23 février 2009

Un ami informé en vaut deux

De mémoire de cinéphile, c'est la première fois que je vois une adaptation si fidèle que j'ai l'impression que les cases de la bande dessinée prennent vie devant moi. Pourtant, le pari était loin d'être gagné d'avance : transposer au cinéma un manga dont l'intrigue court sur 22 tomes (et même 24, si on compte la séquelle parue l'an dernier). J'avais été déçu par le dessin animé tiré de Monster, l'autre roman-fleuve de Naoki Urasawa : rythme trop lent, corps trop raides. C'était un peu la même chose que les bouquins, sauf que le spectateur avait perdu la liberté de combler l'espace entre les cases. Une lacune dont 20th Century Boys s'est affranchie : peut-être parce que ce que c'est un "vrai" film, avec des acteurs en chair et en os, et que la plupart ressemblent tellement à la façon dont Urasawa les a imaginés que c'est à se demander si ce n'est pas la version dessinée qui est postérieure au long-métrage.

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Le midi même, je déjeunais avec un camarade journaliste qui me mettait en garde : il n'était pas arrivé au bout du DVD de presse qu'il avait reçu. Le soir venu, un départ de feu à la station Marcadet-Poissoniers retarde ma progression vers la seule salle parisienne qui, un mois après la sortie de 20th Century Boys, le projette encore. Et le film a déjà commencé quand j'achète mon billet. Pourtant, je suis immédiatement transporté dans le convini de Kenji, prêt à assister à l'inéluctable enchaînement des évènements : enquête sur la disparition d'un prof de la fac, réunion des anciens, enterrement de Donkey, réapparition d'un logo oublié... Le summum de la reconstitution est certainement atteint lors des nombreux flash-backs où les enfants semblent encore plus vivants que ceux du manga (mention spéciale à Yanbo et Maabo, les jumeaux infernaux). Le réalisateur a pris le pari de restituer l'intégralité du récit sous la forme de trois films, et le premier s'arrête au milieu du tome 8, aux premières images de Kanna adolescente.

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Mais le plus étonnant, c'est l'anonymat qui entoure cette sortie. Car soyons sérieux :  20th Century Boys est quand même, dans le genre anticipation alarmiste, le meilleur rival de Heroes. Même destins liés, même combat contre la menace d'une apocalypse, même dépassement de soi (à cette nuance près : les personnages de Urasawa, s'ils doivent accomplir l'impossible, ne disposent d'aucun super-pouvoir). Jusqu'ici limitée au cercle des amateurs de mangas, la saga prend une nouvelle ampleur en débarquant en salles. Mais pourquoi, après une avant-première en grande pompe au mois d'août dernier, est-elle aussi injustement sous médiatisée ? Pourquoi, avec la force de tous les éléments visuels qui l'entourent, n'a t-elle pas bénéficié d'un marketing viral aussi inventif que celui de Lost ? Et pourquoi y a t-il eu un départ de feu à la station Marcadet-Poissoniers une demi-heure avant le début de la séance ? J'ai l'impression qu'il y a encore du Ami en dessous. Et que je suis en train de sombrer à nouveau dans Urasawa, alors qu'après avoir acheté 41 volumes signés de sa main en 2008, je pensai m'être acquitté de toute dette envers lui. Je ne sais pas jusqu'en quelle année 20th Century Boys m'emportera. Mais quelque chose me dit que c'est loin d'être fini.

Posté par philippe dumez à 00:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Un ami informé en vaut deux

    Animation Béton?

    Il y a une adaptation (dessin animé) de Amer Béton qui passe en ce moment sur canal +. Je ne sais pas si c'est bon mais l'info devrait t'intéresser.

    Posté par Tuco, 23 février 2009 à 06:15 | | Répondre
  • C'est très bien "Amer Beton". Graphiquement splendide. A mi-chemin entre "Akira" et "Paprika".

    Posté par Globo, 23 février 2009 à 09:45 | | Répondre
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