27 mars 2009

Les yeux dans mes yeux

Des auteurs comme lui, il en sort un tous les 20 ans. Le dernier s'appelait Blutch, et il lui a emprunté son sens inné du mouvement ainsi que son utilisation presque fauviste de la couleur. Mais le plus étonnant, c'est surtout la rapidité avec laquelle il grille les étapes. Après deux albums relativement classiques, il a enchaîné en quelques mois d'intervalle un huit-clos en bassin tempéré pratiquement muet (Le goût du clore), un album entièrement réalisé au crayon de couleur en forme d'hommage à la Nouvelle Vague (La boucherie), et maintenant maintenant une chronique sentimentale entièrement réalisée en caméra subjective (Dans mes yeux).

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Dire que Bastien Vivès est le fleuron de KSTR est une litote. Pourtant, c'est au sein de cette collection hétéroclite que son talent a éclos. Et qu'il brille aujourd'hui de mille feux : même s'il fait irrésistiblement penser à La femme défendue de Philippe Harel (le film qui vous donne l'impression d'avoir fait l'amour Isabelle Carré), Dans mes yeux ressemble à la synthèse de ses expériences précédentes. Aux couleurs traitées par ordinateur, il a préféré le taille-crayon. Au narratif, il a préféré l'impressionnisme, choisissant des saynètes d'une banalité apparente (sortir du métro, se déshabiller avant de s'assoir au cinéma, manger sur le pouce...) mais qu'il reconstitue avec un réalisme saisissant. Cadrage choisi, montage serré : c'est presque du court-métrage sur papier. 

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A la vitesse où va Bastien Vivès, j'ai presque peur qu'il épuise vite les possibilités de la bande dessinée pour se tourner vers d'autres formes d'art, peut-être plus abstraites. Je n'ai pas envie qu'il se mette à faire des livres comme les derniers Blutch parus chez Futuropolis, où le plaisir de dessiner l'emporte sur celui de raconter. Je souhaite qu'il parvienne à garder cet équilibre entre le besoin de se remettre en question et la politesse de donner la main à ses lecteurs. Même à ceux qui ont 14 ans de plus que lui et qui, grâce à lui, ont à nouveau l'impression d'être sorti avec Isabelle Carré. Ou plutôt sa soeur, en rousse.

Posté par philippe dumez à 09:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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