22 juillet 2009

Les ailes du Desire

En fait, je vous mens. Depuis des années, je me suis construit un avatar : le chantre du folk dépressif et du rock sous lexomil. Je ponds trois paragraphes dès que j'aperçois une chemisette à carreaux qui accorde son banjo. J'achète le t-shirt et un exemplaire du premier album à la sortie du concert. Je porte la barbe et des imitations Converse, mais ce n'est que pour mieux vous abuser : au fond de moi, je suis toujours le même vieux fan de new-wave que j'ai toujours été. Celui qui rachète en CD les deux premiers albums de Tears for Fears qu'il n'a plus en vinyle. Celui chante à tue-tête pendant tout le concert de Depeche Mode au Stade de France. Celui qui regarde le DVD des clips de Ultravox offert aux acheteurs du best-of. Celui qui fait mine de faire la grimace dès qu'il entend du synthé et de la boîte en rythme, mais qui note en cachette la référence du CD.

desire_1


Heureusement, il existe des traitements pour les vieux combattants comme moi. Pas des charlatans qui recyclent sans scrupule le son des années 80 en se tartinant de kohl le tour des yeux, mais des produits de substitution qui ont le bon goût de ne garder que l'élégance de la tristesse. Les Chromatics, il y a deux ans, lui ont dessiné un futur parfait. Son froid et épuré, chant sensuel, rythmes minimalistes. Dans le genre, c'était certainement la plus belle réussite depuis l'album de Superpitcher. Sauf que cette fois-ci, elle ne provenait pas d'Allemagne mais des États-Unis, sous appellation d'origine incontrôlée (Italians Do It Better), avec la clé d'autres promesses similaires (Glass Candy, Mirage...). Je n'en étais pas encore lassé que Desire m'a pris de cours. Desire ? A peu près la même chose, presque en mieux. Avec des mariages insolites, comme celui de Rah Band et The Cure sur "Under Your Spell" ou celui de Valérie Dore et des Banshees sur "If I Can't Hold You".

desire_2
Que Desire s'inscrive dans la droite lignée des Chromatics n'est pas le fruit du hasard : le même cerveau est à l'origine des deux projets. Un certain Johnny Jewel (!!) qui, en plein été 80, est en train de leur rendre l'hommage le plus pertinent... et paradoxalement le plus discret. Si le myspace du groupe le reprend dans son intégralité, l'album n'est disponible pour le moment qu'en digital sur eMusic. Ce qui n'empêche pas Desire ni de tourner ni de se faire bloguer de tous les côtés :  à la différence d'il y a trente ans, sortir un disque n'est plus un début (et encore moins une fin), mais une possibilité au milieu d'un programme de réjouissances et d'amis virtuels (538 pour le moment : peut certainement faire mieux). Il y a des jours où je me dis que l'album de Desire est certainement le meilleur album d'Anne Clark depuis Hopeless Cases. Et d'autres où je me dis qu'il peut tout aussi bien être apprécié en toute innocence, pour sa mélancolie intemporelle et son parfum glacé. 

Photos : Moses Namkung

Posté par philippe dumez à 10:17 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Les ailes du Desire

    "Je ponds trois paragraphes dès que j'aperçois une chemisette à carreaux qui accorde son banjo"
    j'adore !

    Posté par barbot, 30 juillet 2009 à 00:01 | | Répondre
Nouveau commentaire