé de son dernier yen. Et peu importe s'ils y laissent leur honneur, leur santé, ou la vie.

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Son activité repose autant sur l'intimidation que sur l'organisation : il possède un bureau, du personnel, des fichiers rachetés auprès des banques... C'est un petite entreprise dirigée par un adepte de la streetwear au bouc régulièrement taillé, et dont la seule faiblesse semble être un élevage de lapins qu'il cajole tous les matins. Ushijima fonctionne selon la même principe que la série télévisée Oz : même violence, même fatalité, mais aussi même intensité narrative. Assez vite, Ushijima cesse d'être le personnage principal pour laisser la place à d'autres figures aussi ambiguës : "Le yankee" ou "L'homo". Passé le choc initial (qui peut être rédhibitoire : je ne forcerai personne à le lire), Ushijima se revèle être un extraordinaire roman noir. C'est en s'inscrivant dans le quotidien de petites frappes, d'arnaqueurs et de paumés qu'il trouve à la fois son originalité et sa puissance.

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Dans le dernier tome paru, Ushijima a été vendu à la police par un gyaruo (sorte d'amateur de tecktonik) criblé de dettes. Une petite ordure qui rançonne les clients de prostituées mineures... qui ont été balancés par ces dernières. A moins qu'il n'ait été trahi par un membre de son équipe qui aurait décidé de voler de ses propres ailes... C'est horrible tout ça,  mais je m'y suis très vite habitué. Je suis même accro au dessin nerveux de Shohei Manabe, dont Big Kana balance 180 pages tous les trois mois. Il y a du Abel Ferrara et du James Gray en lui : plutôt impressionnant pour un mangaka dont c'est la première série traduite. Pourvu que les autres (Dead End et Smuggler) ne tardent pas : depuis L'Ecole emportée, je n'avais pas pris autant de plaisir à me sentir mal. 

Posté par philippe dumez à 14:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le salaire de la peur

    A propos d'emprunter...

    Tu ne forcerais personne à le lire mais ces quelques lignes me donnent vachement envie!
    Tu me le mets de côté?

    Posté par Tuco, 30 mai 2008 à 07:34 | | Répondre
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