21 juin 2008
Tes états d'âme, Erica
La première fois que j'ai entendu Erica Buettner, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces rééditions comme il en paraît miraculeusement tous les ans : un chef d'oeuvre en péril dans la lignée des Another Diamond Day, Parallelograms ou Heart Food. Il n'y avait pas besoin de carbon 14 pour dater sa musique. Elle avait vraisemblablement été produite au tout début des années 70, avec beaucoup d'économie au niveau des arrangements de manière à ce que l'écrin ne prenne pas plus d'importance que le bijou : la voix. Je crois que je n'avais pas été autant ému par une voix féminine depuis au moins dix ans : précisemment depuis la sortie de Calling Over Time d'Edith Frost. Comme elle, Erica Buettner possède ce timbre froid et élégant. Mais il y a quelque chose de plus sec chez elle. Les amateurs de Songs From A Room trouveront vite leurs marques parmi les quelques chansons postées sur son myspace.

Le plus étonnant, comme pour sa cousine Essie Jain, c'est que Erica Buettner vive à notre époque. Américaine exilée à Paris, elle met actuellement la dernière touche à son premier album. Une fois par mois, accompagnée par un multi-instrumentiste, elle rôde son répertoire en public. Je l'ai vue dans la cave du Pop'In jouer du banjo et tisser le lien invisible qui la relie à la tribu du label Asthmatic Kitty. Un mois plus tard, dans le XVIIIème arrondissement, elle étrénait une chanson qui figure déjà parmi ses meilleures : "When It Goes". Voir Erica en concert tient du miracle : fidèle non seulement à cette lignée de chanteuses disparues sans avoir laissé de traces scéniques, mais aussi à l'image que je m'étais faite d'elle. Désarmante de simplicité et gracieuse. Elle pourrait tout aussi bien signer chez Fargo que chez Secretly Canadian, s'inscrire dans une tradition janséniste comme ouvrir son univers à des arrangements plus chatoyants, accompagner Will Oldham comme Leonard Cohen. En attendant, sa carrière ressemble à un livre ouvert. En espérant qu'elle n'ait pas tout dit dès les premières pages et qu'elle ne perde pas ce style intemporel qui lui sied si bien, je lui ai réservé une belle place dans ma discothèque rangée par ordre alphabétique. Entre Tim Buckley et Buffalo Springfield. Pour un début, elle aurait pu plus mal tomber.
20 juin 2008
I Just Called To Say I Love You

Après avoir égaré son portable, elle a envoyé un message à ses amis sur Facebook pour qu'ils lui renvoient leurs coordonnées. Evidemment, tout le monde a fait un "répondre à tous" et en fait profiter les autres. C'est globalement totalement inintéressant, sauf cette dernière intervention : AU DEBUT JE ME SUIS DIT QUE TU AVAIS EFFACE MON NUMERO ET QUE TU REGRETTAIS MAIS APPAREMENT JE SUIS PAS LE SEUL. C'est un peu une histoire en une seule phrase, avec ses sous-entendus et ses non-dits. Un grand bout d'intimité publié par erreur sur la toile. Comme dans la chanson, un portable de perdu, c'est dix amoureux qui r'viennent.
18 juin 2008
Cher service relation abonnés de Télérama

Je reçois ce matin votre seconde relance me proposant de me réabonner à tarif tout à fait préférentiel, et j'ai du mal à apprécier "les avantages qui (me) sont réservés". En effet, depuis votre première relance, un site de vente par correspondance m'a proposé la même formule pour 56,32 euros, alors que votre offre se monte encore à 84,90 euros. J'ai été un peu surpris de voir qu'un tiers proposait des conditions plus avantageuses que les vôtres, aussi j'ai sauté sur l'occasion. Une semaine plus tard, je me suis rendu compte que par l'intermédiaire de votre site, je pouvais aussi m'abonner pour 60 euros par an, avec un DVD en prime. Pourquoi votre offre papier est-elle beaucoup moins alléchante que votre offre web ? Pourquoi cherchez-vous à me faire croire qu'en tant qu'abonné, je suis favorisé alors qu'au final je paye beaucoup plus cher ? Et pourquoi continuez-vous à me relancer alors que je suis déjà réabonné depuis plus d'un mois ? Paradoxalement vôtre, Philippe Dumez.
17 juin 2008
Le syndrôme du hérisson
C'est le nouvel argument en vogue auprès des éditeurs de bandes dessinée : associer un écrivain à une préface pour crédibiliser un ouvrage. Ou recueillir ses impressions dithyrambiques au dos du volume. La première fois que je m'en suis rendu compte, c'est quand Daniel Pennac et Alain Chabat se sont répandus en compliments sur La Vallée des merveilles de Joann Sfar, son plus grand ratage à cette heure. Anna Gavalda y est allé de son petit couplet au début de Aya de Yopougon, sans que sa présence soit à priori légitime. Et ce sont Stéphane et Muriel Barbery qui ont été débauchés pour faire l'éloge de La Montagne magique de Taniguchi. C'est le cas d'espèce le plus intéressant à mon avis, puisque les auteurs de L'Elégance du hérisson sont allés à Tokyo rencontrer le mangaka et en tirer 5 pages d'entretien reproduites à la fin du volume.

J'ai d'abord cru que j'avais entre les mains une édition limitée contenant le dossier de presse en bonus, avant de comprendre que c'était au contraire l'édition standard rallongée d'un rédactionnel superflu qui avait plus sa place dans un magazine que dans un livre. Mais je l'ai lu quand même, espérant trouver la réponse à la question qui m'a obsédée pendant toute la lecture du récit : comment se fait-il que le scénario rappelle autant Mon voisin Totoro de Miyasaki ? Et que la première phrase de La Montagne magique, comme un indice supplémentaire, soit : "J'ai grandi à Tottori" ? Malheureusement, il semblerait que cette "coïncidence" leur ait échappé et qu'ils aient préféré disserter sur "une certaine forme de transe où une frontière est franchie et un passage soignant et transformant devient possible" (je pense que le traducteur a dû demander une augmentation...). Je ne suis pas sûr que ces mariages contre-nature apportent grand-chose aux lecteurs de bandes dessinées, ni qu'ils finissent par convaincre les amateurs de littérature de franchir le Rubicon. J'ai plutôt l'impression d'une sorte de grand n'importe-quoi général dans lequel tout le monde cautionne tout, en oubliant l'essentiel : que les bons livres se suffisent à eux-mêmes.
16 juin 2008
Le Menu à 6 euros
Quatorze ans après le dernier numéro Mune Comix, mettant fin à une attente que je qualifierai d'intolérable, JC Menu revient au format dans lequel je le préfère : le périodique. Sans doute influencé par les Claudiquant sur le dancefloor de Luz, ce paradoxe vivant (c'est un des auteurs les moins prolifiques de sa génération alors que, éditorialement parlant, c'est un des plus importants) a décidé de se consacrer à une des vieilles lubies : le sillon interminable à la fin de la face d'un 33 tours, aussi appellé lock groove. C'est évidemmment un prétexte pour parler de sa passion obsessionnelle pour le rock éléctrique, qu'il s'agisse d'un concert de Pere Ubu à Villejuif, d'une compile de groupes garage de Boston achetée à l'aéroport d'Atlanta un jour où la neige bloquait le départ des avions, ou des grandes énigmes dont il a mis des années à trouver la clé : pourquoi avant y avait-il 4 morceaux sur les 45 tours ? Qu'est-il arrivé aux Beatles entre 1963 et 1970 ? Et pourquoi les Pink Floyd n'ont pas sorti d'album en 1974 ?

Ce premier volume fourmille autant d'anecdotes que de digressions sur des sujets allant du fédérateur à l'anecdotique. L'humour n'a rien perdu de sa méchanceté. Graphiquement, c'est un régal : Menu dessine toujours comme l'adolescent qu'il n'a jamais cessé d'être et alterne les modes narratifs. D'un trait simplifié pour illustrer des comptes-rendus de concert au triomphe de son inimitable typographie manuelle pour les chroniques de disques. C'est un fanzine en hommage aux fanzines, à cette époque révolue où le mp3, les blogs et myspace n'existaient pas. Et c'est surtout une formidable déclaration d'amour au vinyle et à tous les usages qu'on en fait : comprendre le sens de l'histoire, se les trimballer à bout de bras pour un dj mix foireux, danser avec Patrick Eudeline, gratter la poésie aux creux des sillons. Et bien d'autres encore, certainement abordés dans les volumes à venir où j'ai peur de me voir fusillé pour avoir vendu ma collection de 33 tours un dimanche après-midi de désoeuvrement. C'est un traître qui vous parle : prenez le maquis et exigez le Menu.
15 juin 2008
Aux pieds de Fontaine
Mon premier contact a été uniquement visuel : sur la pochette de Secret Swingers, en robe vert pomme, elle pose allongée sur un couvre-lit et fixe l'objectif d'un air boudeur. C'est en parcourant les notes que j'en apprends plus sur elle : Fontaine Toups, bass guitar, singing. C'est la seule fille au sein d'un groupe de mecs qui portent tous le même nom (Baluyut) et sont tous plus ou moins frères ou cousins. Sa présence presque anachronique rappelle celle de Kazu au milieu des jumeaux chez Blonde Redhead. Pourtant, sans elle, Versus ne serait peut-être qu'un groupe de division d'honneur de la pop underground américaine. Mes morceaux préférés sont ceux qui portent sa griffe. Et j'ai certainement continué d'acheter leurs disques à cause d'elle, même quand ils devenaient moins bons. Fontaine Toups, quel nom quand même.

Malheureusement, l'heure de Versus n'a jamais sonné. Le fait de s'être échappé de l'écurie Teenbeat pour signer chez Caroline Records n'a pas été un gage de succès. Alors, au bout de 10 ans, le groupe s'est inscrit aux abonnés absents. Il n'y a pas beaucoup de mystère autour des splits : c'est toujours la même routine qui finit par sonner le glas des groupes. Surtout quand, passé trois albums, le succès n'est pas au rendez-vous. Pour un Yo La Tengo qui parvient à maintenir le cap, combien de Arab Strap et de Sleater Kinney plantés contre un arbre sur le bord de la route ? Exit donc Versus. Deux membres se recyclent au sein de +/-, dans l'indifférence générale. Fontaine fonde The Fontaine Toups, publie un CD en 2004 et disparaît. A t-elle vendu sa basse sur eBay pour prendre un boulot à plein temps ? Inonde t-elle tous les labels indépendants de la région d'Olympia de démos ? Postule t-elle pour le prochain casting des Smashing Pumpkins ? Est-elle mère de famille désormais ?
Moi, j'écoute toujours Secret Swingers ainsi que les deux suivants : Two Cents Plus Tax et Afterglow. Je frémis chaque fois que j'entends sa voix. Je repense à cette époque où j'achetais tous les groupes qui avaient bénéficié d'une chronique positive dans Bardaf, Junior ou Heaven is Blue, et je me rends compte que cette fille, je l'ai toujours dans la peau. C'est ma Kim Gordon à moi, ma Kim Deal d'intérieur. Depuis le couvre-lit, dans cette chambre un peu rococo où a été prise la photo, elle me fait la moue. Depuis douze ans, je me demande ce qu'elle avait aux pieds ce jour-là, puisqu'elle est coupée à mi-mollets. Des Nike ? Des Stilleto ? Des Doc montantes ? Depuis douze ans, je suis aux pieds coupés de Fontaine, hors-champs, assis sur la moquette. Dites à la femme de chambre de repasser plus tard, je vais rester encore un peu.
11 juin 2008
Ecolo mais pas trop

Moins d’un an après Trois Ombres, un des livres qui m’a le plus marqué en 2007, Cyril Pedrosa change de registre et publie son premier album chez Fluide Glacial. Un changement de registre aussi radical que réussi. Son secret ? Les Knacki Herta, comme il le confesse tout au long de Autobio. Autant l’humour des éditions Audie avait du mal à se renouveler depuis des années, autant il bénéficie d'un sacré coup de jeune avec cette série qui prend pour cible l’écologie. En pré-adulte lucide, Pedrosa est régulièrement acculé aux limites de son engagement : faut-il proscrire le lait des vaches et vivre dans des cabanes ? Virer le compost sous prétexte qu'il attire les bêtes ? Et des mangues au mois de mars, est-ce compatible avec l'hygiène de vie d'un éco-consommateur responsable ? Il se garde bien du prosélytisme et préfère répondre par la dérision, à la manière d’un Chauzy (auquel sa manière de se caricaturer renvoie immédiatement).
Comme dans Trois Ombres, son trait de pinceau, à la fois souple et dynamique, fait mouche : une mise en couleurs qui va à l’essentiel le met encore plus en valeur. En deux livres, je suis devenu fan de Cyril Pedrosa, auquel je n’accordais jusqu’alors qu’une attention très distraite (j’ai encore relu Shaolin Moussaka dimanche dernier sans être particulièrement convaincu). En deux livres aussi, il est passé du stade de dessinateur à celui d’auteur complet, sans que son talent semble cantonné à un genre particulier. Avec Bastien Vivès et Aude Picault, c’est certainement un des auteurs sur lesquels je compte le plus actuellement pour me surprendre. Et me régaler : ma table est toujours ouverte aux amateurs déclarés de saucisses-cocktail.
10 juin 2008
La possibilité d'une île
L'année du sacre d'Arcade Fire, Technikart choisissait de se démarquer en élisant album de l'année Return To The Sea de Islands. Pour être honnête, j'étais totalement passé à côté et, sans cet appel du pied, je ne l'aurais certainement jamais écouté. Il y avait certainement une part de snobisme à mettre en avant un disque aussi mésestimé, mais aussi une curiosité supérieure à la moyenne : à la séance de rattrapage, Return To The Sea, sous des dehors peu seyants (pochette bâclée, morceau d'ouverture interminable...), s'avérait être un petit chef d'oeuvre d'excentricité qui préparait le terrain à Hissing Fauna, Are You The Destroyer de Of Montreal. Avec au milieu un tube à la "When You Were Mine" : "Rough Gem". Je ne sais pas si je l'aurai élu album de l'année : mais impasse de l'année, en tout cas, haut la main.

C'est aussi dans Technikart que j'ai eu vent de la parution du second album d'Islands, Arm's Way, présenté comme "plus glam". Plus glam ? La pochette est en tout cas toujours aussi affreuse, mais ce n'est pas très grave, puisque de toute façon Islands est un groupe monstrueux, véritable kaleidoscope pop derrière lequel ni MGMT ni The Ruby Suns ne parviennent à s'aligner. Ils s'attaquent à tout, même au français, même à la biguine. Ils écrivent aussi bien des vrais tubes ("Creeper") que des morceaux d'opéras rock et parviennent à imprimer une patte qui n'appartient qu'à eux : un certain sens de l'épique. Arm's Way est long et éprouvant : il faut plusieurs fois passer le cap de 7 minutes pour arriver à la pièce maîtresse du disque, qui, elle, fait... plus de 11 minutes.
Je ne sais pas du tout si Arm's Way figurera parmi mes disques de l'année 2008 : pour l'instant, je tourne encore autour, partagé entre la fascination et la fatigue (près de 70 minutes d'un coup, sans répit, avec peut-être quelques morceaux redondants vers la fin). J'ai sans doute perdu ma capacité à rester attentif au-delà de 40 minutes, mais pas celle de me passionner pour des causes desespérées. Celle de Islands me rappelle celle des Gorkys Zygotic Minci, groupe pour lequel l'Histoire s'était arrêtée le jour où Kevin Ayers a quitté Soft Machine. Il n'y a pas grand chose à attendre d'eux, si ce n'est des grands disques malades. Et dans le genre, celui-ci remplit son contrat. En double exemplaire, paraphé en bas de chaque page. A l'encre invisible.
05 juin 2008
Sans chemise, sans pantalon (thaï)
Je suis victime d'une recrudescence de spams, et la grande nouveauté est qu'ils s'adressent désormais à moi en français. Malheureusement, plutôt que de potasser la méthode Assimil, ils ont préféré passer directement par la case "traduction automatique". Ce qui donne aussi bien des merveilles comme : "Si vous avez des problemes pour l'avoir dure, j'ai une solution pour vous" que des résultats étranges comme : "Nos logiciels sont Tres kostenguenstig, original et voell funktionsfaehig". Jusqu'à ce que les pharmacies en ligne franchissent le mur de l'absurde à la vitesse du con. Si le texte est toujours à peu près le même, ce sont l'intitulé et le nom de l'expéditeur qui changent pour échapper aux logiciels de filtrage. Depuis une semaine, j'ai ainsi reçu le même message en provenance de "Les pilules. Ma force", "La lutte contre de pilules", "Delicieuses pilules", "Membres votre Pills", "Je suis votre Pilule", "Dire au revoir", "Bon au lit en drogues", "Les pilules pour besoin", "Sante vous aime. Nous aussi" ou encore "Rechercher Pale ? Visiter nous". L'intitulé vaut aussi son pesant de gélules : "Je n'ai pas de tete car que je sais que mon Europharmacie", "Nos comprimes guerir. Et nous les vendre !", "Je n'ai pas de soins. J'ai simplement aller à Europharmacie", "Le chemin a la santé est etroite. Nous sommes de cette façon", "Mes poumons sont ok. Europharmacie !", "Mon petit ami m'aime plus. Merci Europharmacie !". Même si je rale, je ne peux m'empêcher d'être fasciné. C'est de plus en plus délirant.

Mais à ce petit jeu-là, les pantalons thaï restent indétronables. Les quoi ? Les pantalons thaï. "Connu aussi sous le nom de pantalons de pêcheurs thailandais, il doit sa notoriété à son confort, à la légereté et sa souplesse. Idéal pour les beaux jours, le yoga, les massages, la grossesse, la relaxation, les kinesithérapeutes, les sportifs, la maison, sortir le soir, la plage, le hamac". Incrédule, j'ai cru à une blague. Jusqu'à ce que je reçoive la relance spéciale fêtes des mères : "Nos jupes thaï de qualité supérieure combinent douceur et tenue, bien-être et élégance". Et fêtes de pères, dernièrement. Mais les pantalons thaï me laissent relativement tranquilles. Je ne reçois pas plus d'un mail par mois. J'attends impatiemment leur offres de bermudas thai et de slims thaï avant de me décider à passer une commande groupée ("Economisez jusqu'à 24 Euros en achetant par 3"). Et des logiciels anti-spam thaï, ils font ça aussi ?
02 juin 2008
Initials E.J.
Dans son séminal Playlist, Charles Berbérian raconte l'histoire d'un album qu'il a recopié sur mini-disc sans prendre le soin d'en indiquer la nature, et du mystère qui l'a entouré. Il l'écoute sans pouvoir l'identifier, sans que cette situation frustrante soit pour autant déplaisante. J'ai eu pendant plusieurs mois sur mon disque dur un morceau magnifique d'une interprète baptisée EJ. Le morceau a été mal tagué par la personne qui l'a encodé, et j'ai déjà oublié sur quel blog je l'ai téléchargé. C'est d'autant plus difficile d'en savoir plus que, musicalement, le style d'EJ est intemporel : elle peut aussi bien être une cousine de Shirley Collins, une voisine de Vashi Bunyna ou une copine de This Mortal Coil. Je suis même sur le point d'abandonner quand je découvre la chronique de François Gorin consacrée à Essie Jain. Un lien youtube, puis une page myspace. A la clé, la solution de mon énigme. EJ = Essie Jain. Et je ne suis pas au bout de mes surprises.

Essie Jain est une jeune américaine dont le premier album, paru début 2007 sur Ba-Da-Bing (le label qui a découvert Beirut), connaît enfin une distribution européenne par le biais du The Leaf Label (Efterklang, Colleen, A Hawk and A Hawksaw...). Filmée par Vincent Moon dans les rues de New-York il y a deux ans, elle ressemble à la flée Clochette perdue dans Manhattan. Assise sur des escaliers de secours ou à l'arrière d'un camion de livraison, elle chante en s'accompagnant d'une guitare, figeant le temps autour d'elle. Samedi dernier, Essie Jain ouvre la "soirée à emporter" organisée par le Blogothèque. Robe longue à motifs et chaussures à talons, jambes croisées derrière un Korg qui se dresse comme une barrière entre elle et le public. Le miracle de la voix s'accomplit dès les premières secondes de Glory. Puis vient Haze, le morceau mal tagué qui m'a donné du fil à retordre. Même si je me tiens à moins d'un mètre d'elle, elle conserve la même part de mystère. Comment fait-elle pour s'immiscer au plus profond de nous sans effort ? Comme réussit-elle, en dépit de son jeune âge, à s'inscrire dans la lignée des grandes prêtresses du folk anglais ? Et le chauve qui joue de la guitare à côté d'elle, c'est son copain ?
A la fin du concert, Essie fend la foule et part jouer dehors, sur les pavés du Canal St Martin. Même à la lumière du jour, à quelques centimètres des spectateurs qui ne la quittent pas des yeux, elle n'a rien perdu de la grâce du papillon qui figure sur la pochette de son disque. Elle sourit comme une petite fille, rougit un peu. Un peu plus tard dans la soirée, on la recroisera sur scène donner la réplique à Noah and The Whale avant de s'évaporer, comme elle était venue. Quand Essie Jain est passée, la magie qui reste dans l'air est encore d'elle.