21 mars 2009

Je te survivrai

Si mon appétit de mangas n'est toujours pas rassasié, je dois avouer que, depuis Ushujima et Undercurrent, je n'ai pas fait de découvertes majeures. J'ai cru un moment que j'étais mûr pour les histoires  de sabres, mais j'ai laissé tomber aussi bien Habitant de l'infini que Lone Wolf & Cub. Si je me suis lassé des escales sans fin du Galaxy Express 999, je me suis par contre laissé séduire par la naïveté de Nekomura-San, presque par défaut. Mais, en six mois, ce n'était pas lourd. J'ai eu peur d'avoir fait le tour de ce qui m'intéresse dans ce genre de littérature. Survivant restait une des dernières options possibles. David Libens m'avait donné envie de le lire, mais j'avais tellement été impressionné par L'Ecole emportée et Dragonhead que je mettais en doute la capacité d'un nouveau récit-catastrophe à me captiver tout autant.  Et pourtant, c'était sous-estimer cet hybride entre Lost, Mc Gyver et Le jour d'après et qui est paradoxalement paru entre 1976 et 1978, à l'époque où aucun des trois n'existait, mais où le cinéma était particulièrement riche en visions apocalyptiques  (La planète des singes, Le dernier survivant, Soleil Vert, L'âge de cristal...).

survivant

Si le titre résume en un seul mot l'histoire, c'est encore une fois le traitement qui fait la différence. Dessin en noir et blanc surchargé, à la limite de la nausée, riche en gros plans de visages tordus par la souffrance. Réalisme des situations, n'évacuant aucun tourment du quotidien du jeune Satoru (Est-il aussi facile de faire du feu sans allumettes ? La volaille crue, est-ce que c'est bon ?  Et comment s'essuie t-on le derrière en pleine nature ?). Et le plus incroyable, c'est certainement l'aspect pseudo-pédagogique de l'ouvrage, qui regorge d'anecdotes renvoyant immédiatement aux "Le saviez-vous ?" d'antan : "Zaga-Ki, œuvre rédigée il y a de cela deux cents ans, relate avec précision l'histoire de marins japonais dont le navire échoua sur une île déserte", "L'hypholome pousse en toutes les saisons sur les souches ou les troncs morts des conifères", "D'après les témoignages d'aventuriers ayant vécu dans la jungle, l'aiguille est un outil indispensable à la survie humaine", "Les esquimaux au pôle nord sont capables de déféquer en quelques secondes seulement"... Le ton est toujours très premier degré, ce qui ne fait que renforcer l'involontaire effet comique.

Pour le moment, je n'en suis qu'au tome 2. J'en ai encore pour des semaines de d'illusions et d'espoirs, de lieux communs ("C'est par l'échec qu'il allait apprendre") et de conseils pratiques. Et je ne demande que ça : croire à des histoires invraisemblables portées par un souffle épique qui emporte toutes leurs maladresses. Je crois bien que Survivant m'a réconcilié avec le manga. Au moins pour 10 tomes.

Posté par philippe dumez à 11:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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