09 octobre 2009

Stratégies

Je vois encore sa silhouette chétive pousser la lourde porte du 23, rue Boyer. Emmitouflé dans sa parka, il avait l'air d'un oisillon tombé du nid. Ce n'était pas encore pour un concert : c'était tout juste un showcase monté avec la complicité de la Blogothèque et de la Maroquinerie. Il avait demandé un Fender Rhodes (ou au pire un Wurlitzer), et je ne lui avais trouvé qu'un Clavinet, emprunté le matin même à Lori Sean Berg. C'est ainsi que s'est déroulé la première apparition parisienne de Chris Garneau : au cercle de curieux venus l'applaudir, il avait donné un aperçu du genre de secousses intimes que ses chansons, même réduites à l'essentiel, pouvaient provoquer. C'était juste avant que de bonnes fées se penchent sur son berceau : encouragés par une critique élogieuse dans Télérama, un label et un tourneur français décidaient de tenter l'aventure à ses côtés. Depuis la Cigale jusqu'au Théâtre de la Bastille, il n'a cessé de confirmer que les espoirs placés en lui n'étaient pas vains.

chris
Mercredi soir, Chris Garneau étrennait à la Maroquinerie les chansons de son nouvel album, et je n'aurais raté ça pour rien au monde. Même si j'ai quand même réussi par en rater une partie, pensant naïvement qu'il allait jouer en tête d'affiche, alors que le privilège était réservé à ce grand Duduche de Jeremy Jay. Chris a rasé cette grosse moustache avec laquelle on l'avait quitté (une bonne idée) et se produit désormais avec un batteur et une violoncelliste. S'il a pris de l'assurance, il ne l'a pas troquée contre sa fragilité. Et même s'il menace régulièrement de surjouer ses chansons, la moitié d'entre elles me filent toujours le frisson.

Côté cour, le garçon se montre toujours aussi affable. Pendant près d'une demi-heure, il se prête à toutes les demandes d'autographes, toutes les photos et fait l'effort de parler en français. C'est à peine s'il a le temps d'aller griller un cigarette dehors. Dans la douceur du soir, il raconte son périple en Chine cette année : mise en quarantaine dans un hôtel sans climatisation, deux dates sur trois annulées. Il ne tarit pas d'éloges au sujet de Here We Go Magic, de Jenny O. et de Noveller. Et mentionne aussi cette reprise de "La plus belle pour aller danser", qu'il a enregistré pour le prochain film de Benoit Pétré, Thelma, Louise et Chantal, que l'on découvrira l'an prochain.

baxter
Changement de cadre le lendemain : Ménilmontant cède la place aux bords du Canal St Martin. Plus de trois ans après la sortie de son second album, l'espoir de voir Baxter Dury sur scène s'était pratiquement évanoui. Et pourtant, sur le coup des 22h30, "Francesca's Party" fait trembler le Point Ephémère.  Et pour une surprise, c'est en une de taille : dès le premier morceau, ça joue grave. Si voir Dury fils se mérite, le résultat est à la hauteur de l'attente. Il joue beaucoup de nouvelles chansons, sans oublier celles que tout le monde attend : "Oscar Brown" ou encore "Cocaine Man", dont la longue introduction rappelle irrésistiblement Neu ! Au final, il n'a pas joué tellement plus longtemps que sur disque (35 minutes), mais c'était un sans faute. Chris Garneau et Baxter Dury ont choisi deux stratégies différentes (l'un joue tous les six mois alors que l'autre se produit une fois tous les 5 ans), mais les deux payent. Et parviennent à faire sortir de son trou Philippe L'Hermite, le mec qui dit qu'on ne l'y reprendra plus et qu'on retrouve à chaque fois.

Photo : Marine D. et Djenvert.

Posté par philippe dumez à 21:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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