29 juin 2008
Comment je me suis fait dépuceler par Stevie
Parce que j'avais reçu un radio-cassette à l'occasion de ma communion solennelle et que mes parents ne possédaient pas de platine-disque, j'ai beaucoup écouté la FM pendant les années 80. Passé le mur du son (des grandes ondes à la modulation de fréquence, c'est toujours une révolution), j'ai traîné des heures sur des autoroutes inconnues, sans signalisation : sur 95.2 ou Hit Fm, les tubes étaient rarement désannoncés. C'est parfois dix ans, voire vingt ans plus tard que j'ai réussi à mettre un nom sur un titre qui m'avait marqué, vraisemblablement parce que la radio le martelait à l'époque. Christopher Cross ("Ride Like The Wind"), Chicago ("If You Leave Me Now"), Billy Joel ("Pressure") ou Alan Parsons Project ("Don"t Answer Me"). Cette expérience d'intense exposition à la pop pré-formatée n'a pas pour autant bridé ma capacité d'ouverture à d'autres musiques, mais je garde des séquelles. Je ne suis jamais à l'abri d'une rechute. Ou d'une révélation très très tardive, comme cette dernière : j'ai vraisemblablement connu mes premiers émois en écoutant Stevie Nicks.

Je me rappelle de la première fois où j'ai eu la curiorité d'écouter Rumours de Fleetwood Mac, certainement parce que Jason Lytle en avait fait l'apologie : j'en connaissais déjà la moitié des titres. Et pour cause : j'avais été exposé à "Lies", "Big Big Love" ou "Don't Stop" sans le savoir, et certainement à des doses dépassant la limite prescrite. Mais ce n'est pas le pire : ce sont à chaque fois les morceaux chantés par Stevie Nicks qui me font le plus d'effet. Je l'ai su quand j'ai commencé à réécouter indéfiniment le titre 2 du CD 1 de The Chain : une version live de "Stand Back" bien dégoulinante de synthétiseurs. J'ai eu un petit geste de recul (on n'est pas très loin de Cindy Sanders au niveau du look) avant de succomber : tous les disques de Sebadoh n'effaçeront jamais la marque du rouge à lèvres de Stevie sur mes polos d'ado.
J'ai acheté Rumours. J'ai acheté Mirage. J'ai acheté Tusk, alors que je pensais ne jamais aller plus loin que la version réenregistrée par Camper Van Beethoven. Avec le nouveau My Morning Jacket, je n'écoute même que ça actuellement, et je m'imagine en Californie dans les années 80, à cette époque bénie où le téléphone portable ressemblait encore à un très gros talkie-walkie et où ni Stevie, ni Christine McVie n'imaginaient un jour en faire tenir deux dans leur sac à main. Ni recevoir par courrier électronique le coming-out d'un bloggeur trop longtemps resté bloqué sur la FM station égérie.
27 juin 2008
Pour cent balles, t'as plus de boule
Vous n'avez pas idée du garçon casanier que je suis. Ma semaine obéit à des rituels immuables. Je vais à la piscine tous les mercredis au même endroit et à la même heure. Je fais les commissions tous les samedis matins au même supermarché et j'achète les mêmes produits. Je pose la même question aux enfants tous les soirs, celle-là même que me posaient mes parents et qui m'exaspérait. Une à deux fois par semaine, je pratique une expédition punitive chez Joseph Gibert, rayon bande dessinée et manga, inévitablement suivie du même déjeuner chinois sur le pouce. Jusqu'à un récent changement de direction, je n'avais même plus besoin d'annoncer la couleur : j'étais d'office de menu vapeur avec un riz cantonnais et un Coca Light. Je ne sais pas si cette routine me rassure, mais je m'y conforme sans trop me poser de questions.

Même s'il y en a une qui me taraude depuis la semaine dernière : pourquoi la boule coco a t-elle disparu de la formule ? C'est en la réclamant à la fin du repas que son absence m'a été signifiée avec un brin d'aplomb. Non que je sois un inconsolable de la petite montage blanche et molle qui supporte mal le micro-ondes. Mais c'était à la fois la ponctuation finale de mon repas et le signal sucré du retour vers mon lieu de travail. Pour une raison bassement économique (la hausse du baril de coco ?), mon menu n'est plus le même, alors qu'il me coûte toujours autant. Je me suis d'abord demandé si, par mesure de représailles, je n'allais pas choisir le boycott pur et simple, suivi de la pétition pour la réintégration du dessert. Mais c'était trop d'habitudes chamboulées d'un coup, et j'ai fini par accepter cette privation. Tout en restant vigilant : s'ils commençent à radiner sur le jambon dans le riz cantonnais, cette fois-ci, je me mets en boule.
25 juin 2008
L'assassinat du Père Noël

Pendant presque 30 ans, j'ai respecté ce rituel immuable. D'abord l'attendre, pendant des mois. Le guetter dans la boîte aux lettres. Ensuite en caresser la couverture, en apprécier l'épaisseur, avant de commençer à le feuilleter. Toujours par les dernières pages, pour arriver directement à l'essentiel. Et m'y perdre ensuite pendant de longues heures, dressant les listes les plus délirantes pour le plaisir de les reprendre à zéro le lendemain. Ne rien cocher, ne rien corner : respecter son caractère sacré. Ne le jeter qu'au moment où arrive le nouveau, et tout reprendre à zéro. Malheureusement, c'est fini. C'est un monde qui s'effondre pour moi : comme si celui de l'enfance venait de fermer ses portes à jamais, me laissant sans boussole au milieu de celui des adultes. Il faudra maintenant en parler au passé, et s'accrocher à ceux des années précédentes comme aux derniers vestiges d'une Atlantide sur papier glacé. Les pages "jouets" disparaissent de l'édition automne/hiver des 3 Suisses, et c'est comme si 30 ans de rêve s'évanoussaient d'un coup.
24 juin 2008
Le Cloud du spectacle
A peine remis de la sortie de l'album d'Islands que le nouveau Cloud Cult me tombe dessus. Et que c'est à ce jour son seul challenger sérieux. Une sorte de messe baroque en 13 actes, sertie d'arrangements de cordes somptueux, posée sur des mélodies délicieusement tarabiscotées. Feel Good Ghosts (Tea Partying Through Tornadoes) est certainement plus immédiat que son prédécesseur The Meaning of 8, moins longuet également, avec un vrai tube au milieu (Dj Shadow VS Visage VS Peter, Björn & John) : It's What You Need. Un vrai tube de... 1'07.

De toute cette génération de groupes auxquels les Flaming Lips ont ouvert les portes, Cloud Cult est certainement le plus passionnant et le plus méconnu : le fruit de l'imagination de Craig Minowa, militant écologiste qui a construit son studio à l'intérieur d'une ferme alimentée par l'énergie géothermale et batie en partie à base de matériaux recyclés. Est-ce le secret de sa productivité (6 albums depuis 2001) ? La vie n'a malheureusement pas toujours souri à ce stakhanoviste : mais il a su en tirer la sève de ses enregistrements, dont le côté thérapeutique n'a jamais amoindri l'interêt artistique. Bien au contraire : Feel Good Ghosts (Tea Partying Through Tornadoes) sonne déjà comme un véritable accomplissement. La voix, toujours sur le fil, est régulièrement bouleversante. Dans le genre, c'est peut-être la plus belle confirmation, depuis le dernier Thee More Shallows, que l'héritage de Grandaddy est entre de bonnes mains. Télérama titrait la semaine dernière au sujet de MGMT : "Le rock qui rend heureux". Moi, je suis tombé sur le Cult en écoutant Feel Good Ghosts . Et je ne m'en suis toujours pas relevé. Même si je commence à ressentir des démangeaisons à l'écoute du nouveau My Morning Jacket...
PS : L'album de Cloud Cult, comme la plupart des disques dont je parle ici, est évidemment disponible sur eMusic.
21 juin 2008
Tes états d'âme, Erica
La première fois que j'ai entendu Erica Buettner, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces rééditions comme il en paraît miraculeusement tous les ans : un chef d'oeuvre en péril dans la lignée des Another Diamond Day, Parallelograms ou Heart Food. Il n'y avait pas besoin de carbon 14 pour dater sa musique. Elle avait vraisemblablement été produite au tout début des années 70, avec beaucoup d'économie au niveau des arrangements de manière à ce que l'écrin ne prenne pas plus d'importance que le bijou : la voix. Je crois que je n'avais pas été autant ému par une voix féminine depuis au moins dix ans : précisemment depuis la sortie de Calling Over Time d'Edith Frost. Comme elle, Erica Buettner possède ce timbre froid et élégant. Mais il y a quelque chose de plus sec chez elle. Les amateurs de Songs From A Room trouveront vite leurs marques parmi les quelques chansons postées sur son myspace.

Le plus étonnant, comme pour sa cousine Essie Jain, c'est que Erica Buettner vive à notre époque. Américaine exilée à Paris, elle met actuellement la dernière touche à son premier album. Une fois par mois, accompagnée par un multi-instrumentiste, elle rôde son répertoire en public. Je l'ai vue dans la cave du Pop'In jouer du banjo et tisser le lien invisible qui la relie à la tribu du label Asthmatic Kitty. Un mois plus tard, dans le XVIIIème arrondissement, elle étrénait une chanson qui figure déjà parmi ses meilleures : "When It Goes". Voir Erica en concert tient du miracle : fidèle non seulement à cette lignée de chanteuses disparues sans avoir laissé de traces scéniques, mais aussi à l'image que je m'étais faite d'elle. Désarmante de simplicité et gracieuse. Elle pourrait tout aussi bien signer chez Fargo que chez Secretly Canadian, s'inscrire dans une tradition janséniste comme ouvrir son univers à des arrangements plus chatoyants, accompagner Will Oldham comme Leonard Cohen. En attendant, sa carrière ressemble à un livre ouvert. En espérant qu'elle n'ait pas tout dit dès les premières pages et qu'elle ne perde pas ce style intemporel qui lui sied si bien, je lui ai réservé une belle place dans ma discothèque rangée par ordre alphabétique. Entre Tim Buckley et Buffalo Springfield. Pour un début, elle aurait pu plus mal tomber.
20 juin 2008
I Just Called To Say I Love You

Après avoir égaré son portable, elle a envoyé un message à ses amis sur Facebook pour qu'ils lui renvoient leurs coordonnées. Evidemment, tout le monde a fait un "répondre à tous" et en fait profiter les autres. C'est globalement totalement inintéressant, sauf cette dernière intervention : AU DEBUT JE ME SUIS DIT QUE TU AVAIS EFFACE MON NUMERO ET QUE TU REGRETTAIS MAIS APPAREMENT JE SUIS PAS LE SEUL. C'est un peu une histoire en une seule phrase, avec ses sous-entendus et ses non-dits. Un grand bout d'intimité publié par erreur sur la toile. Comme dans la chanson, un portable de perdu, c'est dix amoureux qui r'viennent.
18 juin 2008
Cher service relation abonnés de Télérama

Je reçois ce matin votre seconde relance me proposant de me réabonner à tarif tout à fait préférentiel, et j'ai du mal à apprécier "les avantages qui (me) sont réservés". En effet, depuis votre première relance, un site de vente par correspondance m'a proposé la même formule pour 56,32 euros, alors que votre offre se monte encore à 84,90 euros. J'ai été un peu surpris de voir qu'un tiers proposait des conditions plus avantageuses que les vôtres, aussi j'ai sauté sur l'occasion. Une semaine plus tard, je me suis rendu compte que par l'intermédiaire de votre site, je pouvais aussi m'abonner pour 60 euros par an, avec un DVD en prime. Pourquoi votre offre papier est-elle beaucoup moins alléchante que votre offre web ? Pourquoi cherchez-vous à me faire croire qu'en tant qu'abonné, je suis favorisé alors qu'au final je paye beaucoup plus cher ? Et pourquoi continuez-vous à me relancer alors que je suis déjà réabonné depuis plus d'un mois ? Paradoxalement vôtre, Philippe Dumez.
17 juin 2008
Le syndrôme du hérisson
C'est le nouvel argument en vogue auprès des éditeurs de bandes dessinée : associer un écrivain à une préface pour crédibiliser un ouvrage. Ou recueillir ses impressions dithyrambiques au dos du volume. La première fois que je m'en suis rendu compte, c'est quand Daniel Pennac et Alain Chabat se sont répandus en compliments sur La Vallée des merveilles de Joann Sfar, son plus grand ratage à cette heure. Anna Gavalda y est allé de son petit couplet au début de Aya de Yopougon, sans que sa présence soit à priori légitime. Et ce sont Stéphane et Muriel Barbery qui ont été débauchés pour faire l'éloge de La Montagne magique de Taniguchi. C'est le cas d'espèce le plus intéressant à mon avis, puisque les auteurs de L'Elégance du hérisson sont allés à Tokyo rencontrer le mangaka et en tirer 5 pages d'entretien reproduites à la fin du volume.

J'ai d'abord cru que j'avais entre les mains une édition limitée contenant le dossier de presse en bonus, avant de comprendre que c'était au contraire l'édition standard rallongée d'un rédactionnel superflu qui avait plus sa place dans un magazine que dans un livre. Mais je l'ai lu quand même, espérant trouver la réponse à la question qui m'a obsédée pendant toute la lecture du récit : comment se fait-il que le scénario rappelle autant Mon voisin Totoro de Miyasaki ? Et que la première phrase de La Montagne magique, comme un indice supplémentaire, soit : "J'ai grandi à Tottori" ? Malheureusement, il semblerait que cette "coïncidence" leur ait échappé et qu'ils aient préféré disserter sur "une certaine forme de transe où une frontière est franchie et un passage soignant et transformant devient possible" (je pense que le traducteur a dû demander une augmentation...). Je ne suis pas sûr que ces mariages contre-nature apportent grand-chose aux lecteurs de bandes dessinées, ni qu'ils finissent par convaincre les amateurs de littérature de franchir le Rubicon. J'ai plutôt l'impression d'une sorte de grand n'importe-quoi général dans lequel tout le monde cautionne tout, en oubliant l'essentiel : que les bons livres se suffisent à eux-mêmes.
16 juin 2008
Le Menu à 6 euros
Quatorze ans après le dernier numéro Mune Comix, mettant fin à une attente que je qualifierai d'intolérable, JC Menu revient au format dans lequel je le préfère : le périodique. Sans doute influencé par les Claudiquant sur le dancefloor de Luz, ce paradoxe vivant (c'est un des auteurs les moins prolifiques de sa génération alors que, éditorialement parlant, c'est un des plus importants) a décidé de se consacrer à une des vieilles lubies : le sillon interminable à la fin de la face d'un 33 tours, aussi appellé lock groove. C'est évidemmment un prétexte pour parler de sa passion obsessionnelle pour le rock éléctrique, qu'il s'agisse d'un concert de Pere Ubu à Villejuif, d'une compile de groupes garage de Boston achetée à l'aéroport d'Atlanta un jour où la neige bloquait le départ des avions, ou des grandes énigmes dont il a mis des années à trouver la clé : pourquoi avant y avait-il 4 morceaux sur les 45 tours ? Qu'est-il arrivé aux Beatles entre 1963 et 1970 ? Et pourquoi les Pink Floyd n'ont pas sorti d'album en 1974 ?

Ce premier volume fourmille autant d'anecdotes que de digressions sur des sujets allant du fédérateur à l'anecdotique. L'humour n'a rien perdu de sa méchanceté. Graphiquement, c'est un régal : Menu dessine toujours comme l'adolescent qu'il n'a jamais cessé d'être et alterne les modes narratifs. D'un trait simplifié pour illustrer des comptes-rendus de concert au triomphe de son inimitable typographie manuelle pour les chroniques de disques. C'est un fanzine en hommage aux fanzines, à cette époque révolue où le mp3, les blogs et myspace n'existaient pas. Et c'est surtout une formidable déclaration d'amour au vinyle et à tous les usages qu'on en fait : comprendre le sens de l'histoire, se les trimballer à bout de bras pour un dj mix foireux, danser avec Patrick Eudeline, gratter la poésie aux creux des sillons. Et bien d'autres encore, certainement abordés dans les volumes à venir où j'ai peur de me voir fusillé pour avoir vendu ma collection de 33 tours un dimanche après-midi de désoeuvrement. C'est un traître qui vous parle : prenez le maquis et exigez le Menu.
15 juin 2008
Aux pieds de Fontaine
Mon premier contact a été uniquement visuel : sur la pochette de Secret Swingers, en robe vert pomme, elle pose allongée sur un couvre-lit et fixe l'objectif d'un air boudeur. C'est en parcourant les notes que j'en apprends plus sur elle : Fontaine Toups, bass guitar, singing. C'est la seule fille au sein d'un groupe de mecs qui portent tous le même nom (Baluyut) et sont tous plus ou moins frères ou cousins. Sa présence presque anachronique rappelle celle de Kazu au milieu des jumeaux chez Blonde Redhead. Pourtant, sans elle, Versus ne serait peut-être qu'un groupe de division d'honneur de la pop underground américaine. Mes morceaux préférés sont ceux qui portent sa griffe. Et j'ai certainement continué d'acheter leurs disques à cause d'elle, même quand ils devenaient moins bons. Fontaine Toups, quel nom quand même.

Malheureusement, l'heure de Versus n'a jamais sonné. Le fait de s'être échappé de l'écurie Teenbeat pour signer chez Caroline Records n'a pas été un gage de succès. Alors, au bout de 10 ans, le groupe s'est inscrit aux abonnés absents. Il n'y a pas beaucoup de mystère autour des splits : c'est toujours la même routine qui finit par sonner le glas des groupes. Surtout quand, passé trois albums, le succès n'est pas au rendez-vous. Pour un Yo La Tengo qui parvient à maintenir le cap, combien de Arab Strap et de Sleater Kinney plantés contre un arbre sur le bord de la route ? Exit donc Versus. Deux membres se recyclent au sein de +/-, dans l'indifférence générale. Fontaine fonde The Fontaine Toups, publie un CD en 2004 et disparaît. A t-elle vendu sa basse sur eBay pour prendre un boulot à plein temps ? Inonde t-elle tous les labels indépendants de la région d'Olympia de démos ? Postule t-elle pour le prochain casting des Smashing Pumpkins ? Est-elle mère de famille désormais ?
Moi, j'écoute toujours Secret Swingers ainsi que les deux suivants : Two Cents Plus Tax et Afterglow. Je frémis chaque fois que j'entends sa voix. Je repense à cette époque où j'achetais tous les groupes qui avaient bénéficié d'une chronique positive dans Bardaf, Junior ou Heaven is Blue, et je me rends compte que cette fille, je l'ai toujours dans la peau. C'est ma Kim Gordon à moi, ma Kim Deal d'intérieur. Depuis le couvre-lit, dans cette chambre un peu rococo où a été prise la photo, elle me fait la moue. Depuis douze ans, je me demande ce qu'elle avait aux pieds ce jour-là, puisqu'elle est coupée à mi-mollets. Des Nike ? Des Stilleto ? Des Doc montantes ? Depuis douze ans, je suis aux pieds coupés de Fontaine, hors-champs, assis sur la moquette. Dites à la femme de chambre de repasser plus tard, je vais rester encore un peu.