05 juin 2009

A la baguette (4)

Au bout de 4 jours, les grands voyageurs qui nous accompagnent commencent à manifester les premiers signes de mal du pays. Ça commence par réclamer une fourchette au lieu des baguettes, puis si on pouvait avoir du pain aussi ça ne serait pas mal, et puis des céréales, parce que là, le poisson grillé au petit déjeuner, ça ne passe pas. Avec une part de provocation, je goûte tout ce qui nous est proposé le matin. Même si c'est pour me rendre compte que, en fait, dans la sauce, c'est du foie de veau. Ceci dit, avec ça dans le ventre, je n'ai pas eu faim de la matinée.  Et je suis prêt à échanger une citerne de café contre un bol de soupe Miso.

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Hier soir, pour la première fois, je suis allé au bain public. Je n'avais pas bien compris comment ça marchait (j'ai cru qu'il fallait prendre une douche dans la chambre avant, alors qu'il faut la prendre sur place, juste avant de rentrer dans l'eau), mais j'ai imité les gestes du Japonais qui s'y trouvait en même temps que moi. Je me suis assis sur le petit banc en bois et je me suis lavé à nouveau. Après m'être méticuleusement rincé (je savais que la moindre bulle de savon ne me serait pas pardonnée), je suis rentré dans l'eau brûlante. D'abord les pieds, puis la taille, et finalement tout le corps. A vrai dire, je n'ai pas su quoi faire une fois que j'étais dedans. J'ai attendu un moment qu'un compatriote passe par là histoire d'en rire avec lui, mais personne ne m'a rejoint. Quand mon unique compagnon est sorti, je me suis retrouvé désespérément seul. Ce n'est pas de chance quand même. Pour une fois que j'avais l'occasion de mater des mecs à poil...

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En ville, on s'arrête dans une petite échoppe qui tient à la fois de la mercerie et de la pharmacie. On achète des mouchoirs brodés, ceux avec lesquels les Japonais font tout sauf se moucher en public (puisque c'est le comble de la vulgarité). La vendeuse commence par nous offrir le thé avant de sortir deux chaises défoncées de sa réserve pour qu'on puisse boire assis. Elle l'a fait spontanément, comme si elle avait cherché à compenser le fait de ne pas pouvoir communiquer avec nous (elle ne parle pas anglais). Evidemment, après ça, on a envie de lui acheter le reste de la boutique pour la remercier. Et pour ta mère, tu ne crois pas que ça lui ferait plaisir, des mouchoirs fabriqués au Japon ?

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A la télévision, il y a une drôle d'émission où l'on offre aux débutants des cours de croquis. Cette semaine, le professeur et ses deux élèves se rendent à Hiroshima pour dessiner... le Mémorial pour le paix ! La scène est un peu surréaliste. Le  maître commence par esquisser les contours du bâtiment (ou plutôt ce qu'il en reste...) avant d'en préciser les lignes.  Il montre bien comment, en deux coups de crayon bien placés, on place une ombre autour d'une fenêtre. Juste avant de partir pour le Japon, je visionnais, sur le blog de Guy Delisle, un sujet que lui a consacré la télévision suédoise. A l'inverse du maitre japonais, qui milite pour un réalisme presque photographique, il expliquait qu'il ne garde du modèle que ce qui l'intéresse, et qu'il n'hésite pas à faire disparaître le reste.

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Cette émission me met un peu mal à l'aise. Je n'arrive pas à sortir ce bâtiment de son contexte historique, et j'ai les images les plus marquantes de Gen d'Hiroshima (le cheval en feu, les cadavres dans la rivière, sa famille coincée sous les décombres...) qui me reviennent. Mais les Japonais semblent avoir fait la paix avec leur passé. Et développent leurs affinités artistiques devant la télévision. Je repense encore à ce que dit Guy Delisle dans le reportage (que personne ne l'a jamais empêché de dessiner, même dans des lieux saints où la photo est interdite) et je vais me coucher. Demain, on part aux aurores pour la vieille ville San-Machi Suji, puis les marchés de Takayama Jinya et Miyagawa, puis le village folklorique de Hida-Minzokumara... Pourvu qu'ils ne nous demandent pas de tous les dessiner ! (A suivre). 

Posté par philippe dumez à 08:44 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur A la baguette (4)

    Si j'avais été à ta place, je crois que j'aurais essayé d'occire mes compagnons de voyage avec leurs fourchettes, histoire de leur en faire passer définitivement le goût, et le besoin. Mais il est vrai que je ne suis connu pour mon amour de mon prochain...

    Posté par Vincent, 08 juin 2009 à 12:10 | | Répondre
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