11 mars 2009

Chicou de coeur

Aussi bien séduit par l'ambition du projet qu'un peu découragé par son prix public prohibitif (35 euros), je dois avouer que j'ai attendu d'intercepter un service de presse avant d'y adhérer. Et je n'ai pas eu à attendre longtemps : sans doute le nombre de pages à lire (442) autant que le côté anecdotique du concept (encore un blog édité sur papier) ont-ils eu raison de la curiosité d'un journaliste qui a certainement trouvé plus de réconfort dans la lecture du dernier Gibrat. Pourtant, Chicou-Chicou mérite bien mieux que ces considérations hâtives. Car il s'agit d'une véritable expérience : celle qu'ont tenté 4 auteurs de bande dessinée dont les styles sont suffisamment proches pour le récit ne perde pas en cohérence. Le récit ? Mais quel récit ? Celui qui s'improvise au fur et à mesure des pages, chaque participant ayant la possibilité aussi bien de faire évoluer son personnage que de s'approprier ceux des autres. Chicou-Chicou tient autant de Donjons & Dragons que de Germain et nous, et c'est certainement ça qui me plaît.

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Parce que je cherche à passer moins de temps sur internet (peut-être pour mieux profiter des blogs que je continue à visiter, ou plus simplement pour être moins fatigué le lendemain matin), je n'ai pas suivi la publication en ligne de Chicou-Chicou. J'ai donc tout avalé d'un coup, sans qu'une lassitude s'en ressente. Au contraire, c'est en évoluant que l'entreprise gagne en densité. Car passés les épisodes les plus délirants (les héros se réveillent transformés en animaux, puis voyagent à l'intérieur du corps humain, puis se retrouvent encerclés par des zombies...), Chicou-Chicou se recentre autour de deux protagonistes : Claude et Ella, deux filles mal dans leur peau. Il y a celle qui gagne sa vie comme pionne, joue du banjo après avoir passé l'aspirateur et se laisse aller. Et celle qui est trop intelligente et qui s'ennuie. Parce que la première déprime, la seconde va la suivre lors d'un voyage en voiture à travers l'Europe. C'est certainement la partie le plus attachante de Chicou-Chicou : quand, après d'être bien amusés, les auteurs (du moins : ceux qui restent, certains semblant avoir capitulé en cours de route) s'autorisent un peu de profondeur.

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Chicou-Chicou est un livre à part à plus d'un titre : non seulement en raison de ses 4cm d'épaisseur (le record à battre restant les 5cm du Caravan de Joann Sfar), mais aussi parce qu'il propose une forme d'écriture collective qui fait aujourd'hui autorité dans le domaine des séries télévisées. Jusqu'à présent, seuls Dupuy et Berberian avaient pris le risque de fondre leurs talents pour devenir une entité. Chicou-Chicou va encore plus loin puisque l'ouvrage, comme le blog, n'est pas signé et que chaque collaborateur masqué a la liberté de d'y investir comme de s'en dégager. Tout est possible : que le série continue encore pendant 20 ans  comme qu'elle s'arrête demain. Si je ne suis globalement pas convaincu par la vague des BD blogs , je suis par contre séduit par tout ce que Chicou-Chicou remet en question : que la bande dessinée puisse un jour se passer de support ? Que l'anonymat, après l'autobiographie, soit la meilleure façon de se raconter ? Qu'expérimental puisse aussi rimer avec ludique et accessible ? Que les services de presse servent à autre chose qu'à boucler les fins de mois des journalistes ?

Posté par philippe dumez à 10:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Chicou de coeur

    L'anonymat (ou l'identité floue) comme tendance, tiens oui, il y a au moins trois exemples - Frantico, BD Cul et Chicou Chicou (le top effectivement).

    Posté par Big, 13 mars 2009 à 09:31 | | Répondre
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