17 mars 2009

Les innocents

Il n'y avait qu'une voix exceptionnelle qui pouvait me tirer de cette diète verbale à laquelle je m'astreignais depuis quelques semaines. Sans doute la redécouverte de E Luxo So de Labradford a t-elle éveillé en moi le goût des ambiances cinématographiques et des climats atmosphériques. Guidé par Motel de Moka, j'actualisais jour après jour mes connaissances en la matière : Aaron Martin, James Blackshaw, Fursaxa, Paavoharju, The Sight Below, Sven Kacinek, Barzin, Arc Lab... De toute façon, vu l'attention que je porte aux textes en général, je pouvais bien m'en passer un moment. Juste celui de reprendre ma respiration. Et d'apprécier la musique au sens premier du terme : [n.f.] Art de combiner les sons d'une manière agréable à l'oreille. Certains disques que j'écoutais ne se résumaient d'ailleurs qu'à ça : un assemblage hétéroclite de sonorités. Certaines puisaient aux racines du folk, d'autres étaient tournées vers le futur. Mais je prenais un plaisir égal à me laisser dépasser par cet afflux multidirectionnel.

inno

Et puis une voix s'est imposée. Elle n'était pas nouvelle, mais j'avais passé un bon moment sans l'entendre. Je ne l'avais pas oubliée pour autant : elle est de celles qui laissent en vous une empreinte indélébile. C'est encore sur Motel de Moka que je suis retombée sur elle, presque par hasard, via un morceau que je ne connaissais pas  : "One for Sorrow, Two for Joy", tiré d'un album paru en 2003. Le charme est aussi immédiat que sur celui paru il y a deux ans et par lequel j'ai fait la connaissance de The Innocence Mission : We Walked in Song. Rarement groupe aura aussi bien porté son nom tant le timbre de voix de Karen Peris évoque immédiatement la candeur. Et même si, derrière elle, se tapit le fantôme de Harriet Wheeler des Sundays, Karen n'est pas de nature à se laisser impressionner. Parfois, les chansons ne semblent même que servir d'écrin à cette voix dont les inflexions systématiques pourraient être fatigantes si sa naïveté n'était pas aussi désarmante. The Innocence Mission, par moments, c'est un peu comme si Claudine Longet avait pris des cours de chant. Et c'est peut-être ce dont j'avais besoin pendant mon régime : d'un miracle. J'ai retrouvé la foi en la voix. Et je retiens mon souffle chaque fois qu'elle s'éteint. Je suis prêt à toutes les offrandes pour que Karen ne me laisse pas planté là.  Quitte à sacrifier quelques disques de The Mission au passage...

Photo : Man Bellefontaine

Posté par philippe dumez à 23:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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