30 août 2009

Je T'ime

Dans 68/88, l'album de nos 20 ans, le séminal hors-série musique édité par Libération en 1988, c'est Jean François Bizot qui prend la plume pour défendre la cause de Tim Buckley qui, avec Greetings from LA, se glisse à la 48ème position du classement établi par le quotidien. C'est vraisemblablement la première fois que j'ai entendu parler de lui, sans forcémment faire le rapport avec "Song To The Siren", qui figure sur le premier album de This Mortail Coil, ni avec "Morning Glory" et "I Must Have Been Blind", qui sont au menu du deuxième. Je ne suis pas sûr qu'à l'époque, je faisais vraiment attention aux crédits sur les disques. Et encore moins sur les CD, dans lesquels ils étaient souvent réduits à une taille liliputienne.

buckley
Le premier Buckley sur lequel j'ai la chance de mettre la main est un de ses meilleurs : Goodbye and Hello. Des chansons amples, d'inspiration folk, portées par un timbre d'un lyrisme assumé. Je me prends vite de passion pour le personnage. Le Live in London 1968 reste un sommet : à 21 ans, alors qu'il n'a pas encore publié son troisième album, il tient magistralement la scène pendant deux heures. Comme le souligne son guitariste Lee Underwood dans les notes de pochette, cet enregistrement le capture à une période charnière de sa discographie : il est en train de s'affranchir du format pop pour se tourner vers la liberté du jazz. La moitié des titres dépassent les 8 minutes. C'est peut-être sa période la plus créative puisque, sur les 21 morceaux interprétés, 6 ne seront jamais enregistrés en studio. Plus qu'un document, c'est vite devenu mon disque préféré de Tim Buckley.

Et puis, il y a quelques jours, je découvre l'existence d'un Live at The Folklore Center, NYC, daté du 06 mars 1967, soit un an avant Londres. Après m'être assuré de la qualité de la prise de son, je le télécharge sur eMusic avec curiosité. J'ai presque l'impression que l'enregistrement a eu lieu pendant un concert en appartement organisé par la Blogothèque : sur la photo qui tient lieu de pochette, le chanteur se produit dans une ambiance domestique.  Il est déjà très en verve et joue en solo pendant une heure qui voit défiler 4 titres de son tout premier album (celui avec la gabardine à carreaux), 4 titres de Goodbye and Hello (dont l'extraordinaire "Phantasmagoria in Two", un de mes morceaux favoris) et 6 nouveaux inédits. Six titres jamais entendus jusqu'à alors et qui justifient presque à eux-mêmes l'achat de ce disque que publie le label Tompkins Square et qui, comme le Live in London, est bien mieux qu'un album posthume de plus, puisque c'est la quintessence du chanteur qui est ici restituée dans sa formule la plus dépouillée.

Sur la bande, on entend parfois des gens tousser. La légende veut qu'il n'y ait eu que 35 personnes dans la salle le jour où Tim Buckley s'est produit. En fermant les yeux, je me souviens de cet appartement parisien dans lequel j'ai vu Bon Iver pour la première fois, les fenêtres ouvertes, avec le jour tombant sur Montmartre. Peut-être que dans 40 ans, cet enregistrement sera à son tour publié, et que des badaux dans mon genre auront ainsi l'illusion d'assister à cette soirée par procuration. En attendant, j'observe juste qu'en 1968, on avait déjà tout inventé : les chanteurs en appartement, les micros placés au bon endroit et les invités qui se tassent dans un coin. Si internet avait existé à l'époque , Tim Buckley aurait pu faire un buzz énorme. A la place, il a écrit "Buzzin'Fly'. Chaque chose en son temps. 

Posté par philippe dumez à 19:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Je T'ime

    Enorme !

    Comme quoi, on ne peut plus rien inventer de nos jours !

    Posté par thierryJ, 01 septembre 2009 à 17:07 | | Répondre
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