15 octobre 2009

Got My Jojo Workin'

Quelques minutes après la fin du concert, alors qu'il se faufile parmi les spectateurs qui s'éparpillent, nos regards se croisent. Je ne peux m'empêcher de lui adresser un immense merci et de lui tendre la main. Il la sert chaleureusement et inscrit en français sur un bloc de papier qu'il ne peut pas parler. Je lui explique que je sais qu'il doit reposer ses cordes vocales et je le laisse filer.

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En remontant la rue de la Roquette, emmitouflé dans mon blouson pur polyamide, je suis perclu de remords. Il y a plus de 10 ans, il m'avait éconduit alors que j'étais venu l'interroger. Mais aujourd'hui, c'est moi qui avais des choses à lui dire : à commençer par exemple que, si je ne crois plus au Père Noël, je crois par contre en lui, et que chacune de ses apparitions parisiennes demeure une fête à marquer d'une pierre blanche sur le calendrier. Que je m'y prépare avec un sérieux irréprochable. Que plus les heures qui me séparent de lui s'évanouissent, plus je sens mon pouls s'accélérer. Qu'il est la seule personne au monde qui me donne à la fois envie d'apprendre la guitare, l'espagnol, de me laisser pousser le bouc et d'acheter des chaussons chinois. Qu'au niveau de la générosité (il assure la moitié du concert en français, chansons comprises), il demeure un modèle inégalé. Et que la blogosphère a beau porter au pinacle quotidiennement des nouvelles sensations, personne ne fait Jonathan Richman aussi bien que lui, puisque Jonathan Richman, c'est lui. Et qu'il demeure le seul à pouvoir changer de registre avec autant de souplesse, d'enchaîner les pitreries (il déballe sa valise sur scène pour en extirper son kit de percussions) et les chansons bouleversantes ("Because Her Beauty Is Raw And Wild", "Let Her Go Into The Darkness", "Her Mystery Not Of High Heels and Eye Shadow"...).

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Il a choisi de terminer son set par "Vermeer", tiré de l'album paru l'an dernier, où il répète à qui veut l'entendre : "des comme Vermeer, il n'y en avait pas deux". J'espère qu'un jour, quelqu'un lui rendra la politesse et chantera que des comme Jonathan Richman, il n'y avait pas deux, et qu'il peut rester muet après ça puisque l'essentiel est au-delà des mots.

Photo : Russel Daniels

Posté par philippe dumez à 23:19 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Got My Jojo Workin'

    Oh..Comme c'est joliment dit !...

    Posté par delphine, 16 octobre 2009 à 09:16 | | Répondre
  • J'ai passé mon tour

    Philippe,
    Si on ne s'est pas croisés au concert, c'est que j'étais loin de Paris et que j'ai dû passer mon tour. Au moins, tu confirmes (sans surprise pour moi) que les concerts de Jonathan Richman restent autant des moments de vie que des performances musicales à savourer pleinement.
    J'espère ne pas rater la prochaine occasion.

    Posté par Pol Dodu, 17 octobre 2009 à 08:47 | | Répondre
  • Les absents...

    Générosité, générosité... C'est vite dit.. Le cuistre a quand même l'outrecuidance de passer pile poil la semaine où je m'absente de la capitale. C'est pas sport.
    Signé : un jaloux.

    Posté par Tuco, 23 octobre 2009 à 14:44 | | Répondre
  • Picasso / Vermeer

    Donc, toutes les X années, Jonathan Richman chante les louanges d'un peintre.

    Posté par Vincent, 29 octobre 2009 à 12:44 | | Répondre
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