04 avril 2009

Ce qui me Plée

Je pense que si le titre ne m'avait pas immédiatement accroché, je ne l'aurai jamais acheté. Et même si je gagne souvent à dépasser les a-priori que je peux avoir par rapport à la naïveté d'un dessin, j'y mets toujours de la mauvaise volonté.  Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses allait-il pour autant parvenir à me séduire tout autant que Timing ou Nekomura-San ? Presque. Au-delà de la perte de ses illusions, Leslie Plée raconte une vraie histoire : celle des grandes surfaces culturelles où le métier de librairie se réduit à celui d'étalagiste. Et ce n'est pas le plan d'économies récemment annoncé par un agitateur cinquantenaire qui va lui donner tort. "Si on t'a embauché, ce n'est pas pour ton expérience, c'est pour ta fraîcheur" : cette petite phrase lâchée au détour d'un entretien donne une idée du ton, mi-amusé, mi-désabusé. Leslie fait face au surstockage comme aux clients les plus exigeants ("Il doit bien exister une bédé où le héros est un jeune abricot ?"). Elle prend sur elle-même, jusqu'au jour ou elle n'en plus. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid puisque son livre est aujourd'hui diffusé dans les établissements qu'elle critique, et peut-être même sans qu'ils s'en rendent compte.

leslie

Malheureusement, le Leslie Plée ne m'a pas tenu en haleine très longtemps (15 euros pour un fascicule qui se lit en une demi-heure, passons...) et j'ai enchaîné sur le nouveau Charles Dutertre. Qui débute par une révélation : faute de vivre de l"illustration, l'auteur est salarié... d'une grande surface culturelle ! Il se représente dès les premières pages avec un gilet sur le dos en train de faire des piles de nouveautés. Mince ! Heureusement, il quitte bientôt ce rôle pour partir le long de la route aux souvenirs : celle qui le rapproche de Plouhinec-Les-Deux-Corbeaux, où une maison familiale est sur le point d'être vendue. Avec tous les souvenirs qui vont avec : ceux du gros Michel, de Albert Barbarin, d'Elvis Guittier, de Jean Gerroux du haut du bourg et de Jean Gerroux du bas du bourg.... Comme  Pirouette, L'Hotel des touristes rend hommage à la vie des champs sans verser dans la nostalgie. J'ai toujours été très amateur de la rondeur de son trait, à mi-chemin entre Tofépi et Sardon. Et à son talent d'observateur, plus proche de Jean Teulé que de Pierre Bonte.

dutertre

Malheureusement, L'Hotel des touristes ne semble réservé qu'aux habitués. Il faut passer la moitié de l'ouvrage pour comprendre l'illustration qui a été choisie pour la couverture, et il est difficile de deviner qu'il ne s'agit pas d'un livre pour enfants mais d'une vraie galerie de portraits d'une époque révolue : celle des bedeaux et des bavettes.  Je ne sais pas s'ils sont tous authentiques, mais j'ai eu envie d'y croire et de passer un peu de temps en leur compagnie. Où Charles Dutertre range t-il ses propres livres en magasin ? En fait-il une promotion éhontée ou rase t-il les murs à chaque parution ? Leslie Plée les aurait-elle conseillé ? Moi vivant, vous m'aurez toujours comme fan.

Posté par philippe dumez à 21:14 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Ce qui me Plée

    Ah c'est bien alors Nekomura-San? Ca m'attire mais je ne me suis pas encore lancée...

    Posté par Anne, 08 avril 2009 à 07:50 | | Répondre
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