03 mars 2009

Le coup du Lapin

Après avoir clamé à qui voulait l'entendre que je n'étais pas un numéro mais un homme libre, j'ai fini par recevoir le 201. Le plus surprenant était que j'avais payé pour ça : j'avais même reçu en témoignage  un diplôme signé et sérigraphié attestant de ma qualité de membre. Je ne sais pas ce qui me plaisait le plus dans le fait d'adhérer à l'Association : le sentiment d'appartenir à une société invisible, à l'image de celle qui se dissimule sous une cagoule violette dans Les cigares du Pharaon ? Recevoir des images-chocolat hors-commerce dans ma boîte aux lettres ? Ou simplement l'envie de soutenir la politique d'une maison d'édition ambitieuse et exigeante ? Certainement un peu de tout ça. Lapin rendait régulièrement compte de cette aventure graphique aux marges de la bande dessinée connue. La revue revendiquait sa différence aussi bien dans le fond que dans la forme : l'élégance du dos-carré-collé tranchait avec la reliure agrafée des fanzines et des magazines. Ce rendez-vous ne ressemblait jamais une routine : de numéro en numéro, de nouveaux auteurs apparaissaient en même temps que la formule évoluait. Et puis l'exception est presque devenue la norme : la concurrence, aussi bien indépendante (Ego Comme X, Bile Noire, Patate Douce...) qu'institutionnelle (Tohu-Bohu), envahissait le terrain de la revue. Je ne sais pas si c'est parce qu'il y en a eu trop que j'ai perdu le pied : mais j'ai préféré suivre les auteurs qui s'émancipaient au sein de la collection Poisson-Pilote (Dargaud) ou Aire Libre (Dupuis) plutôt que de rester fidèle à Lapin.

Lapin

Pourtant, j'étais impatient de lire le numéro 37, parce qu'il renoue avec l'esprit des 25 premiers. Retour à une pagination dense (228 pages) et au noir et blanc de rigueur. Le collège d'auteurs a été entièrement renouvellé : à l'exception de Jean-Christophe Menu qui signe l'édito, aucun des fondateurs de l'Association n'est présent. Signe qu'ils ont passé le flambeau à une nouvelle génération émancipée de ses modèles, et parfois assez critique vis-à-vis du milieu (Baladi parle même des "bobos de la bande dessinée indépendante"). Si je connaissais déjà la moitié d'entre eux, ce sont des inconnus qui m'ont surpris, comme le Rémois Matthias Picard ou Benjamin Chaumaz, dont l'univers absurde se situe pile à la croisée de Chris Ware et de Pierre Clément. Je me suis réconcilié avec Lisa Mandel, qui n'avait cessé de me décevoir en 2008. Et je n'ai pas reconnu Daniel Blancou, dont je venais pourtant de terminer le dernier album paru chez Sarbacane. Même si je demeure toujours aussi hermétique à certains types de graphismes, Lapin m'a agréablement bousculé. J'y ai retrouvé ce goût de l'inédit que j'avais découvert en 1993, en achetant le numéro 3 à Angoulême, et que j'avais un peu perdu depuis. Manque de curiosité de ma part ? Fatigue devant la multiplication des récits autobiographiques ? Lapin reprend, et c'est l'appétit qui repart.   

Posté par philippe dumez à 23:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Le coup du Lapin

    Patate Crue : c'est plutôt Patate douce, qui vient de sortir un excellent numéro 9.
    Ce numéro de Lapin est en effet très bien, un grand courant d'air frais qui fait du bien. A noter aussi : Le Nouveau Journal de Judith et Marinette qui continue de plus belle en ce moment.
    Bref, les revues créatives ne sont pas mortes, c'est une bonne nouvelle !

    Posté par Big Ben, 04 mars 2009 à 20:04 | | Répondre
Nouveau commentaire