i wanna be your blog

Le blog vieux jeu de Philippe Dumez.

07 novembre 2009

Georgia on My Mind

D'une manière inconsciemment sexiste, je consacre toujours plus de place sur ce blog à mes chanteurs préférées qu'à leurs homologues féminins. Peut-être parce que ma discothèque sent plus le parfum de la Converse usagée que l'eau de Cologne. Et pourtant : l'intensité de la relation que j'ai pu établir avec certaines muses rendrait jaloux plus d'un barbu.  Si je connais Georgia depuis plus d'une dizaine d'années, c'est petit à petit que je me suis attachée à elle. Parce qu'elle signe une chanson importante sur chaque album de Yo La Tengo : "Satellite" sur May I Sing With Me, "Nowhere Near" sur Painful, "Decora" sur Electr-O-Pura, "Center of Gravity" sur I Can Hear The Heart Beating As One, "Tears Are In Your Eyes" sur And Nothing Turned Itself Inside-Out... D'abord discrète, sa place s'est affirmée au sein du groupe, jusqu'à en devenir l'essence même. Même si James McNew n'a pas manqué d'occasions de se distinguer ("Stockholm Syndrom", "Mister Tough"...), ce sont toujours les chansons de Georgia que je suis impatient de découvrir.

georgia
Starsky m'avait mis la puce à l'oreille en insérant dans une de ses mixtapes un extrait de Popular Songs : "By Two's". La cuvée 2009 s'annonçait excellente. Et je n'avais pas encore découvert "If It's True" (peut-être le morceau le plus marqué par la Motown que Yo La Tengo ait jamais enregistré) ni "When It's Dark". Du coup, après les avoir raté à l'Alhambra, j'attends avec encore plus d'impatience leur concert du 30 novembre au Bataclan. Et si Ira ne manquera pas de me fracasser les oreilles (Interprétera t-il "And The Glitter Is Gone'", le titre qui clôt leur album et qui met la barre encore un cran plus haut que "The Story of Yo La Tengo" ? ), je n'aurai d'yeux que pour Georgia derrière ses fûts.
Sa discrétion est justement ce qui la rend indispensable. Elle chantera peut-être "Feel Like Going Home", "Today Is The Day" ou "Little Eyes" et mon petit cœur de fan se serrera très fort. "Just An Old Sweet Song / Keeps Georgia On My Mind".

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03 octobre 2009

Ce qu'il n'avait Paddy.

En 2009, le plus grand groupe de pop romantique des années 80 n'a plus les moyens de ses ambitions : alors que, après être resté près de 15 ans au stade de maquette sur une étagère, Let's Change The World With Music sort enfin, il n'est même pas distribué en France. Il n'est pas non plus disponible sur Itunes alors qu'il est paru en Angleterre depuis le 7 septembre. Il faut attendre que les amazones traversent la Manche pour venir vous le livrer à domicile. C'est aussi désolant qu'inespéré, puisque l'album en question, au même titre que Knights In Armour, Chrysalis Cognosci ou Earth, The Story So Far, faisait jusqu'ici partie de la légende de Prefab Sprout. Parfois évoqué (comme dans Les Inrockuptibles en1997, à l'occasion de la sortie de Andromeda Heights), jamais confirmé, c'était un des ces serpents de mer auquel personne ne croyait plus. Et pourtant...

paddy2009_wide
Let's Change The World With Music sonne comme s'il avait été enregistré au début des années 90. Et pour cause, puisqu'il a été conçu en... 1992, dans la foulée de Jordan : The Comeback. "Et puis j'ai rencontré des gens de la maison de disques qui m'ont dit : "Vous écrivez toujours des bonnes chansons, il n'y a pas de problème là-dessus, mais vous finissez souvent avec des albums sur lesquels il y a beaucoup d'idées. Pourquoi ne pas simplifier, ne garder qu'une seule idée et l'étendre à tout un album ?" Les maisons de disques ne réclament jamais des choses insensées et encouragent rarement à se surpasser musicalement - elles veulent juste savoir où est le single. Dans ces conditions, j'ai préféré m'enfermer un peu plus longtemps, couper les ponts et travailler à un autre projet..." (propos recueillis par Christophe Conte en 1997). La bonne nouvelle, c'est que, sur Let's Change The World Mith Music, il y a au moins trois chansons qui s'inscrivent d'emblée au firmament de Prefab Sprout : "God Watch Over You", "Music Is A Princess" et "Sweet Gospel Music". Trois perles qui laissent à penser que, sur les étagères de Paddy, il y a encore bien des joyaux qui ne demandent qu'à être polis.

Le dernier album de Prefab Sprout date de 2001 : The Gunman and Other Stories. Vu que la moitié de ses membres se sont retirés du jeu aujourd'hui (aussi bien Wendy que Martin gagnent leur vie en tant qu'enseignant), il est plus que probable que les parutions s'espacent de plus en plus. Pourtant, aucun groupe n'a pris la place de Prefab Sprout en leur absence : ni les Pet Shop Boys, ni Neil Hannon. Même daté, ce son lyrico-synthétique reste unique. Et c'est aussi ce que vient nous rappeler Let's Change The World With Music : que faute d'avoir changé la face du monde, Steve McQueen, From Langley Park To Memphis et Jordan : The Comeback ont boulversé ceux qui les ont écoutés. Les mêmes qui, aujourd'hui encore, continuent à tendre l'oreille en direction de Andromeda Heights, un studio situé dans le Nord de l'Angleterre, à Newcastle. Même s'il a l'air d'avoir aujourd'hui le double de son âge (il n'est âgé que de 52 ans), Paddy est loin d'avoir perdu les pédales.

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26 septembre 2009

The xx invente l'album 2.0

Il y a 6 mois, j'ai découvert grâce à Said The Gramophone une reprise de Womack and Womack par un groupe inconnu. Il ne s'en tirait pas mal, mais j'étais loin d'imaginer que, 6 mois plus tard, la sortie de leur album serait accompagné d'un bouche-à-oreille aussi élogieux que unanime. Je ne sais toujours pas comment on prononce leur nom, mais je sais par contre qu'il s'écrit The xx. Et qu'il est parvenu, un peu à la manière de The Notwist en 2002 avec "Neon Golden", à catalyser le spleen de The Cure tout en le projetant dans son époque. Visuel minimaliste, identité facile à mémoriser, son unique : autant d'ingrédients à apporter à la recette d'un succès amplement mérité.

xx
En cherchant hier soir si The xx avait enregistré d'autres reprises, je suis tombé sur une mine d'enregistrements qui ne figurent pas sur l'album. Earmilk en a rencensé plus de 21, mais il en manque encore. Ce qui est fascinant, c'est qu'il est déjà possible de remplacer pratiquement tous les morceaux de l'album par des versions alternatives : des démos, des remixes, des bootlegs, des sessions pour la radio. Selon sa sensibilité et à partir du même tracklisting, chacun peut composer un album différent : plus lo-fi, plus électro, plus électrique... Ce principe d'interactivité, qui est absolument accidentel, est fascinant. Ce matin, par exemple, j'ai substitué les titres 1., 7. et 8. pour leur préférer "Running With The xx" (featuring Tupac & Notorious Big), "Shelter (Them Jeans Drum Edit)" et "Basic Space (Pariah Remix)". Demain, je testerai d'autres possibilités, sachant qu'aucune n'est parfaite et que chacune correspond à une de mes humeurs. Et que je n'exclue pas le fait de revenir au choix initial du groupe, sans doute le meilleur. Jusqu'au prochain.

Photo : Owen Richards.

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20 septembre 2009

La bande Melpo

C'est un Suédois qui, en écoutant le premier album des Stone Roses, a vu ce que personne n'avait remarqué avant lui : qu'il y avait peut-être le moyen d'explorer la veine cotonneuse qui a donné naissance à des petites perles comme "Bye Bye Badman" et "Shoot You Down". Alors il a creusé suffisamment profondément pour remonter à la surface 12 chansons : celles qui composent l'album Brings The Lion Out de Melpo Mene. Le titre est ironique, puisque tout au long de ces 46 minutes, il n'est pas question de "faire sortir la bête" (comme dirait Philippe Manœuvre face à Ycare), mais au contraire de caresses et de chuchotements. Melpo Mene, c'est le petit cousin de Rhonda Harris. Evidemment, alors que ce groupe est taillé pour moi, je suis passé à côté de tout : de l'album, paru il y a un an, du concert à l'Internationale, à la Maroquinerie... Et si Squashed de Motel de Moka ne m'avait pas fait une piqûre de rappel, j'en serai toujours au même point.

melpo
Sur le tube, une reprise de MGMT par Melpo Mene illustre bien leur art d'enrober dans la douceur : le gimmick de "Kids" est rejoué au xylophone, et cet hymne taillé pour les stades se transforme en berceuse. C'est loin d'être le meilleur morceau: "Brings The Lion Out" en regorge. C'est le petit disque d'un grand groupe de chambre. Chaque fois que j'écoute "Kling Klang Klock", j'ai l'impression de regarder la neige tomber à l'intérieur d'une boule en plastique, fasciné par sa lenteur et démangé par l'envie de la secouer à nouveau sitôt qu'elle aura fini de se déposer. Depuis que j'ai acheté l'album de Melpo Mene, je ne cesse de le sortir et de le ranger. C'est certainement le disque solo que je n'attendais plus de Ian Brown et que j'ai fini par recevoir de Stockholm. Aux erreurs de correspondances, aux plis mal libellés : merci.

Photo : Sparadrap.

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18 septembre 2009

Cass et la voix

Cass McCombs, c'est un peu mon marronnier à moi. Tous les deux ans, il publie un nouvel album, et tous les deux ans, j'essaie de ne pas réemployer les mêmes mots pour témoigner de l'admiration que je lui porte. Tous les deux ans, j'ai le secret espoir que celui-ci, c'est le bon : c'est le disque qui va le tirer de l'anonymat dans lequel il est jusqu'ici confiné et qui va faire de lui l'égal d'un Sam Bean ou d'un Sufjan Stevens. Et pourtant, tous les ans, c'est la même histoire : parce qu'il fallait laisser de la place aux nouveaux venus, il se retrouve systématiquement au dernier rang sur la photo de classe.

cass
2007 aurait du mettre un terme à la malédiction qui pèse sur lui : Dropping The Writ ne s'était jamais autant approché de la perfection. Le temps de quelques morceaux ("Morning Shadows", "Wheel of Fortune", "Windfall"...), il tutoyait même le Alex Chilton de Sister Lovers. C'est dans cette voie lumineuse qu'il persévère avec Catacombs, paru avant l'été. Pochette atroce digne d'un recalé des Beaux-Arts, mais production lumineuse, soulignée d'accents country inédits. Trois grandes chansons d'emblée : "Dream Come True Girl", "Prima Donna" et "You Save My Life". Cass McCombs chante mieux que jamais, n'a jamais été accompagné d'un aussi bon groupe. Et pourtant, plus ses disques défilent et plus diminuent les chances qu'un jour, il soit célébré à la hauteur de son immense talent.

Alors j'écris, au risque de me répéter, que chaque année où Cass McCombs nous fait le cadeau d'un nouvel album, celui-ci se retrouve immanquablement dans mon top 10, et j'irai même jusqu'à affirmer que je l'aime de plus en plus. Pour son élégance, pour sa retenue et malgré sa discrétion. Allez, si ce n'est pas celui-ci, ce sera le prochain, j'en suis sûr. S'il ne s'est pas découragé d'ici là.

Photo : Robert Loerzel.

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30 août 2009

Je T'ime

Dans 68/88, l'album de nos 20 ans, le séminal hors-série musique édité par Libération en 1988, c'est Jean François Bizot qui prend la plume pour défendre la cause de Tim Buckley qui, avec Greetings from LA, se glisse à la 48ème position du classement établi par le quotidien. C'est vraisemblablement la première fois que j'ai entendu parler de lui, sans forcémment faire le rapport avec "Song To The Siren", qui figure sur le premier album de This Mortail Coil, ni avec "Morning Glory" et "I Must Have Been Blind", qui sont au menu du deuxième. Je ne suis pas sûr qu'à l'époque, je faisais vraiment attention aux crédits sur les disques. Et encore moins sur les CD, dans lesquels ils étaient souvent réduits à une taille liliputienne.

buckley
Le premier Buckley sur lequel j'ai la chance de mettre la main est un de ses meilleurs : Goodbye and Hello. Des chansons amples, d'inspiration folk, portées par un timbre d'un lyrisme assumé. Je me prends vite de passion pour le personnage. Le Live in London 1968 reste un sommet : à 21 ans, alors qu'il n'a pas encore publié son troisième album, il tient magistralement la scène pendant deux heures. Comme le souligne son guitariste Lee Underwood dans les notes de pochette, cet enregistrement le capture à une période charnière de sa discographie : il est en train de s'affranchir du format pop pour se tourner vers la liberté du jazz. La moitié des titres dépassent les 8 minutes. C'est peut-être sa période la plus créative puisque, sur les 21 morceaux interprétés, 6 ne seront jamais enregistrés en studio. Plus qu'un document, c'est vite devenu mon disque préféré de Tim Buckley.

Et puis, il y a quelques jours, je découvre l'existence d'un Live at The Folklore Center, NYC, daté du 06 mars 1967, soit un an avant Londres. Après m'être assuré de la qualité de la prise de son, je le télécharge sur eMusic avec curiosité. J'ai presque l'impression que l'enregistrement a eu lieu pendant un concert en appartement organisé par la Blogothèque : sur la photo qui tient lieu de pochette, le chanteur se produit dans une ambiance domestique.  Il est déjà très en verve et joue en solo pendant une heure qui voit défiler 4 titres de son tout premier album (celui avec la gabardine à carreaux), 4 titres de Goodbye and Hello (dont l'extraordinaire "Phantasmagoria in Two", un de mes morceaux favoris) et 6 nouveaux inédits. Six titres jamais entendus jusqu'à alors et qui justifient presque à eux-mêmes l'achat de ce disque que publie le label Tompkins Square et qui, comme le Live in London, est bien mieux qu'un album posthume de plus, puisque c'est la quintessence du chanteur qui est ici restituée dans sa formule la plus dépouillée.

Sur la bande, on entend parfois des gens tousser. La légende veut qu'il n'y ait eu que 35 personnes dans la salle le jour où Tim Buckley s'est produit. En fermant les yeux, je me souviens de cet appartement parisien dans lequel j'ai vu Bon Iver pour la première fois, les fenêtres ouvertes, avec le jour tombant sur Montmartre. Peut-être que dans 40 ans, cet enregistrement sera à son tour publié, et que des badaux dans mon genre auront ainsi l'illusion d'assister à cette soirée par procuration. En attendant, j'observe juste qu'en 1968, on avait déjà tout inventé : les chanteurs en appartement, les micros placés au bon endroit et les invités qui se tassent dans un coin. Si internet avait existé à l'époque , Tim Buckley aurait pu faire un buzz énorme. A la place, il a écrit "Buzzin'Fly'. Chaque chose en son temps. 

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26 août 2009

Apprendre Peter par coeur

Vous trouvez que le nouveau Peter & The Wolf commence à tarder ? Vous n'avez pas été convaincu par le 6 titres posté par Ben & Bruno sur leur site ? Vous pensez que l'album de Fredo Viola est un miroir aux alouettes ? Pas de panique : Peter Broderick est là pour s'occuper de vous. Qui ça ? Peter Broderick. Un des hérauts anonymes de l'Amérique tel qu'il en débarque tous les ans, avec une guitare sous le bras, une pédale d'effets et des ambitions démesurées : comme par exemple réconcilier Mark Kozelek avec le chant grégorien.

peter


Dans l'absolu, je ne devrais même pas prêter attention à ce genre de folk un peu mystique qui n'a plus beaucoup de secrets pour moi. Et malgré ça, tous les ans, un va-nu-pieds bouscule mes certitudes en reprenant tout à zéro : les mêmes accords, les mêmes effets. Pas à l'identique, mais pas loin non plus.  Je devrais être paré contre ce genre d'embobineur, et pourtant, quand j'ai découvert Peter Broderick, comme avec Peter & The Wolf ou Ben & Bruno, j'ai eu envie d'y croire. J'ai fait comme si je ne connaissais pas déjà la route par cœur. Et je l'emprunte une nouvelle fois en me persuadant que personne ne m'a encore emmené par là. 

L'album de Peter Broderick s'appelle Home, et en effet je m'y sens comme chez moi. J'y ai élu domicile depuis le début de l'été et j'y passe beaucoup plus de temps que prévu. Du coup, j'ai dû retarder mon vol vers d'autres destinations qui ne manquaient pourtant pas d'exotisme (Dirty Projectors, Pattern is Movement, John Vanderslice, The Felice Brothers...). J'ai du mal à passer à autre chose, vu que l'état de félicité dans lequel me plonge ce disque est proche de la béatitude. Je n'ai presque pas envie d'en savoir plus sur lui. Peter comment déjà ? Je ne sais plus vraiment. Mais allez-y, vous n'aurez plus qu'à allumer le feu et à vous laisser bercer. Ne fermez pas la porte derrière vous : ceux qui vivent là ont jeté le clé.

PS : Home, comme les précédents disques de Peter Broderick, est disponible sur eMusic.
PS2 : photo Anika :)

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22 juillet 2009

Les ailes du Desire

En fait, je vous mens. Depuis des années, je me suis construit un avatar : le chantre du folk dépressif et du rock sous lexomil. Je ponds trois paragraphes dès que j'aperçois une chemisette à carreaux qui accorde son banjo. J'achète le t-shirt et un exemplaire du premier album à la sortie du concert. Je porte la barbe et des imitations Converse, mais ce n'est que pour mieux vous abuser : au fond de moi, je suis toujours le même vieux fan de new-wave que j'ai toujours été. Celui qui rachète en CD les deux premiers albums de Tears for Fears qu'il n'a plus en vinyle. Celui chante à tue-tête pendant tout le concert de Depeche Mode au Stade de France. Celui qui regarde le DVD des clips de Ultravox offert aux acheteurs du best-of. Celui qui fait mine de faire la grimace dès qu'il entend du synthé et de la boîte en rythme, mais qui note en cachette la référence du CD.

desire_1


Heureusement, il existe des traitements pour les vieux combattants comme moi. Pas des charlatans qui recyclent sans scrupule le son des années 80 en se tartinant de kohl le tour des yeux, mais des produits de substitution qui ont le bon goût de ne garder que l'élégance de la tristesse. Les Chromatics, il y a deux ans, lui ont dessiné un futur parfait. Son froid et épuré, chant sensuel, rythmes minimalistes. Dans le genre, c'était certainement la plus belle réussite depuis l'album de Superpitcher. Sauf que cette fois-ci, elle ne provenait pas d'Allemagne mais des États-Unis, sous appellation d'origine incontrôlée (Italians Do It Better), avec la clé d'autres promesses similaires (Glass Candy, Mirage...). Je n'en étais pas encore lassé que Desire m'a pris de cours. Desire ? A peu près la même chose, presque en mieux. Avec des mariages insolites, comme celui de Rah Band et The Cure sur "Under Your Spell" ou celui de Valérie Dore et des Banshees sur "If I Can't Hold You".

desire_2
Que Desire s'inscrive dans la droite lignée des Chromatics n'est pas le fruit du hasard : le même cerveau est à l'origine des deux projets. Un certain Johnny Jewel (!!) qui, en plein été 80, est en train de leur rendre l'hommage le plus pertinent... et paradoxalement le plus discret. Si le myspace du groupe le reprend dans son intégralité, l'album n'est disponible pour le moment qu'en digital sur eMusic. Ce qui n'empêche pas Desire ni de tourner ni de se faire bloguer de tous les côtés :  à la différence d'il y a trente ans, sortir un disque n'est plus un début (et encore moins une fin), mais une possibilité au milieu d'un programme de réjouissances et d'amis virtuels (538 pour le moment : peut certainement faire mieux). Il y a des jours où je me dis que l'album de Desire est certainement le meilleur album d'Anne Clark depuis Hopeless Cases. Et d'autres où je me dis qu'il peut tout aussi bien être apprécié en toute innocence, pour sa mélancolie intemporelle et son parfum glacé. 

Photos : Moses Namkung

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21 juin 2009

L'aigle noir

A peine rentré du Japon, eMusic m'informe de la sortie d'un nouvel album de James Blackshaw : qu'est-ce que tu attends pour aller l'acheter plutôt que de te retrouver à télécharger n'importe quoi la veille de l'expiration de ton forfait ? Ce n'était pas tout à fait formulé de la sorte, mais c'est comme ça que je l'ai interprété. Cet appel du pied tombait de toute façon à point nommé : comme je l'ai précédemment raconté, je ne décroche pas de Running To The Ghost, fasciné par le pouvoir évocateur de la musique de ce guitariste anglais qui, entre John Fahey et Philip Glass, n'est pas parvenu à faire un choix. Sans pour autant négliger l'aspect mélodique, et tout en travaillant la texture musicale : Running To The Ghost comporte ce qu'il faut de carillons pour rendre chaque écoute suffisamment mémorable.

black
Son nouvel album ne se démarque pas de ce double héritage. Même s'il ouvre son horizon à de nouvelles influences : impossible de ne pas penser à Ennio Morricone en découvrant Cross, The Rachels sur Arc, ou Yann Tiersen à l'écoute de Fix. James Blackshaw, s'il a déjà 6 albums derrière lui, n'a pas encore 30 ans.   Michael Gira vient de le signer sur son label Young God Records : c'est lui qui publie "The Glass Bead Game", démonstration étourdissante de sa maturité musicale. Plus je deviens intime avec ses enregistrements, et plus ce virtuose m'apparaît comme une sorte de visionnaire, puisant dans la mélancolie une force qui l'élève au-dessus de ses contemporains et qui rend sa musique aussi intemporelle que peut l'être celle de Jim O'Rourke.

S i, pour le moment, son nom est inconnu du grand public, James Blackshaw possède son petit public d'inconditionnels. Notamment sur youtube, où une tribu d'adeptes du fingerpicking s'exercent sur ses morceaux : plan serré sur un manche de guitare dévoilant, en arrière plan, une porte entr'ouverte ou une machine à laver, avec lien vers une page de tablatures établie par un fan. Les disciples de Marcel Dadi semblent l'avoir choisi comme leur nouveau prophète, mais ce serait dommage de le leur laisser : amis techniciens, vous n'avez pas le monopole du cœur.

Photo : Kyle Dean Reinford
 

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18 mai 2009

Au compte-gouttes

Comme il a du solder ses RTT avant le 31 mai, le plombier de l'internet n'a pas beaucoup été là ces derniers temps. Résultat : ça fuit à tous les étages. Après l'album de Grizzly Bear, ce sont les derniers Sonic Youth et Wilco qui ont connu récemment les mêmes infortunes, laissant les fans alléchés face à leurs responsabilités. De toute façon, je suis sûr de l'acheter quand il sortira, alors je peux bien le télécharger tout de suite, ai-je souvent entendu. Un raisonnement qui, en toute logique, conduirait à commencer à jouer avec les cadeaux de Noël fin septembre, puisque, de toute façon, on les aura trois mois plus tard.

sharko

Vendredi dernier, j'ai découvert la sortie imminente d'un nouvel album de Sharko. J'ai commencé par visionner les deux teasers postés sur Viméo (j'ai un petit faible pour le happening dans le supermarché), puis je suis allé écouter les deux nouveaux morceaux postés sur son myspace, et je n'ai pas quitté cet état d'excitation. Un peu comme quand je suis allé le voir, trois semaines de suite, enflammer la Flèche d'Or. Même si je savais que ce ne serait pas très différent à chaque fois, j'étais impatient d'y retourner. Au début de chaque semaine, j'attendais ce rendez-vous avec impatience. Alors, avant d'aller acheter Dance on The Beast (qui sort en France le 1er juin), je me chauffe à petit feu. Je revois par extraits la vidéo intégrale de son dernier concert à l'Ancienne Belgique. Je retourne sur son myspace taper du pied sur "Yo Heart". Je réserve une place pour son passage au Nouveau Casino le 17 juin. Je l'aurai mérité, ce nouvel album de Sharko. Mais celui-là, je ne l'aurai pas volé.

Photo : Kmeron

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