03 juin 2009

A la baguette (3)

Il n'y a pas grand chose à voir à l'intérieur du château Matsumoto, alors pour la peine, le visiteur va être soumis à un entrainement intensif digne de Fort Boyard. Car non seulement les escaliers pour passer d'un étage à l'autre sont raides, mais ils deviennent de plus en plus exigus au fur et à mesure de l'ascension. Sachant que le plus amusant, c'est évidemment de redescendre sans se prendre une gamelle. Un peu partout, des pancartes en deux langues mettent en garde l'aventurier en herbe : "Beware of uneven surfaces", "Watch your head"... Et comme si ce n'était pas suffisant périlleux, la visite s'effectue évidemment en chaussettes, préservation du patrimoine oblige. J'ai adoré.

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e ne pensais pas que le Japon était un pays aussi boisé ni aussi vallonné. Depuis que nous avons quitté Tokyo, le contraste est saisissant. Des forêts à perdre haleine, percées de tunnels. Certaines personnes se sentent oppressées en ville. Moi, c'est la nature qui me fait peur. Je ne sais pas si c'est un traumatisme qui remonte à Twin Peaks ou à Blair Witch, mais je ne suis pas tranquille. Pourtant, c'est entre ces conifères que sont nés les mushi qui peuplent les mangas de Yuki Urushibara ou les yôkaï de Shigeru Mizuki. Chaque fois que le car s'engouffre dans une trouée, je ne peux pas m'empêcher de penser au début de Dragonhead de Minetaro Mochizuki et j'ai peur de ne pas en ressortir. Lire des mangas a formaté ma perception du Japon : cette révélation tardive n'est pas étrangère au voyage que j'entreprends aujourd'hui.

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La joue contre la vitre du car, j'écoute une sélection de morceaux que j'ai transférés sur mon lecteur MP3 avant de partir. Moi qui ne suis pas du tout consommateur nomade, je découvre le plaisir des associations : celles d'un paysage avec un univers musical. Tenniscoats, Mirt, Sven Kacirek, Barzin, Aaron Martin, Paul Kalkbrenner m'accompagnent tout au long de notre traversée du centre de Honshu. Mais le prétendant au titre de bande-son de notre odyssée, c'est James Blackshaw, un guitariste anglais qui se situe pile à la croisée de deux courants : le folk et la musique répétitive. Comme beaucoup d'autres, je l'ai découvert grâce à Motel de Moka, certainement le blog qui répond le plus à mes envies musicales du moment. Tous les mois, j'y télécharge une dizaine de morceaux que j'écoute en boucle et c'est rare si, suite à ça, je n'achète pas la moitié des albums dont ils sont issus.

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Comme je ne voyage jamais par la route, le plaisir de flâner sur les aires de repos n'était jusqu'ici qu'un souvenir d'enfance, quand l'Alfa Roméo familiale m'emportait vers le Sud. Ici, tous les sens sont mis à profit à l'heure de la pause pipi. Il y a toujours quelque chose à découvrir dans les boutiques d'autoroute : ça va des poissons séchés sous vide au poulpe prêt à l'emploi, en passant par les fourrés au kaki ou les sablés à l'anguille. Sans parler d'un choix de boissons à emporter défiant l'entendement. Du thé au lait servi chaud en cannettes, vous saviez que ça existait, vous ? Il faut le boire pour le croire. (A suivre...)

Posté par philippe dumez à 20:51 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur A la baguette (3)

    James Blackshaw

    merci de nous donner tes impressions de ce voyage qui semble palpitant. Je suis un gros fan du James (découvert dans un article un peu incompréhensible de Chronicart), j'adore. Il me fait penser à une sorte de Manuel Göttsching qui viendrait du folk et pas du kraut et qui aurait été éduqué à base de Steve Reich.

    Posté par Bishop, 04 juin 2009 à 22:53 | | Répondre
  • Philippe,

    C'est un réel plaisir de lire tes souvenirs/commentaires de voyage, toujours évocateurs et pertinents. Cela me rappelle mon propre voyage, et me redonne encore plus envie d'y retourner.

    PS : je crois que le lien vers Motel de Moka ne pointe pas au bon endroit

    Posté par Vincent, 08 juin 2009 à 12:12 | | Répondre
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