i wanna be your blog

Le blog vieux jeu de Philippe Dumez.

18 octobre 2009

Waiting For My Mac

Millions d'albums vendus, linge sale lavé en public, production calibrée FM, mecs en collants et queue de cheval, blondes aux cheveux lissés : il m'aura fallu 35 ans pour parvenir à passer ces épreuves et apprécier Fleetwood Mac pour ce qu'il est. Soit un groupe ayant marqué l'inconscient collectif à l'aide de chansons qui ont dépassées le contexte difficile de leur élaboration. Je ne parle pas évidemment du Fleetwood Mac de Peter Green, mais de cet espèce de monstre qui s'est abattu sur les charts américains à la fin des années 70.

Rumors
Je n'aurai certainement jamais eu l'idée d'aller plus loin que mes préjugés si Camper Van Beethoven n'avait pas entrepris de réenregistrer en intégralité Tusk. Tusk ? Le double album paru en 1979, celui sur lequel les couples au sein du groupe règlent leurs comptes par chansons interposées : "Qu'est-ce qui te fait croire que tu es la bonne", "J'ai mon compte", "Ne me fais jamais pleurer", "Je sais que je n'ai pas tort", "N'oublie jamais"... Il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour s'attaquer à un pilier du patrimoine américain. Je me suis dit que ce serait idiot de commencer par la reprise sans jamais
avoir entendu l'original, alors j'ai fini par acheter Tusk, puisque chaque bac d'occasion en contient au moins un exemplaire.

fleetwood_mac_color
Je suis immédiatement tombé sous le charme des chansons de Lindsay Buckingham, parce que, comparativement à celles interprétées par les filles, ce sont les moins produites. Pourtant, paradoxalement, c'est vers celles de Stevie Nicks que ma préférence va aujourd'hui, même si ce sont celles qui accusent le plus le coup. Et pourtant, je frissonne à chaque fois que j'entends Sara, Rhiannon, Gypsy ou Dreams. Et peu importe si elle en fait des tonnes et parade toujours dans des tenues bouffantes qui la mettent rarement en valeur. Après Tusk, j'ai acheté Rumours, Mirage et Tango In The Night, passant du stade de béotien à celui de fan transi. Quand j'ai entendu les New Pornographers reprendre "Dreams" en concert, je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul.

Fallait-il pour autant prendre le risque d'aller voir ce qui reste de Fleetwood Mac (soit Lindsay et Stevie réconcilés, mais sans Christie Mc Vie) sur scène ? A vrai dire, je n'ai même pas réfléchi : je me suis précipité, au risque de déchanter toute la soirée. Volontairement, je me suis tenu à l'écart de toutes les vidéos postées sur Youtube et de tous les compte-rendus des première dates du "Unleashed Tour". Serait-ce la cerise sur le gâteau de la semaine la plus chargée de l'année (Mountains Goats mardi, Jonathan Richman mercredi, The Pixies vendredi) ? Ou au contraire, serait-ce la goutte qui fait déborder le vase ?

fleet
Par deux fois, j'ai eu les larmes aux yeux, ce qui ne m'était jamais arrivé. Quand Stevie a entonné "Dreams" ("Now Here You Go Again / You Say You Want Your Freedom..."), et sur l'intro de "Stand Back", un tube tiré de la carrière solo de la chanteuse que Fleetwood Mac avait incorporé à son tour de chant en 1987. Au milieu d'un parterre de quinquagénaires retenant leur respiration, je n'ai pas arrêté de chanter. Durant plus de deux heures, Fleetwood Mac a joué tous ses tubes. Leur bonheur à être sur scène à nouveau était palpable. Lindsay était absolument survolté. Stevie a changé au moins quatre fois de tenues et je crois que c'était pire à chaque fois. Mais j'étais heureux d'être là, peut-être comme je ne l'avais jamais autant été depuis le début de l'année. Reste maintenant à assumer le fait que j'ai préféré Fleetwood Mac aux Mountain Goats, et à envisager la vie qui va avec : et si, pour les fêtes, je m'offrais un petit collant histoire d'aller avec ma queue de cheval ?

Photo : Matthew Becker/MelodicRockConcerts.com  

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15 octobre 2009

Got My Jojo Workin'

Quelques minutes après la fin du concert, alors qu'il se faufile parmi les spectateurs qui s'éparpillent, nos regards se croisent. Je ne peux m'empêcher de lui adresser un immense merci et de lui tendre la main. Il la sert chaleureusement et inscrit en français sur un bloc de papier qu'il ne peut pas parler. Je lui explique que je sais qu'il doit reposer ses cordes vocales et je le laisse filer.

jojo
En remontant la rue de la Roquette, emmitouflé dans mon blouson pur polyamide, je suis perclu de remords. Il y a plus de 10 ans, il m'avait éconduit alors que j'étais venu l'interroger. Mais aujourd'hui, c'est moi qui avais des choses à lui dire : à commençer par exemple que, si je ne crois plus au Père Noël, je crois par contre en lui, et que chacune de ses apparitions parisiennes demeure une fête à marquer d'une pierre blanche sur le calendrier. Que je m'y prépare avec un sérieux irréprochable. Que plus les heures qui me séparent de lui s'évanouissent, plus je sens mon pouls s'accélérer. Qu'il est la seule personne au monde qui me donne à la fois envie d'apprendre la guitare, l'espagnol, de me laisser pousser le bouc et d'acheter des chaussons chinois. Qu'au niveau de la générosité (il assure la moitié du concert en français, chansons comprises), il demeure un modèle inégalé. Et que la blogosphère a beau porter au pinacle quotidiennement des nouvelles sensations, personne ne fait Jonathan Richman aussi bien que lui, puisque Jonathan Richman, c'est lui. Et qu'il demeure le seul à pouvoir changer de registre avec autant de souplesse, d'enchaîner les pitreries (il déballe sa valise sur scène pour en extirper son kit de percussions) et les chansons bouleversantes ("Because Her Beauty Is Raw And Wild", "Let Her Go Into The Darkness", "Her Mystery Not Of High Heels and Eye Shadow"...).

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Il a choisi de terminer son set par "Vermeer", tiré de l'album paru l'an dernier, où il répète à qui veut l'entendre : "des comme Vermeer, il n'y en avait pas deux". J'espère qu'un jour, quelqu'un lui rendra la politesse et chantera que des comme Jonathan Richman, il n'y avait pas deux, et qu'il peut rester muet après ça puisque l'essentiel est au-delà des mots.

Photo : Russel Daniels

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09 octobre 2009

Stratégies

Je vois encore sa silhouette chétive pousser la lourde porte du 23, rue Boyer. Emmitouflé dans sa parka, il avait l'air d'un oisillon tombé du nid. Ce n'était pas encore pour un concert : c'était tout juste un showcase monté avec la complicité de la Blogothèque et de la Maroquinerie. Il avait demandé un Fender Rhodes (ou au pire un Wurlitzer), et je ne lui avais trouvé qu'un Clavinet, emprunté le matin même à Lori Sean Berg. C'est ainsi que s'est déroulé la première apparition parisienne de Chris Garneau : au cercle de curieux venus l'applaudir, il avait donné un aperçu du genre de secousses intimes que ses chansons, même réduites à l'essentiel, pouvaient provoquer. C'était juste avant que de bonnes fées se penchent sur son berceau : encouragés par une critique élogieuse dans Télérama, un label et un tourneur français décidaient de tenter l'aventure à ses côtés. Depuis la Cigale jusqu'au Théâtre de la Bastille, il n'a cessé de confirmer que les espoirs placés en lui n'étaient pas vains.

chris
Mercredi soir, Chris Garneau étrennait à la Maroquinerie les chansons de son nouvel album, et je n'aurais raté ça pour rien au monde. Même si j'ai quand même réussi par en rater une partie, pensant naïvement qu'il allait jouer en tête d'affiche, alors que le privilège était réservé à ce grand Duduche de Jeremy Jay. Chris a rasé cette grosse moustache avec laquelle on l'avait quitté (une bonne idée) et se produit désormais avec un batteur et une violoncelliste. S'il a pris de l'assurance, il ne l'a pas troquée contre sa fragilité. Et même s'il menace régulièrement de surjouer ses chansons, la moitié d'entre elles me filent toujours le frisson.

Côté cour, le garçon se montre toujours aussi affable. Pendant près d'une demi-heure, il se prête à toutes les demandes d'autographes, toutes les photos et fait l'effort de parler en français. C'est à peine s'il a le temps d'aller griller un cigarette dehors. Dans la douceur du soir, il raconte son périple en Chine cette année : mise en quarantaine dans un hôtel sans climatisation, deux dates sur trois annulées. Il ne tarit pas d'éloges au sujet de Here We Go Magic, de Jenny O. et de Noveller. Et mentionne aussi cette reprise de "La plus belle pour aller danser", qu'il a enregistré pour le prochain film de Benoit Pétré, Thelma, Louise et Chantal, que l'on découvrira l'an prochain.

baxter
Changement de cadre le lendemain : Ménilmontant cède la place aux bords du Canal St Martin. Plus de trois ans après la sortie de son second album, l'espoir de voir Baxter Dury sur scène s'était pratiquement évanoui. Et pourtant, sur le coup des 22h30, "Francesca's Party" fait trembler le Point Ephémère.  Et pour une surprise, c'est en une de taille : dès le premier morceau, ça joue grave. Si voir Dury fils se mérite, le résultat est à la hauteur de l'attente. Il joue beaucoup de nouvelles chansons, sans oublier celles que tout le monde attend : "Oscar Brown" ou encore "Cocaine Man", dont la longue introduction rappelle irrésistiblement Neu ! Au final, il n'a pas joué tellement plus longtemps que sur disque (35 minutes), mais c'était un sans faute. Chris Garneau et Baxter Dury ont choisi deux stratégies différentes (l'un joue tous les six mois alors que l'autre se produit une fois tous les 5 ans), mais les deux payent. Et parviennent à faire sortir de son trou Philippe L'Hermite, le mec qui dit qu'on ne l'y reprendra plus et qu'on retrouve à chaque fois.

Photo : Marine D. et Djenvert.

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20 juillet 2009

Un pendu à Pantin

En matière de concert improbable, ça s'annonçait comme une date à ne pas manquer : Dean & Britta à Pantin, en conclusion d'une semaine parisienne qui les aura vu se produire trois soirées d'affilée à l'Eglise Saint-Eustache pour une performance autour des Screen Tests d'Andy Warhol. Mais où ça à Pantin ? Au Pavillon Baltard ? Non : au Dynamo de Banlieues Bleues, à la sortie du métro Aubervilliers Pantin 4 Chemins. Mais qui a envoyé nos amis américains au-delà du périphérique ? Et surtout : qui va aller les applaudir un samedi 18 juillet à 20h30 ?

dean
La première surprise, c'est l'affiche : Dean & Britta play the Galaxie 500 songbook. J'avais bien le souvenir d'avoir entendu Dean Wareham interpréter "Sorry" lors du dernier concert de Dean & Britta à Paris, mais je ne pensais pas que cet acte de bravoure était annonciateur d'une réconciliation plus conséquente. Il fallait aller à Pantin pour le croire, et l'entendre balancer d'emblée "Hearing Voices", "Tugboat" et "Temperature Rising". Sur "Blue Thunder", je vois défiler les images de la vidéo que 120 Minutes diffusait régulièrement à l'époque, celle-là même par laquelle j'ai connu le groupe en 1989. Et j'en ai des frissons dans tout le corps.

La machine à remonter le temps continue sa course : Britta reprend "I'll Keep It With Mine", écrit par Bob Dylan pour le premier album de Nico. Et Dean égrène les accords d'un titre que je n'avais jamais eu la chance de l'entendre interpréter  : il s'agit du "Ceremony" de Joy Division. Je ne sais pas si ce sont mes coups de soleil qui se réveillent ou moi qui aurait dû quitter ma veste, mais la température monte d'un cran supplémentaire au Dynamo. "Ceremony", une face B de Galaxie 500, un samedi soir à Pantin sous le coup des 21h20, dans le cadre de la programmation "Paris, Quartier d'été". Le point d'orgue de la soirée est aussi le dernier titre du set.

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Dean remonte sur scène jouer seul "Don't Let Our Youth Go To Waste" avant d'être rejoint par Britta pour "Bonnie & Clyde". Rappelés une seconde fois, ils déterrent un obscur titre du Velvet Underground ("I'm Not A Young Man Anymore", un inédit extrait du Live At The Gymasium edité l'an dernier) avant de conclure sur "Fourth of July", le titre qui ouvrait This is Our Music, le dernier album de Galaxie 500. Il n'est même pas 22 heures quand les lumières se rallument, et la nuit ne fait que commencer. Tous ceux qui comme moi ont eu la chance de prendre part à ce voyage dans le temps sont encore sous le choc. Ah merde, 20 ans déjà, qu'est-ce que je faisais à l'époque ? Et en 2029, tu fais quoi ? Tu crois que Dean & Britta joueront le Luna songbook à Pontault-Combault ?

Photo : Slowmotiontrax et Pulpphotodesign.

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04 juillet 2009

Au bonheur des Dan (2)

A l'heure indiquée, avec la précision des spectacles réglés au millimètre, le groupe pénètre sur scène. Pas Steely Dan : juste ses accompagnateurs, au nombre de 11 (!) dont 4 cuivres et 3 choristes. Ils chauffent la salle le temps que Walter Becker et Donald reçoivent la standing ovation qui leur est dû. Mais ce plébiscite est de courte durée, puisque tout le monde est à nouveau assis quand le premier morceau commence. Il faut dire qu'il y a de quoi tomber de haut : il s'agit d'une version avachie de "Reelin' In The Years". Mince. J'ai vraiment l'impression d'écouter le big band de Michel Jonasz qui reprend Steely Dan. Mais qu'est-ce qui m'a pris de vouloir absolument venir ?

steely_3Il faut dire que je n'ai pris aucune précaution : je n'ai pas écouté le dernier album du groupe, je n'ai pas consulté la setlist des précédents concerts de la tournée, et je ne suis même pas allé voir sur Youtube à quoi elle pouvait ressembler J'étais bien sot de croire que j'allais retrouver la fougue du groupe de 1974. C'est plutôt celui d'Aja que j'ai face à moi, et son répertoire mou du cul (la moitié de l'album y passe : "Josie", Peg" "Deacon Blues"...). Mais le pire, c'est certainement que je m'y habitude. Depuis le trentième rang, place numéro 14, je suis  fasciné par la précision des musiciens et la perfection du son. Le public n'est pas en reste : il démarre au quart de tour, dès les premières secondes de chaque intro. Ça fait des "oh" et ça fait des "ah", ça pousse même des "j'y crois pas". Moi non plus, je n'y crois pas d'ailleurs. Je finis par être complètement dedans, me levant sur "My Old School", hurlant au début de "Kid Charlemagne".

steely_4Le concert se termine comme il a débuté : Fagen et Becker quitte la scène pendant que l'orchestre continue encore quelques minutes au son de la BO du... Dernier Tango à Paris. Ils n'ont pas fait "Do It Again", ni "Through With Buzz", encore moins "Any Major Dude Will Tell You". Mais ils sont parvenus à me retourner comme une crêpe, moi qui étais à deux doigts de passer mon tour. Finalement, c'était une bonne idée d'aller voir Steely Dan. Ce n'était pas mal d'être confortablement assis pendant deux heures après avoir siroté un jus Canneberge / Grenade acheté chez Daily Monop' en face. Et finalement, peut-être qu'elles sont confortables ces chaussures de bateau...

Photo : George Talusan

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03 juillet 2009

Au bonheur des Dan (1)

Au moment d'entrer de pénétrer dans le couloir de l'Olympia, j'hésite encore à revendre mon billet à la sauvette. Et si tout ceci n'était qu'une folie, à commencer par la somme que j'ai du débourser pour assister à cette soirée (95 euros, frais de location et réservation inclus) ? Je passe une tête dans la salle pour apercevoir le groupe de première partie, et je la ressors aussitôt. C'est tout ce que j'appréhendais. Assis sur les marches, au milieu de sosies de Walter Becker en train de finir leur club-sandwich, j'essaie de me souvenir pourquoi je tenais tant à venir applaudir Steely Dan ce soir.

steely1Tous ceux qui ont tenté de me convertir par le passé ont échoué. Je ne dis pas qu'ils s'y sont mal pris, mais je n'étais sans doute pas prêt. Ou pas assez motivé. Ou les deux. Je me rappelle avoir tiré un trait sur Pretzel Logic après seulement une écoute. Curieusement, c'est en pleine vinylemania que j'y suis revenu, alors que je bravais tous les interdits : Fleetwood Mac, The Doobie Brothers, Eric Carmen, Todd Rundgren, 10 CC, America... Je n'avais peur de rien et j'achetais tout du moment que c'était moins de 3 euros. Vous m'auriez refilé vos Christopher Cross que je vous aurai pris dans mes bras. 

Can't Buy A Thrill (import Champs Disques, étiquette d'origine sur la pochette), puis The Royal Scam, Aja, et enfin Pretzel Logic à nouveau. Que j'écoute tout le temps, fasciné par ces idées de chansons qui durent 10 secondes, par ces choeurs un peu fous,  par cet instrumental très Nouvelle-Orléans qui tombe comme un cheveu sur la soupe ("East St-Louis Toodle-Oo")... Le côté multi-cartes fait presque penser à Ween, les champignons en moins. Je télécharge même un live de 1974, avec des versions habitées de "Bodhisattva" et de "My Old School".

steely2

Si j'attends que la première partie soit terminée avant d'aller m'asseoir, c'est aussi pour éviter l'ouvreuse. Elle n'est certainement pour rien dans le fait que les places soient aussi chères, mais je suis d'autant moins enclin à la solidarité. Et d'abord, est-elle vraiment uniquement rémunérée au pourboire ? Quel genre d'employeur se prête à pareil simulacre d'emploi ? En dévisageant les spectateurs pendant l'entracte, je me demande à quoi je ressemblerai quand j'aurai leur âge. La chemisette rentrée dans le pantalon ? Les cheveux s'éclaircissant sur le dessus et ramenés en queue de cheval derrière ? Les lunettes pendues autour du cou par le biais d'un lacet réglable ? Pieds nus dans des Dockside ? Vite, que ça commence ! (A suivre...).

Photos : George Talusan.

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24 juin 2009

Get Yer Yaya's Out

L'organisateur du concert m'avait prévenu  : viens tôt, ça risque d'être blindé comme un oeuf, et j'avais encore en mémoire l'expérience de la fois précédente. Acculé contre la porte du bar, je tendais l'oreille dans l'espoir d'intercepter une mélodie entre deux conversations avinées et le bruit du tiroir-caisse. J'étais arrivé un peu tard,  et j'avais très certainement sous-estimé le bouche-à-oreille autour de cette date solo qui tombait quelques semaines après l'Olympia. Au bout de deux morceaux, j'avais plié bagage, attendant l'occasion de le revoir dans de meilleures conditions.

yaya
Il est presque 21 heures quand j'enfourche un Velib' chancelant pour descendre la rue du Chemin Vert. La partie de Elefantissimo a duré plus longtemps que prévu, et en plus, j'ai perdu. Pourtant, la chance m'attend du côté de la rue Amelot : le concert n'a pas encore commencé, et j'ai même le temps de discuter un peu avec Yaya avant qu'il se mette à jouer. Chemise blanche à manches longues et jean, je l'ai rarement connu aussi sobre. Ce soir, ce n'est pas le chanteur de Herman Düne en solo. C'est autre chose. On le sent dès les premiers morceaux : son de guitare très sec et phrasé ralenti, les versions de This Will Never Happen ou Song for The Family  me renvoient quelques années en arrière, quand je n'aurai raté pour rien au monde une apparition d'André ou de David, justement parce qu'il allait s'y produire quelque chose d'unique. Comme ce qui est en train de se passer ce soir.

Yaya joue pour moitié des nouvelles chansons : Shadow of a Doubt, I Hear Strange Music, Your Love is Gold ou In The Long Run. Il prend manifestement beaucoup de plaisir à se retrouver en petit comité, glisse une reprise des Silver Jews (Strange Victory, Strange Defeat, extrait du dernier album) et revient petit à petit sur des titres plus récents. Baby Baby You're My Baby est méconnaissable, dans une interprétation dix fois supérieure à celle du disque. Someone Knows Better Than Me est bouleversante. Je suis tellement heureux que j'en pleurerai presque : moi qui me suis ennuyé aux deux derniers concerts de Herman Düne auxquels j'ai assisté, je ne pensais pas que je pourrai être à nouveau touché ce point. Et ce n'est pas fini, puisque Yaya enchaîne sur Not On Top et My Home is Nowhere Without You. Sur cette dernière, il improvise une partie de guitare presque flamenco qui convient à merveille. J'ai envie de le prendre dans mes bras comme quand on retrouve un vieil ami, mais je me contente de félicitations un peu banales, et surtout pas à la hauteur de la prestation qu'il vient d'accomplir. En sortant, ma barbe a poussé de deux centimètres et je remonte la rue d'Oberkampf en danseuse. Demain, je ressors mon t-shirt de la tournée "Mas Cambios" et je me la pète à mort. La vraie fête de la musique, cette année, c'était le 23 juin et je ne t'y ai pas vu.

Photo : Krakow81

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15 mai 2009

Mélodies en sous-sol

Je ne boudais pas. Il n'y avait juste rien qui m'avait excité au point de me donner envie d'aller enfourcher un Velib' sitôt la dernière partie de Uno achevée. Je vivais de séries télévisées et de long-métrages et je ne m'en portais pas plus mal. Pourtant, il n'a fallu qu'un mail pour me sortir de mon cocon : La Flèche d’or ayant annulé le concert suite à sa fermeture provisoire, Tara Jane O'Neil et Mirah joueront finalement au Rigoletto, porte des Lilas, à partir de 21h30. Je n'aurai sans doute pas bougé mes fesses si ces éléments n'avaient pas tous été réunis : K Records + 5 euros + happy few + Philippe Timsit. Et même si je connais à peine ces deux artistes, je me jette à l'eau sans hésiter.

tara

Le matin même, Néman propage l'info via la mailing-list de Herman Düne sur Facebook.  Et nous sommes une cinquantaine à nous pointer dans la toute petite salle située au sous-sol d'un bar désert de la rue de Belleville. Personne n'est là par hasard : ni celui qui raconte qu'il a fait du stop pendant trois heures sous la pluie dans l'espoir de trouver une voiture qui l'emmènerait à Reims voir Tara Jane il y a quelques années, ni celui qui est fan de Mirah depuis qu'il l'a vue aux Etats-Unis. Quand Néman et Yaya font leur entrée discrète, j'ai l'impression de me retrouver au Pop'In il y a 7 ans, quand Herman Düne invitait Turner Cody, Diane Cluck ou Julie Doiron. Pour moi, c'était plus qu'un bar, c'était plus qu'une salle de concert. C'était un vrai réseau social où les demandes d'amitié se faisaient autour d'une bière ou d'un t-shirt de Big Star.

Au Rigoletto, on discute des concerts passés (Anathallo, qui semble avoir laissé une forte impression, Pink Moutaintops, Sleepy Sun...) et à venir pendant que les américaines terminent leur balance.  Tara Jane O'Neil et Mirah, accompagnée par une batteuse, s'épaulent mutuellement : chacune accompagne l'autre pendant son set. La première dans un registre dépressif et électrique, la seconde dans une veine plus folk. Et même si j'ai certainement préféré la noirceur à la légèreté, j'ai adoré faire partie de ce petit comité réuni à l'improviste. Je n'ai pas arrêté de noter des adresses de blogs ou de myspace qu'on m'a conseillés, et j'ai eu l'impression de surfer encore plus vite que si j'étais resté chez moi.  Sans réseau et sans fil, à l'ancienne.  En pédalant pour rentrer, j'avais rajeuni de 10 ans.

Photo : Sarahcass

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09 mai 2009

Next Tengo in Paris

Je n'ai tellement pas envie d'être déçu par le concert de Neil Young au Zénith (pour lequel j'ai déjà acheté ma place) que je m'abrutis un peu avec le nouvel album, même si la critique semble unanimement le trouver peu inspiré. Neil et moi, on n'est jamais en phase. La dernière fois que je l'ai vu, c'était lors de son passage au Palais des Congres. Il interprétait en avant-première Greendale dans son intégralité, assorti de quelques classiques, et j'en étais ressorti frustré. Le meilleur souvenir que j'en garde, c'est d'avoir été immortalisé par Charles Berberian dans son compte-rendu.

charles

Quinze jours après avoir acheté ma place pour le Zénith, j'apprends que Yo La Tengo joue le même soir à Paris. Je ronge un peu mon frein : si j'avais eu le choix, mon cœur n'aurait peut-être pas spontanément penché vers le Canadien. Pourtant, paradoxalement, Yo La Tengo publie en parallèle un album qui est peut-être son plus anecdotique depuis très longtemps : Fuckbook, un nouveau recueil de reprises (Troggs, Young Rascals, Small Faces, Kinks...). Comme si le groupe ne le revendiquait pas tout à fait, il paraît sous l'identité des Condo Fucks, imposture bon enfant qui leur permet d'exercer leurs talents de faussaires. Sauf qu'on est malheureusement loin des hauteurs atteintes par Fakebook, leur séminal manifeste paru en 1990.

Yo

Comme je n'avais pas envie de rester sur cette déception, j'ai réécouté le premier Yo La Tengo qui me tombait sous la main et je me suis refait tout Summer Sun d'une traite. Comment ai-je pu à l'époque passer à côté d'un disque pareil ? Sans doute en raison de son coté presque linéaire, et de l'absence d'un titre qui sorte du lot. Mais le redécouvrir constitue une expérience incroyable puisqu'il n'est que douceur, calme et susurré.  J'adore son atmosphère cotonneuse d'où la guitare électrique est pratiquement absente. Du coup, je rêve éveillé. La date du 04 juin n'est qu'un canular supplémentaire à ajouter au compte des Condo Fucks, puisque Georgia, Ira et James sont le backing band de la tournée de Neil Young. Qu'ils interpréteront sans doute avec lui For The Turnstiles, Don't Cry No Tears, Tonight's The Night, Cortez The Killer et tant d'autres.  Et dire que j'ai failli rater ça...

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24 mars 2009

Les garçons de 1970 font leur coming-out.

La première fois, c'était sur un concours de circonstance, presque par hasard. Mais j'ai tellement adoré que je suis revenu deux jours plus tard, mon amoureuse sous le bras, histoire de vérifier que je n'avais pas rêvé. J'étais le premier surpris d'être surpris, vu la hauteur des a-priori que je dressais entre lui et moi. Pourtant, je suis passé par-dessus sans effort, sans même m'en rendre compte. Voilà comment, un soir où j'aurai pu rester chez moi à regarder La nouvelle star, je suis devenu fan de Vincent Delerm. Fan comme je ne l'avais jamais été depuis Herman Düne, les poils en moins, le sourire en plus.

vincent

Pourtant, rien ne me préparait à pareille révélation. Ni son premier album que je n'avais jamais écouté, ni le deuxième sur lequel j'avais porté un jugement définitif sur la foi d'un extrait découvert dans Les Inrockuptibles. J'étais pratiquement à ranger parmi les irrécupérables. Pas ceux qui détestent : ceux qui s'en foutent complètement. Jusqu'au premier concert à la Cigale, à la sortie de son troisième album, celui dont je suis le plus proche musicalement parlant (et la production de Peter Von  Poehl n'y est certainement pas étrangère). Raconter ce qui s'est produit ce soir-là est inutile tant l'expérience tient pratiquement de l'illumination. Le plus déconcertant était certainement d'entendre repris en chœur par la salle des chansons qui m'étaient jusqu'alors inconnues. Etrange sentiment de décalage, mais pas forcément désagréable. De Dupuy-Berberian à Delerm, il n'y a souvent qu'un pas. Deux jours plus tard, dans la même salle, à la même heure, le miracle se reproduit. Le fait d'avoir déjà vu le spectacle n'altère absolument pas le plaisir que je prends à y assister à nouveau. Comme quelques mois plus tard, sur la scène de l'Olympia, à l'occasion de la dernière date de la tournée.

Mon enthousiasme est un peu retombé avec la sortie de Quinze chansons l'an dernier. Je ne l'ai pas autant adoré que je l'aurai voulu. Et si cette crise subite de delermophilie n'était plus qu'un lointain souvenir ? Je n'avais même pas prévu de retourner le voir, préférant investir dans de l'ancien, du sûr. Et puis, comme la première fois, tout se précipite à la dernière minute, et je me retrouve à arpenter le boulevard de Rochechouart. Tu vas voir Sophie Hunger ? Non ? Ne me dis pas que tu vas voir Vincent Delerm ? T'as changé, toi... Sauf que cette fois, j'ai décidé de ne pas me faire avoir aussi facilement. Je vais essayer de résister pendant au moins quelques morceaux.  Mais je ne suis pas de nature à tenir très longtemps... Plaisir coupable ? Pas du tout. Parfaitement assumé. Je ne forcerai personne à aller voir Vincent Delerm en concert, mais si vous y allez, il est fort possible que vous m'y croisiez. Il y a celles qui ont vu trois fois Rain Man. Et celui qui n'a toujours pas compris ce qui lui arrivait.

Photo : Kyklik

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