11 octobre 2009
Prince-fesses.
C'est plus fort que moi, mais je garde toutes mes places de concert dans une boîte à chaussures. Même les contremarques FNAC. Au-delà du simple souvenir, c'est aussi tout ce qui est attaché au concert qui m'intéresse : le logo du partenaire radio, le nom de la première partie (quand il est indiqué, ce renseignement étant la plupart du temps ramené à la formule "plus guest") et le prix, fatalement. Vendredi dernier, j'ai fait partie de ceux qui ont pris d'assaut le site de la Fnac dans l'espoir d'attraper une place pour le concert de Prince au Grand Palais. Entre 11h00 et 11h05, je n'ai cessé de rafraîchir mon navigateur dans l'espoir d'accéder au système de réservation. J'ai fini par y parvenir, pour me rendre compte qu'il ne restait plus que des places à 149 euros pour dimanche soir. 149 euros ? J'ai quand même hésité avant d'appuyer sur "continuer". Même Steely Dan ne m'avait pas couté aussi cher.

Evidemment, le temps de réfléchir, les derniers sièges avaient disparus. Je n'étais même pas déçu : après tout, c'était aussi bien. J'avais acheté quelques jours plus tôt un ticket pour aller voir Jonathan Richman au Café de la Danse contre la somme de 26,40 euros, soit 1/6 du droit d'entrée au Grand Palais. Prince est-il six fois plus important pour moi que Jonathan Richman ? Certainement pas. Mais la vérité était au fond de la boite à chaussures : Prince, Paris Bercy, samedi 13 juin 1987, 165 francs. Prince, Lovesexy Tour, dimanche 10 juillet 1988, 165 francs. Prince, Parc des Princes, samedi 16 juin 1990, 175 francs. En vingt ans, alors qu'au bas mot, ses disques sont 6 fois moins intéressants qu'avant, voir Prince coûte 6 fois plus cher. Alors, à partir de maintenant, ce sera sans moi. Mais s'il veut passer pour l'aftershow à la maison, j'essaierai de lui faire une petite place. Pas trop tard par contre, quand même...
19 septembre 2009
Prowsopopée
Vingt ans avant Daft Punk, David Prowse a trouvé le moyen d'accéder à un niveau de célébrité planétaire tout en restant parfaitement anonyme. Il n'y est pas parvenu par la musique, mais par la terreur : durant 6 ans, il a incarné un des plus célèbres super-méchants du cinéma américain. Sa silhouette massive a été décliné sous toutes les formes, de la brosse à dents au distributeur de Pez. A t-il seulement touché des royalties sur les produits dérivés qui ont été tirés de la trilogie qui l'a révélé ? Reste qu'à 74 ans passés, il ne se contente pas seulement de gérer un club de sport à Londres : il se fait inviter aux 4 coins du monde pour revêtir de sa signature les objets qu'on lui apporte, évidemment moyennant finance (15 euros la dédicace, 20 photo comprise).

Et il y a toujours des gros nigauds comme moi pour faire le déplacement. Assis derrière une table, difficile de se rendre compte qu'il mesure plus de deux mètres. Il ressemble plutôt à un retraité qui s'ennuie, puisqu'il est loin d'être débordé. Le fait que son apparition ait été annoncée sur les murs du métro parisien n'a pas suffit à faire vaciller les barrières qui étaient censées contenir la foule jusqu'à lui. Sans son sabre laser rouge, sans le bruit de la respiration artificielle, il ressemble à un seigneur Sith déchu. Sa voix ne fait même pas frémir, et pour cause : c'est James Earl Jones qui le doublait dans le trilogie. Ce qu'il reste de Dark Vador, c'est ce qu'on peut projeter sur lui : de la nostalgie et du rêve. Ensuite, quand on en a déjà eu pour 9,50 euros l'entrée, on réfléchit à deux fois. Et on prie pour ne pas retrouver Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo à la même place dans 20 ans...
07 septembre 2009
Ca commence aujourd'hui.
L'an dernier, j'ai acheté Je me souviens du rock de Gilles Verlant, et je n'en étais pas venu à bout que j'avais décidé de faire la même chose que lui : réunir tous mes souvenirs liés à la musique et les publier sous la forme d'un fascicule de poche. J'ai dû réunir les 150 premiers le week-end qui suivait, puis je n'ai rien foutu pendant des mois. Je n'avais pas renoncé pour autant, mais je laissais les cadavres remonter à la surface. Je m'y suis remis au début de l'été, et j'ai bouclé l'affaire fin août. Entre temps, je me suis demandé s'il n'y avait pas autre chose à faire avec ce projet, quelque chose qui n'aurait pas été possible il y a 10 ans (date de sortie de Je me souviens du rock) et qui le serait aujourd'hui.

Je vous en avais parlé il y a quelques jours, et je lève le voile aujourd'hui : je vais prépublier sur Facebook ce que j'appelle mon-grand-livre-de-toute-une-génération. Pourquoi ? Parce sa forme s'y prête particulièrement vu qu'il s'agit d'une collection d'instantanés qui se picorent comme des biscuits apéritifs. Pourquoi Facebook ? Parce que la limite imposée par Twitter (180 signes) n'était pas compatible avec le projet. Et pour ceux qui ne sont pas inscrit sur Facebook ? Il y aura de toute façon une édition papier, plus tard. En attendant, ça commence aujourd'hui. Il suffit de me demander comme ami (indice : je ne joue pas de clarinette) pour voir apparaître dans votre fil d'actualités mes statuts, qui seront tous numérotés.
Je ne sais pas du tout si c'est pertinent. Je ne sais pas si mon texte gagne à être dévoilé au fur et à mesure ou si au contraire il perd de son intérêt. J'ai envie de dire : on verra bien. En attendant, je me jette à l'eau et j'emmène ceux qui le veulent dans ma machine à remonter le temps. Ça va durer longtemps ? La seule chose dont je sois sûr, c'est que j'ai à peu près 500 statuts d'avance sur vous. A bon entendeur...
28 août 2009
Le mieux est l'ennemi du bien
Mon livre est comme un bonzaï. Tous les jours, je le retaille dans l'espoir qu'il soit plus beau. Tous les soirs, je me couche avec la satisfaction du devoir accompli, croyant l'avoir enfin terminé. Tous les matins, je me réveille perclus de remords, et je remets le métier sur l'ouvrage. Je vous rassure, le coupage de cheveux en quatre tire à sa fin. Ce premier livre sera également mon dernier, puisque j'ai tout mis dedans : des souvenirs qui me hantent depuis l'enfance, comme des tocades plus récentes. Des crimes que j'ai déjà publiquement avoués et d'autres que j'avais tus jusqu'à alors. C'est une sorte d'inventaire général qui, à défaut d'être exhaustif, se voudra sélectif, le seul filtre ayant été celui de la mémoire. Je l'ai commencé il y a plus d'un an, et il devait être photocopié et massicoté en septembre. Le format risque devrait dépasser celui de mes précédentes publications, aussi faut-il que j'achète une boîte d'agrafes plus longues. Il se pourrait aussi qu'il connaisse une forme de publication plus adaptée aux standards modernes des réseaux sociaux. Plus de détails par ici bientôt. Mais en attendant, laissez-moi travailler. J'ai presque fini. Jusqu'à demain.

10 août 2009
Je m'appelle Coraline
Je crois que je suis allé plus souvent au cinéma depuis le début des vacances scolaires que depuis le début de l’année. J'ai visité le Pathé Opéra, le Saint-Lambert et le MK2 Gambetta. Ça m’a couté 43 euros, 27,50 euros et 21,80 euros (je vous fais grâce des pop-corns et sodas). J’ai vu L’Age de glace 3, Brendan et le secret de Kells et Coraline. Et je pense que c’est au dernier que je me suis identifié le plus facilement : car j’ai l’impression de vivre avec des boutons cousus sur les yeux en permanence. Je me suis réfugié dans un monde qui ressemble à celui de ma chambre d’adolescent : il comporte plus de pièces et plus d’occupants, mais aussi plus de disques et plus de bandes dessinées. Je ne lis pas les quotidiens et je ne retiens rien de ce que j’entends à la radio, vu que je suis encore dans un état de demi-sommeil et que j’attends juste que la voix de Emmanuel Kessler me sorte du lit. Je ne regarde jamais les actualités à la télévision, et je suis toujours dans le plus profond embarras au moment d’aller voter, vu que je n’ai même pas ouvert la documentation que j’ai reçu par la poste. Je suis incapable d'avoir une conversation sur un domaine autre que les loisirs. Dès que les enfants sont couchés, je m'évade grâce à la fiction. Chez moi, le président américain est une femme, comme dans la saison 7 de 24 Heures. Les derniers faits à m'avoir marqués sont : l'arrestation d'un des gros bonnets du cartel mexicain (The Shield, saison 7), l'incendie qui a ravagé une partie de la petite ville d'Agrestic (Weeds, saison 3) et les révélations sur le passé de Charles Widmore (Lost, saison 5).

26 juillet 2009
Le cercle des séries disparues
A l'origine, il s'agissait juste d'un trafic de VHS entre initiés. Tu ne connais pas ? Attends, c'est dément. Je vais te passer une cassette, tu vas voir. En plus, c'est en VO sous-titrée. Les produits échangés sous le manteau portaient les noms de Seinfeld, King of The Hill ou Doctor Katz. Et j'y ai pris goût, finissant par acquitter un abonnement mensuel auprès d'un cablo-opérateur pour avoir ma dose hebdomadaire de séries américaines. Difficile d'imaginer, à l'heure à Série Club et Canal Jimmy recyclent des Navarro et des Médecins de nuit, que ces chaînes ont pu proposer il y a 10 ans la crème de la fiction télévisée importée. Et pourtant...

Twitch City, The Job, Journal intime d'un homme marié, Six Feet Under, La caravane de l'étrange, Action... je ne compte plus les découvertes que j'ai pu faire grâce à ces deux sœurs jumelles. A l'époque, en matière de choix, le câble constituait vraiment une alternative aux chaines hertziennes. Et si le filon ne s'est jamais tari, c'est le robinet qui a commencé à faire des siennes, ne délivrant plus que de l'eau tiède au goutte à goutte. Les séries les plus attendues (24, Les Sopranos) sont parties sur Canal +, quelques-unes ont transité par Paris Première (Nip Tuck, My Name Is Earl) et il ne vous restait plus qu'à éplucher les toutes petites lignes des programmes à l'affût d'une rediffusion... en VF. Comme par hasard, c'est à ce moment que le téléchargement a pris le relais. Pourquoi l'offre légale s'est-elle à ce point appauvri alors qu'il aurait fallu redoubler d'inédit pour contrecarrer la piraterie ? Pourquoi la multiplication des chaînes spécialisées n'a t-elle pas donné naissance à des émules de Jimmy ou de Série Club dont la ligne éditoriale resterait axée sur la nouveauté et l'originalité ? Pourquoi aucune chaîne en France ne diffuse t-elle actuellement Testees, How Not To Live Your Life ou Flight of the Conchord ?

Si j'ai la nostalgie des séries qui passaient sur le câble il y a 10 ans, c'est aussi parce qu'elles ont pratiquement disparu du paysage télévisuel. A moins de commander par internet des coffrets sur lesquels le sous-titrage français n'est pas systématique, il n'y a pas d'autre moyen légal de les revoir. Ou de les faire découvrir, vu que leur potentiel est loin d'être épuisé (Entourage, par exemple, n'est qu'une pâle copie de Action, excellente série qui a été abandonnée au bout de 13 épisodes et que Jimmy a diffusé en 2001). Je leur dois certainement de m'avoir mis le pied à l'étrier (avec La trilogie du samedi, inoubliable, évidemment) et de m'avoir préparé à devenir fan de Lost, OZ, Rome, The Shield... Elles forment aujourd'hui le cercle des séries disparues dont le souvenir est perpétué par une horde de fanatiques, les mêmes qui lancent des pétitions pour que L'Age de cristal sorte enfin en DVD et qui récitent par cœur "Quatre femmes, quatre croix, quatre femmes en croix", la prédiction des habitants de Sarek. Je crois que je suis assez fier d'en faire partie, même si c'est au prix de quelques mètres linéaires de bandes enregistrées qui font plier les étagères et de souvenirs tout aussi poussiéreux.
21 juillet 2009
Me and Mr Mulcahy
Peu de chanteurs me bouleversent autant que Mark Mulcahy. Je me souviens encore très bien d'entendre pour la première fois "Pull The Wagon" chez Bernard Lenoir, d'être étourdi par son crescendo et par la prouesse du vocaliste dont la plainte résonne comme un écho. Je suis allé acheter Me and Mr Ray quelques jours plus tard, enregistré à Paisley Park Studios par un groupe réduit à sa plus simple expression : Ray Neal (guitare) et Mark Mulcahy (chant). En choisissant cette formule proche de l'acoustique, Miracle Legion préfigure au crépuscule des années 80 le courant unplugged et grave une douzaine de chansons qui allaient compter parmi les meilleurs de son répertoire, déjà riche de deux albums (The Backyard et Surprise, Surprise, Surprise). L'explosion de Nirvana va modifier la donne : Morgan Creek, fort du succès de la BO de Robin Hood, signe Miracle Legion pour un disque qui va marquer le retour du groupe à l'électricité. Malheureusement, Drenched (1992) ne connait pas le succès attendu, et le label lâche très vite l'affaire. Miracle Legion se retrouve empêtré dans un contrat dont il n'arrive pas à se défaire.

Le groupe revient aux affaires par
le biais de Portrait of a Damaged Family, qui parait en 1996 sur le label monté par Mark
Mulcahy. Peu de temps après, remis à flot par le succès de la
BO d'une série pour la jeunesse qu'il composée, Mark tente
l'aventure en solo. Fathering est splendide : il renoue avec l'émotion de Me and Mr Ray. C'est à ce stade que je
croise sa route, alors qu'il erre à Paris pour trouver un
distributeur. Bernard Lenoir m'accueille quelques minutes avant la Black Session de Tortoise pour que je puisse annoncer la bonne
nouvelle : Mark donnera l'aubade au Wait & See, un des premiers
bars parisiens à consacrer son sous-sol à la musique live. La Grande Sophie, débutante à l'époque, a prêté son
ampli guitare pour l'occasion. Mark a retrouvé la veille en répétant les accords de
"You're The One, Lee", une des plus belles chansons de Me
and Mr Ray, par laquelle il termine son set. Je suis aux anges.
Mark retourne
aux Etats-Unis, et j'ai des nouvelles de lui par intermittence.
Pourtant, j'ai souvent l'impression de l'entendre sur les disques des
autres : sur le premier album de The Prayer Boat, sur ceux de Clem
Snide, Damien Rice, Chad Vangaalen.... Mais l'original n'est jamais égalé. A l'occasion de la
sortie de SmileSunset, Mark joue à l'Hôtel du Nord. Un concert un peu
surréaliste : suite à une plainte du voisinage, les spectateurs
sont sommés de porter des gants pour que leurs applaudissements ne
soient pas trop sonores. Une discrétion qui va malheureusement bien
avec le personnage : tous les enregistrements de Miracle Legion, si
ce n'est celui édité sur Mezzotint, ont disparu du commerce depuis
des années. La cote de Me and Mr Ray flambe sur Ebay. Quelques enregistrements
rares ressurgissent grâce à la bonne volonté d'une
poignée d'internautes. Mais c'est peu, très peu, comparé à
l'immensité de son talent dont Nick Hornby fait l'éloge au chapitre 25 de son 31 Songs.

Et puis, il y
a quelques semaines, tombe la nouvelle d'un tribute album, Ciao My Shining Star. Comme celui
consacré à Vic Chesnutt il y a quelques années, il comporte un casting impressionnant : Thom Yorke, The National, Michael Stipe, Dinosaur Jr, Frank Black, Josh Rouse, Mercury Rev, Elvis Perkins...
Malheureusement, il vient aussi tirer le signal d'alarme : Mark
traverse une période difficile depuis le décès de sa femme. Il doit assumer seul l'éducation de ses jumeaux en bas âge. Autant dire que la musique est, pour le moment, le cadet de ses soucis. C'est donc au tour de ses fans de la faire vivre en son absence, en espérant qu'elle ne soit que momentanée. Et qu'il reçoive entre temps la reconnaissance qui lui est dûe puisque, dans son registre doucement plaintif, il mérite d'être célébré à l'égal d'un Jeff Buckley. Avec quelques cours de natation en plus.
19 juillet 2009
Appelez-moi Philippe Doomez
Je me demande parfois si je ne suis pas un hardcore gamer dont on a effacé la mémoire et qui a été réinséré dans la vie "réelle" après qu'on lui ait implanté des souvenirs qui ne sont pas les siens. Car, aussi efficace qu'ait été mon lavage de cerveau, je rechute parfois. Et toujours de la même façon. Pourtant, depuis la fin de "Half Life" (voir Plus jamais malade en grenouillère), je n'avais pas touché au moindre first-person shooter. J'avais consacré la mémoire de mon PC a des activités moins barbares, et je n'ai jamais été tenté par l'achat d'une console de jeux. Quand les zouzous ont reçu une Gamecube pour Noël, je n'ai pas replongé. Ce n'est pourtant pas la tentation d'acquérir un "Silent Hill" ou un "Resident Evil" en cachette qui m'a manqué, mais j'étais guéri. Et puis les consoles portables ont fait leur apparition à la maison. Une Gameboy, et puis une Gameboy Advance et encore une Gameboy SP. J'ai bien trompé l'ennui en vacances en essayant quelques jeux de plateforme ("Kuzco", "Tintin et le temple du soleil"...), mais j'ai vite laissé tomber tellement j'étais nul. Et puis j'ai craqué. Comme mu par un réflexe conditionné, j'ai racheté "Doom" sur Gameboy Advance. Pourquoi ? Certainement parce que je n'y croyais pas : le jeu sur lequel je jouais sur PC il y a plus de 10 ans ne pouvait certainement pas tenir dans une cartouche de la taille d'une petite boite d'allumettes. Ce n'était pas possible. Le jeu qui valait 350 francs en magasin ne pouvait pas coûter quelques euros sur un vide-grenier.

Et pourtant
si : dès le premier niveau, même si la taille de l'écran a
considérablement diminué, je retrouve les mêmes sensations. Les
mêmes bruitages. Le même plaisir de tirer sur des ennemis tellement
pixelisés qu'on jurerait qu'ils ont été modélisés en Lego. Je suis
toujours aussi nul pour trouver les passages secrets. Faute de
notice, je n'ai pas compris comment on passait d'une arme à une
autre, et je me retrouve à envoyer des roquettes alors qu'un simple
coup de fusil de chasse aurait suffit. Evidemment, je suis fort
dépourvu quand, au tableau suivant, j'aurai bien besoin d'une arme
de frappe massive pour dézinguer les deux minotaures ( les fameux "barons de l'enfer") qui se sont
jurés d'avoir ma peau. Ceux-là, j'ai beau vider des chargeurs de
mitraillettes sur eux, rien à faire : je finis toujours par me faire
rétamer. Press Any Key To Continue. En cherchant à éviter leurs attaques, je me
souviens pourquoi j'ai commencé par adorer "Doom" avant de le
détester. Parce que j'ai perdu des heures à recommencer les mêmes
niveaux. A tomber pour mieux me relever, incapable de résister à
l'invitation de me reprendre une grosse branlée.

La seule
chose qui a changé, en 10 ans, c'est que je mets certainement moins
de temps à me rendre compte que je suis en train d'en perdre. Je
regarde la cartouche du jeu du coin de l'œil. Tu penses que je vais
t'insérer dans la Gameboy et me faire humilier encore pendant une
heure ? C'est bien mal me connaître. Ils peuvent dormir sur leurs
deux cornes les minotaures, ce n'est pas demain que je vais aller les
déranger. Si mes cartouches sont épuisées et que mon
armure est en pièce, ma jauge d'apathie est à 100%. Vous me
mettriez "Duke Nukem" sous le nez que je ne broncherai pas. D'ailleurs,
ça existe" Duke Nukem" sur Gameboy Advance ?
01 juin 2009
A la baguette (2)
Temps libre pour notre seconde journée sur le sol japonais. Mais comment prétendre découvrir Tokyo en 24 heures ? Et par où commencer ? Akihabara ? Ginza ? Shibuya ? Shinagawa ? Une priorité est inscrite à notre planning, histoire d'en être débarrassée : une virée au Pokémon Center. Une chance, il est à deux stations de notre hôtel. Ce qui ne nous empêche pas de demander deux fois notre chemin une fois sortis du métro. Heureusement, Moutarde avait eu la bonne idée d'imprimer le plan en japonais qu'elle a trouvé sur internet. Une demie-heure plus tard, nous voilà lestés en Posipi, Pyroli, Capumain et autres évolutions de Togépi. Que les enfants n'aillent pas dire plus tard que nous n'avons pas fait de sacrifices pour eux : je garde le ticket de caisse au cas où.

Le cliché consiste à dire qu'à Tokyo, tradition et modernité cohabitent en harmonie. Dans les ruelles du quartier spécialisé dans l'informatique, les bateleurs s'affrontent. Ils sont jeunes, pleins d'espoirs et répètent en boucle une formule magique : celle qui fera peut-être venir les clients dans leur magasin. Les plus chanceux ont un micro à la main, les plus démunis une simple pancarte qu'ils trimballent à bout de bras. Leur spectacle est aussi impressionnant qu'éprouvant. J'ai parfois l'impression de traverser le marché à Belleville, où le prix du kilo de patate est récité comme un sutra. Evidemment, je ne comprends pas un traitre mot à ce qu'ils psalmodient. Mais je compatis.

Ce ne sont pas forcément les magasins qui ont pignon sur rue qui sont le plus impressionnants. Il faut monter dans les étages pour découvrir les échoppes les plus délirantes. Comme celles spécialisées dans les jeux vidéos vintage qui vendent des cartouches millésimées et des rééditions de consoles caduques. Ou encore celles dédiées aux produits dérivés de l'animation, où chaque personnage ayant fait de la figuration dans un épisode de Ultraman a sa figurine en PCV. Le choix, la méticulosité du rangement, les prix, tout est absolument délirant. Mais je me réserve pour le Tezuka World Entertainment Square que j'ai découvert sur le site de l'Office National du Tourisme Japonais. C'est même une expédition puisqu'il se situe dans le centre commercial en dessous du Tokyo Opera City. Ou plutôt se situait, puisque que j'apprends une fois sur place qu'il a fermé il y a 3 ans. Je la joue philosophe, mais je suis affreusement déçu. Rentrer du Japon sans un t-shirt de Blackjack, c'est un coup à se faire hara-kiri de retour à Roissy.

Alors j'erre de Patchinko en Patchinko. Je n'y dépense pas un seul yen, mais j'en prends plein les yeux. J'en avais évidemment entendu parler en lisant Ushujima, usurier de la peur, puisqu'une partie de sa clientèle en est issue. Mais la réalité est encore pire que le manga. L'atmosphère est suffocante, le niveau sonore étourdissant, les règles incompréhensibles. Mais le plus fou, c'est la fascination que ce billard vertical exerce. Les enseignes sont omniprésentes, les surfaces immenses. On peut pratiquement y vivre puisqu'il est permis de manger sur place, de fumer... et accessoirement de se ruiner à moindre coût. Comme une grande surface dédiée au suicide social. Je crois que je n'avais pas eu aussi peur depuis Orange Mécanique. Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas du cinéma. (A suivre...)
31 mai 2009
A la baguette (1)
Comme je n'avais rien trouvé qui m'intéressait parmi la sélection de nouveautés (Razorlight, Oasis, Franz Ferdinand, Killers, Travis, U2, Keane...), je m'apprêtais à regarder un film. Et c'est à ce moment critique que j'ai découvert le menu essential albums du player encastré dans le fauteuil d'en face : "Doolittle", "Closer", "At Folsom Prison", "Breakfast in America", "Songs of Faith & Devotion", "Naturally"... assortis d'une série de best-of sans faille : 10 CC, Pet Shop Boys, New Order, The Bee Gees. C'est la première fois que je voyage avec British Airways, mais je suis déjà aux anges avant d'avoir décollé. Je passe au moins 2 heures à zapper d'un album à l'autre, savourant le plaisir totalement inédit de réécouter The Perfect Kiss à 36.500 pieds d'altitude, alors que la température extérieure est de - 63° et que nous volons à 990 km/h au-dessus de la Sibérie. A cette hauteur-là, personne ne m'entend taper du pied sur Logical Song et Goodbye Stranger.

A l'arrivée du vol BA 04, une journée sans fin commence. Car, décalage horaire oblige, les compteurs ont été remis à zéro pendant que je essayais de suivre L'étrange histoire de Benjamin Button sans sous-titres. Tokyo s'éveille alors que mon horloge biologique réclame sa part de sommeil. J'ai l'impression d'être Al Pacino dans Insomnia, l'excellent thriller de Christopher Nolan, sauf que je ne suis pas sur les traces d'un serial killer en Alaska mais en train d'assister à la relève de la garde devant le Palais de l'Empereur. Histoire de nous ménager, notre guide nous emmène déjeuner dans un restaurant européen situé au sous-sol d'un hôtel international. Mais cette solution ne fait qu'accentuer notre désarroi. En plus, ça n'est pas tellement meilleur que ce qu'on nous a servi dans l'avion. Et en plus, c'est froid.
En haut des 243 mètres de la tour du City Hall, devant les 23 quartiers de la ville qui représentent une superficie de 2.168 kilomètres carrés, il faut pourtant bien se rendre à l'évidence : après une escale à Londres, nous sommes bien arrivés au pays de Osamu Tezuka, Takeshi Kitano et Susumu Yokota. Un pays où je rêve d'aller depuis plus de 10 ans, mais où mon seul souhait, depuis que j'ai atterri, serait plutôt d'aller me coucher. Je sens qu'au niveau paradoxes, pendant 8 jours, nous allons être servis. (A suivre...)