i wanna be your blog

Le blog vieille école de Philippe Dumez

02 juin 2008

Initials E.J.

Dans son séminal Playlist, Charles Berbérian raconte l'histoire d'un album qu'il a recopié sur mini-disc sans prendre le soin d'en indiquer la nature, et du mystère qui l'a entouré. Il l'écoute sans pouvoir l'identifier, sans que cette situation frustrante soit pour autant déplaisante. J'ai eu pendant plusieurs mois sur mon disque dur un morceau magnifique d'une interprète baptisée EJ. Le morceau a été mal tagué par la personne qui l'a encodé, et j'ai déjà oublié sur quel blog je l'ai téléchargé. C'est d'autant plus difficile d'en savoir plus que, musicalement, le style d'EJ est intemporel : elle peut aussi bien être une cousine de Shirley Collins, une voisine de Vashi Bunyna ou une copine de This Mortal Coil. Je suis même sur le point d'abandonner quand je découvre la chronique de François Gorin consacrée à Essie Jain. Un lien youtube, puis une page myspace. A la clé, la solution de mon énigme. EJ = Essie Jain. Et je ne suis pas au bout de mes surprises.

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Essie Jain est une jeune américaine dont le premier album, paru début 2007 sur Ba-Da-Bing (le label qui a découvert Beirut), connaît enfin une distribution européenne par le biais du The Leaf Label (Efterklang, Colleen, A Hawk and A Hawksaw...). Filmée par Vincent Moon dans les rues de New-York il y a deux ans, elle ressemble à la flée Clochette perdue dans Manhattan. Assise sur des escaliers de secours ou à l'arrière d'un camion de livraison, elle chante en s'accompagnant d'une guitare, figeant le temps autour d'elle. Samedi dernier, Essie Jain ouvre la "soirée à emporter" organisée par le Blogothèque. Robe longue à motifs et chaussures à talons, jambes croisées derrière un Korg qui se dresse comme une barrière entre elle et le public. Le miracle de la voix s'accomplit dès les premières secondes de Glory. Puis vient Haze, le morceau mal tagué qui m'a donné du fil à retordre. Même si je me tiens à moins d'un mètre d'elle, elle conserve la même part de mystère. Comment fait-elle pour s'immiscer au plus profond de nous sans effort ? Comme réussit-elle, en dépit de son jeune âge, à s'inscrire dans la lignée des grandes prêtresses du folk anglais ? Et le chauve qui joue de la guitare à côté d'elle, c'est son copain ?

A la fin du concert, Essie fend la foule et part jouer dehors, sur les pavés du Canal St Martin. Même à la lumière du jour, à quelques centimètres des spectateurs qui ne la quittent pas des yeux, elle n'a rien perdu de la grâce du papillon qui figure sur la pochette de son disque. Elle sourit comme une petite fille, rougit un peu. Un peu plus tard dans la soirée, on la recroisera sur scène donner la réplique à Noah and The Whale avant de s'évaporer, comme elle était venue. Quand Essie Jain est passée, la magie qui reste dans l'air est encore d'elle.

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28 mai 2008

Passé l'Iver

Il y a pratiquement un an jour pour jour, dans la foulée d'un concert de Of Montréal qui s'était terminé dans la rue, à brailler sur "Cell of 44" et "Starman" en compagnie de Kevin Barnes et de son compère costumé en ange, je démarrai ce blog. L'expérience était tellement intense que je ne pouvais pas la garder pour moi. Si les occasions d'alimenter I wanna be your blog n'ont pas manqué depuis, le concert de Bon Iver auquel j'ai eu la chance d'assister aurait très bien pu justifier à nouveau le fait que j'en crée un. Pas celui du Trabendo : celui du 5ème étage de la rue Tardieu, escalier sur la droite en rentrant, porte face. Bon Iver en appartement pour une poignée de privilégiés lecteurs de la Blogothèque, participation libre à l'entrée et vue imprenable sur Paris qui s'éteint.

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C'est Vandaveer qui ouvre le bal en compagnie sa soeur : boucles blondes, corsage rose contenant une poitrine qu'on devine opulente, petites étoiles tatouées sur les avant-bras. Le duo joue sur cette corde raide avec laquelle Gram Parsons et Emmylou Harris ont tordu le coup à quelques idées reçues sur la country-music. Difficile de ne pas les trouver immédiatement sympathiques... sauf la maîtresse de maison, qui grince des dents chaque fois que Vandaveer marque le rythme en martelant le plancher. Elle a pourtant pris soin de prévenir les voisins par le biais d'une petite affichette posée dans l'ascenseur. Elle a même rajouté à la dernière minute "acoustique" après le mot "concert" pour faire passer la pilule.

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C'est pourtant par une improvisation bruitiste que commence le concert de Bon Iver : deux guitares et une caisse claire en roue libre, le genre d'incident diplomatique qui ne manquera pas d'être évoqué lors de la prochaine réunion du conseil syndical. Heureusement, le ton se radoucit très vite. Ce soir, ce n'est pas seulement l'occasion d'apprécier Bon Iver en acoustique : c'est aussi celle de remonter au temps d'avant la musique amplifiée et de profiter de la voix de Justin Vernon sans aucun retraitement. Il n'y a pas un seul micro dans la pièce si ce n'est celui de Vincent Moon qui enregistre la prestation. Je peine à croire que le numérique saura restituer le petit miracle qui se produit. Il y a d'abord ce timbre de voix qui s'aventure dans les aigus comme personne ne l'avait aussi bien fait depuis Neil Young. Mais quand il monte, Justin acquiert un supplément d'âme qui n'est pas sans rappeler les grandes voix de la soul. L'exercice est d'autant plus impressionnant qu'il chante très doucement, sans le souci de se faire entendre puisque, dans le salon, l'attention est à son comble. Il ne cessera de répéter qu'il attendait depuis longtemps cette date, que c'est la première fois qu'il joue à domicile, mais que paradoxalement, c'est pour cela que ses chansons ont été conçues : pour être interprétées en petit comité. Pour renforcer l'intimité, le maître des lieux sort des bougies et coupe le plafonnier.

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Après avoir épuisé les chansons de son répertoire (dont un "Wolves" repris en choeur par le public, magique), Justin puise parmi ses artistes préférés : John Prine, que Low avait remis à l'honneur il y a quelques années, et Bowerbirds, à cause desquels il a failli tout laisser tomber. Il est plus de 23h00 passées. Une petite dernière pour la route ("Skinny Love") et tout le monde se dégourdit les jambes. Chryde annonce que c'est pas encore fini, et que la soirée va se poursuivre dans la rue ou dans un parc. Mais j'ai déjà eu mon compte au niveau émotions. Je commence à retranscrire tout ça dans le métro, pour que l'écho de ce concert privé dépasse les frontières du 18ème arrondissement. Et si on me demandait pourquoi je continue à blogger, je crois que j'aurai une réponse toute faite : parce que j'ai vu l'Iver au printemps, et que j'y ai vraiment cru.

photos : artypop

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27 mai 2008

Une histoire d'argent

Voir les Silver Jews sur scène a fait partie pendant près de dix ans du top 5 des fantasmes inassouvis de l'amateur de pop underground : le groupe ne s'y prêtait tout simplement pas, et ses disques n'étaient pas moins bons pour autant. Ils étaient presque meilleurs à chaque fois puisqu'il fallait se contenter d'eux. Paradoxalement, c'est au moment où il en est paru un moins bon que l'annonce d'une tournée que personne n'espérait plus est tombée. Non seulement les Silver Jews donnaient des concerts, mais ils jouaient en plus en tête d'affiche du festival Mo'Fo, aux portes de Paris. Ca promettait d'être au moins historique. Malheureusement, ce triomphe programmé était lui aussi de l'ordre du fantasme : même épaulé par deux membres de Lambchop, un groupe qui n'avait jamais tourné partait avec un handicap. Surtout programmé juste après Beth Diddo, qui avait sué jusqu'à la dernière goutte de son corps sous les projecteurs.

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Deux ans plus tard, nouveau rendez-vous en clôture d'un autre festival : celui organisé par le tourneur Super. Nouveau lieu, nouvel horaire, nouvel album, Lookout Mountain Lookout Sea, dont la pochette rend un hommage inattendu à Jean de Brunhoff. J'ai trop aimé les Silver Jews pour ne pas leur avoir pardonné de m'avoir déçu. Surtout quand David Berman passe immédiatement l'éponge en ouvrant la soirée par "Trains Across The Sea", tiré du séminal premier album des Silver Jews Starlite Walker (je suis sûr que, comme moi, vous n'avez jamais écouté The Arizona Record jusqu'au bout). Il a décidé d'assumer pleinement son rôle de chanteur, déléguant toutes les guitares aux musiciens et s'éponge le front avec du papier-toilettes entre chaque titre plutôt que de laisser tomber la (magnifique) veste country qu'il arbore : la classe avant tout. La classe, et le détail qui tue : s'il s'habille chez Porter Wagoner, il semble avoir piqué la paire de lunettes de... Patrick Topaloff !

Le répertoire alterne classiques ("Black & Brown Blues", "Dallas", "Smith and Jones Forever"...) et extraits du petit dernier. L'heure passe vite. Tony Crow, le génial clavier de Lambchop, n'est malheureusement pas à la fête : il a du mal à s'élever par-dessus le mur de guitares. David Berman parle un peu, se souvient de son précédent concert parisien, confesse que ce soir, c'est son 57ème et enchaîne. Même les morceaux du précédent album, qui ne m'avaient pas séduit à l'époque, passent beaucoup mieux. Le final, sur "Punks in The Beerlight", est explosif. Bon, il n'a pas fait "New Orleans", ni "Send In The Clouds", encore moins "Secret Knowledge of Backroads", mais il a enfin été la hauteur : celle d'un groupe dont la récente incarnation tient plus, pour une fois, du miracle que du coup marketing. C'est tellement rare qu'il n'y a aucune raison de bouder son plaisir. Je n'aurai jamais cru avoir un jour l'occasion d'applaudir les Silver Jews, comme je n'aurai pensé voir débouler Daniel Johnston, Brian Wilson ou Built To Spill. Allez, plus que les Halo Benders et je pourrai me retirer sans regret à la campagne.

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17 mai 2008

Par procuration

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J'aimerai bien avoir un grand-père comme Willie Nelson, un ancêtre qui connaitrait par coeur les chansons de Ray Charles, Hank Williams ou Kris Kristofferson et les jouerait sur une vieille guitare toute pourrie retenue par une écharpe tricolore, se souviendrait du tube qu'il a écrit il y a très longtemps pour Patsy Cline, continuerait à fumer de la marijane en cachette et ressemblerait vraiment à un indien de profil. Un aieul un peu casanier qui aurait participé à un des clips les plus diffusés de tous les temps mais ne sortirait de son bus de tournée que 5 minutes avant de monter sur scène, jetterait ses bandanas à la foule comme Madonna balançait sa culotte, aurait encore la force d'écrire des nouvelles chansons pleines d'auto-dérision où il raconterait que ses blagues ne font plus rire comme avant et n'aurait pas peur d'être accompagné par un batteur qui ressemble à Danyel Gérard (et une pianiste tour droit sortie d'un Lucky Luke). Une figure respectée, au visage marqué, dont plus personne ne se souviendrait vraiment de l'âge, qui assumerait le fait d'avoir sorti des albums pour payer ses impôts jusqu'à l'écrire dessus, aurait foutu un sacré pain à Burt Reynolds, contesterait publiquement la version officielle du 11 septembre, ne se ferait pas prier pour offrir au public les chansons qu'il a envie d'entendre et aurait déjà gagné sa part d'immortalité.  Hier soir, Willie Nelson a joué ce rôle là pour moi. J'aurai bien aimé le serrer dans mes bras à la fin pour le remercier d'avoir traversé l'Atlantique et passé la soirée avec nous. J'aimerai bien avoir un grand-père comme Willie Nelson pour que ses chansons (dont un "Always On My Mind" d'anthologie) ne me quittent jamais.

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08 mai 2008

Give Jonathan One More Chance

La dernière fois, Jonathan Richman et moi, ça ne s'est pas bien passé. Ou plutôt : ça ne s'est pas passé du tout. Alors que j'étais venu le rencontrer au sortir de sa balance ("Il ne devrait pas y avoir de problème", m'avait confirmé l'attaché de presse au téléphone), il m'avait éconduit sans détour. Il ne donnait pas d'interview pendant sa tournée, c'était ferme et sans appel, et si j'avais des questions à lui poser, je n'avais qu'à le faire maintenant, entre deux portes. Mais de toute façon, il devait partir. J'étais loin de m'attendre à un mauvais coucheur pareil. Et même si, le soir venu, il s'était métamorphosé en fontaine de jouvence, je n'avais pas décroché les machoires de tout le concert. Mon petit coeur de fan était meurti.

jonathanRichman

J'ai raté pas mal de rendez-vous depuis, comme j'aurai très bien pu le manquer à nouveau si une âme charitable ne m'avait pas mis dans la confidence : Jojo fait le Nouveau Casino dans la foulée d'un  nouvel album paru de manière hyper confidentielle (en import à moins de 9 euros - port compris - sur amazon.fr à défaut d'être disponible sur les plateformes de téléchargement légal : allez comprendre...). Jojo à deux pas de chez moi ? C'était trop beau. Bruno m'avait mis en garde : à Marseille, quelques jours plus tôt, il n'a pas fait de zèle. A Paris, c'est un peu après 21h00 qu'il monte sur scène accompagné de son compère Tommy Larkins à la batterie. J'ai la chance de pouvoir l'observer de très près et de croiser son regard d'enfant hyperactif, incapable de se fixer plus de 5 secondes, comme s'il cherchait dans les yeux des spectateurs la confirmation de l'instantanéité de son charme. Guitare à l'andalouse, chemise ample, petit bouc grisonnant : il est pourtant irrésistible. A l'image du public fidèle qui vient l'applaudir (et parmi lequel on reconnait toute une série d'enfants illégitimes : Los Chicros, Herman Düne...), Jonathan Richman ne change pas et fait toujours un peu le même concert, oscillant entre la mélancolie du clown blanc et l'euphorie du ravi. Même si le temps commence à le marquer, son visage reste comme un livret ouvert sur lequel se lisent les émotions que font naître ses chansons. Il aurait fait un tabac à l'époque du cinéma muet. Mais ç'eut été dommage de se priver de son falsetto et de toutes ses incursions linguistiques : comme à l'accoutumée, il chante aussi en espagnol et en français, sans aucun complexe.

Son répertoire est essentiellement consacré à ses trois derniers disques : Her Mystery Not of High Heels and Eye Shadow ("Springtime in New York"...), Not So Much To Be Loved As To Love  ("He Gaves Us The Wine To Taste It", "My Baby Love Love Loves Me"...) et le tout dernier Because Her Beauty is Raw and Wild ("No One Was Like Vermeer", "Le Printemps des amoureux est revenu"...). Il rôde aussi une toute nouvelle chanson où il explique qu'il ne tient pas à avoir de téléphone portable pour ne pas être dérangé pendant tous les moments qu'il tient à savourer (marcher sur la plage, prendre son petit déjeuner...). Il est tellement fier de son coup qu'il l'interprétera une seconde fois en rappel. En la fredonnant, je ne peux m'empêcher de repenser à la manière dont il m'avait congédié il y a plus de dix ans, et de remplacer "cellular phone" par "interview" (j'ai appris entre temps que, il y a quelques jours encore, il a planté le journaliste de Libération qui était venu le rencontrer à Toulouse). Pris d'une irrésistible empathie pour lui, je reprends le refrain de bon coeur, et j'étreins mon voisin quand les lumières se rallument. Hier soir, Jojo et moi, on s'est réconciliés autour d'une chanson. Je crois que pour la peine, je vais même acheter son nouveau disque.

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18 avril 2008

Ca change de La Nouvelle Star

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12 avril 2008

J'ai vu le loup

La soirée avait pourtant mal commencé. Contrairement au concert de Jonquil la semaine dernière, ce n'était pas le monde qui manquait. Ce n'était pas la tête d'affiche non plus, puisque Peter & The Wolf (un des disques que j'ai le plus écouté l'an dernier) se produisait pour la première fois à Paris. C'était la place qui manquait : difficile d'en trouver à l'heure du premier service à la Bellevilloise. Il y a bien une petite estrade au milieu du restaurant, mais il y a surtout des clients qui attendent d'être placés et des serveuses manifestement débordées qui essaient de se frayer un chemin parmi les spectateurs qui, eux, tentent de voir quelque chose. C'est un peu n'importe quoi. Surtout quand on pense que le pauvre Red Hunter (le Gérard Philippe de Peter & The Wolf) n'a que sa guitare acoustique pour se faire entendre. L'expérience est aussi éprouvante pour le public que pour le chanteur : il l'abrège au bout d'une demi-heure de chansons essentiellement tirées de Lightness, son chef d'oeuvre. C'est d'autant plus frustrant que, dans un autre cadre, ça aurait pu être boulversant : s'il ne ressemble à strictement rien d'autre qu'à un étudiant américain en goguette, Red Hunter habite ses chansons à la manière d'un John Darnielle. A la fin du supplice, il vend des copies sur CD-R de ses disques qu'il a confectionnées dans l'après-midi : il a lui-même réhaussé les photocopies des pochettes avec des feutres de couleur. Je les achète tous, même Lightness que je connais pas coeur, en espérant trouver à leur écoute ce que j'ai déspespérement cherché ce soir : un peu d'intimité.

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Mais la soirée n'est pas terminée. Chryde n'a pas envie que Red reste sur cette mauvaise impression et il lui propose d'aller prendre un verre ailleurs. Peut-être même qu'il chantera d'autres chansons... A la terrasse d'un café de la rue Sorbier, on s'installe. Red explique, en sortant son ukulélé, qu'il a suivi une formation musicale classique, mais qu'il a fini par préférer la guitare afin de pouvoir voyager avec. Il n'écoutait pas tellement de musique avant de se mettre lui-même à composer, et il s'entraîne actuellement à mémoriser les meilleures chansons des Beatles. Nous le mettons au défi : "She's Leaving Home" ? "Rocky Raccoon" ? Après en avoir cherché les accords, c'est parti pour "Rocky". Puis "In My Life" et "Sexy Sadie". Il chante doucement, pour lui-même, comme s'il répétait chez lui. L'instant est évidemment magique : Peter & The Wolf chante les Beatles pour quatre témoins privilégiés. Seulement quatre ? Le reste de la tablée a d'autres chats à fouetter : ça commente (fort) les résultats de la Nouvelle Star.  Je suis consterné : pour la seconde fois consécutive ce soir, presque personne ne fait attention à lui.

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Red bute sur "Martha My Dear". Il n' y arrive pas. Il a beau s'obstiner, ça ne sort pas. Il passe à "I'm So Tired", "Mother Nature's Son", "Dear Prudence" (la plus facile à jouer selon lui) et range son instrument. On parle un peu de sa production, du fait qu'il n'ait pas de label et qu'il vive sur les quelques commandes qu'il reçoit tous les jours par mail, des propositions de tournée en Allemagne, de "Ivory Palms", son second-album-qu'il-ne-considère-pas-comme-son-second-album vu qu'il ne le trouve pas encore au niveau de "Lightness", de son statut de nomade qu'il assume parfaitement. Par la précarité de sa situation, qui ne semble pas l'inquiter le moins du monde, il me rappelle Stanley Brinks. A l'heure où Itunes est le plus gros vendeur de musique aux Etats-Unis, l'école du CD-R  ne baisse pas les armes. Elle persiste et signe. Au feutre indélébile.

PS : Les albums de Peter & The Wolf sont aussi diponibles sur Emusic.

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04 avril 2008

Le bouquet de Jonquil

Ils avaient commencé tout doucement : eux debouts derrière Hugo, assis au premier rang derrière son clavier, boudiné dans sa chemise à carreaux. Ca aurait pu être un morceau de Grandaddy : un Grandaddy né du côté d'Oxford et qui serait l'objet d'un bouche-à-oreille sur le net depuis l'an dernier. C'était un peu trop simple. Et surtout réducteur. Il faut avoir entendu le leader rugir dès le second morceau, tout en s'accompagnant à l'accordéon, pour se défaire de certitudes un peu trop vite acquises. Sauf cette dernière : Jonquil vaut le déplacement. Malheureusement, et même si c'est gratuit et que c'est vendredi soir, nous sommes peu nombreux à l'avoir fait. Très peu nombreux.

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C'est le dernier concert d'une tournée européenne de 20 dates, et la fatigue autant que l'émotion sont palpables. Leur version de "Lions", le morceau par lequel je les ai découverts, est encore plus intense que sur disque : comme si Arcade Fire reprenait Yann Tiersen. Impression balayée par le titre suivant qui, accompagné à la flûte et au melodica, évoquerait plutôt l'univers psychédélique des Gorky's Zygotic Mynci. Mais qu'est-ce que c'est que ce groupe ? C'est Jonquil, six anglais qui, avant de reprendre le Ferry, ont décidé d'en profiter jusqu'à la dernière minute. Et de nous en faire profiter : leur concert est généreux, chaleureux, entraînant. Ceux qui les découvrent ce soir se prennent une aussi grosse claque que ceux qui les attendaient au détour. Ils auraient vraiment mérité qu'il y ait beaucoup de plus de monde, et que chacun reparte zigzaguant sur son velib' avec un exemplaire de leur album ou un t-shirt pour se souvenir de ce jour d'avril où ils ont découvert un groupe encore plus gros que la rumeur qui le précède. Il n'est jamais trop tard pour les découvrir : mais pour la première communion, c'est raté.

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22 mars 2008

Iko Iko André

A la fin de son concert, André m'apprend que les deux calypsos qu'il a interprétés ce soir en compagnie de Freschard et de The Purple Organ sont extraits d'un album paru l'an dernier sous pochette rose. Avant que Clémence n'ait plié boutique, je fais l'acquisition du bien nommé Calypso tant je suis impatient d'entendre à nouveau "Exploiting" et "Monkey" (par lequel ils viennent de terminer). La pochette me dit bien quelque chose, mais il n'y a rien qui ressemble plus à un CD-R de Stanley Brinks qu'un autre CD-R de Stanley Brinks. A commencer par la photo, qui rappelle celle de Ten American Classics ou de Kreuzberg Cafe

andre

Calypso comporte treize morceaux : onze reprises et deux originaux, chantés à une, deux ou trois voix (The Purple Organ était déjà de la partie). Pendant que la blogosphère s'ésbaudissait devant l'introduction du high-life dans la musique de Vampire Weekend (disque que je ne pouvais déjà plus écouter une semaine après l'avoir acheté), Stanley Brinks s'aventurait vers les Tropiques sur les traces de Robert Mitchum. L'histoire ne dit pas s'il a biberonné du rhum pendant la traversée. Mais sa musique a pris des couleurs au passage : ce fan de Steve Lacy s'est remis à jouer du saxophone, comme à l'époque de ses tous premiers enregistrements.

La carte postale donne des bonnes nouvelles de son auteur : depuis sa résidence berlinoise, Stanley Brinks n'a pas ralenti le rythme soutenu de sa production. Et s'interdit toujours toute linéarité. Je n'en connais pas beaucoup dont la discographie soit aussi fournie et aussi riche. Alors que tant d'autres franc-tireurs ont fini par me lasser, lui n'a jamais montré à ce jour de signe d'essoufflement. Tout en demeurant paradoxalement un des artistes les plus discrets de son époque.

En rangeant ma collection de CD-R, je comprends pourquoi la pochette de Calypso avait cet air familier : j'ai déjà acheté ce disque l'an dernier. J'étais revenu du précédent concert de Stanley Brinks avec une pile de nouveaux enregistrements que je n'ai pas réussi à épuiser. Calypso était le dernier. Je me sens bien bête : mais j'ai aussi la chance de le découvrir comme si c'était la première fois. Puisque c'est la première fois. Même si j'ai l'impression de voir double. Ca doit être le rhum qui me tourne la tête. Le rhum et la musique des Antilles.

PS : Et pendant que j'écris ce post, Li-Lund chante sur le fil de Télérama.

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15 mars 2008

La (véritable) Nouvelle Star

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Vous êtes nuls. Tous. Il n'y en a pas un qui rattrape l'autre. Et le pire, c'est que vous avez failli me contaminer. Jeudi matin, je me demandais si j'allais retourner applaudir Jont à Montreuil le soir-même. Aucun d'entre vous n'avait répondu à l'invitation que j'avais lancé et je me sentais tout à coup beaucoup moins motivé. Jusqu'à ce que ma lectrice d'Arpajon (91) se manifeste. Et que j'arrive à décider un lecteur de Paris (14ème) en le travaillant au corps pendant le déjeuner. Arrivés sur place, le cadre ressemble à un remake d'il y a trois mois : en découpant ses cakes salés, Nicolas (qui nous accueille dans son studio) se désole devant le nombre des absents. Sauf qu'il y a encore moins de monde que la dernière fois : à peine plus d'une dizaine de convives. Ce qui ne semble pas à même de décourager l'intéressé, qui nous annonce le programme de la soirée : projection de deux nouveaux "The House We're In", et sérénade à la carte.

Pendant le mois de janvier, Jont a filmé chacun des concerts en appartement qu'il a effectué en Angleterre. Il en a tiré un résumé de 5 minutes qu'il compte proposer sur son site internet à compter du mois d'avril, à raison d'un épisode par semaine. Les deux premiers sont consacrés aux villes de Hay-On-Wire et Brighton. Jont raconte comme il a connu la personne chez laquelle il va jouer, parle des gens qu'il y a rencontrés, sans se prendre au sérieux. Il faut voir le vicaire débarquer avec son encensoir dans le premier épisode pour se rendre compte que ce genre de happening pour happy-few peut dégénérer assez vite. Et ce soir, à Montreuil, que va t-il se passer ? Le plafond va t-il nous tomber sur la tête ? La maréchaussée, prévenue par les voisins excédés, va t-elle mettre une fin prématurée à la soirée ?

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Passé les quatre premiers titres qu'il a interprétés en solo, Jont fait appelle à son clavieriste Ben pour l'accompagner dans un exercice inédit : il tend aux spectateurs une feuille sur laquelle il a inscrit les titres de 25 morceaux. A chacun de choisir celui qu'il veut entendre. Evidemment, la plupart sont totalement inédits, y compris pour ceux qui étaient déjà là il y a trois mois. Il fait l'effort de parler en français, parfois longuement, pour introduire chacun d'eux. Au niveau anecdotes, Jont est imbattable. Ca va de Peter Case, qu'il a croisé deux fois de manière totalement fortuite, à son manager décédé, en passant par la navigatrice Ellen MacArthur qui lui a inspiré une chanson. C'est un sacré raconteur d'histoires, doublé d'un interprète bouleversant. A Montreuil, un jeudi soir devant une dizaine de pékins, il sort le grand jeu comme s'il était devant le Royal Albert Hall bourré à craquer. Si Damien Rice est toujours la première référence qui saute aux oreilles, j'entends aussi dans sa voix des échos de celle de Mark Mulcahy, l'ancien leader de Miracle Legion, ou même du chanteur de This Picture. Quand vient mon tour, je lui demande "Supernatural", son "Naked Rain" à lui. C'est aussi le morceau par lequel je l'ai découvert, et pour lequel je suis venu le voir la première fois.

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Vers 23h00, Jont a pratiquement épuisé son stock de chansons. Et ses spectateurs : certains sont partis en cours de route. Il propose une pause clope avant d'en jouer encore trois, qui ne sont pas parmi les moins belles. Et trouve un repos mérité au fond d'un canapé. Après les deux Unlit qu'il a prévus à Paris et à Lille, il retournera en Angleterre travailler sur la promotion de son disque, qui sort au mois de mai (mais qui est déjà disponible en digital). Au moment de lui dire au revoir, je crois que je suis encore plus fan que je ne l'étais. Et dire que j'ai failli rater ça, et que si ma lectrice d'Arpajon (91) ne s'était pas manifestée à temps, je serai sans doute resté chez moi regarder "La Nouvelle Star". Alors que je l'ai eue devant les yeux pendant près de deux heures, que j'ai trinqué avec elle et qu'elle a même joué "Supernatural" spécialement pour moi.  Je suis sûr que vous auriez adoré. Moi, en tout cas, je ne jure plus que par elle. Et par les concerts à Montreuil avec leurs cakes salés.

Posté par philippe dumez à 23:54 - concert - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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