17 février 2009

Pigeonné

Etat fiévreux, troubles nerveux, propos incohérents : ce sont des symptômes que je connais par coeur. Il y a quelques mois, Chad Vangaalen était responsable d'une subite poussée de fièvre. Elle n'avait pas duré très longtemps (la déception d'un concert en demi-teinte, après une session sans pile pourtant prometteuse, avait suffit à la faire passer), mais elle m'avait fait du bien. Quand mon corps sera devenu totalement insensible au virus de la nouveauté, ma vie sera bien triste et j'arrêterai d'écrire sur la musique. Mais ce n'est pas encore le cas, puisqu'en trois jours, je suis devenu fan carabiné d'un groupe au sujet duquel j'ignorai absolument tout, à commencer par son existence, et ce malgré une alerte de santé publique.

wood

J'ai écouté des titres sur leur Myspace l'après-midi, acheté l'album sur eMusic le soir-même et constaté les premiers effets secondaires dès le lendemain. Plus la date du concert approchait, plus mon état empirait.  Le jour-même, à deux doigts de l'overdose, je pratiquais même l'abstinence. Et pourtant c'était vrai : le meilleur groupe du monde allait jouer à 15 minutes de chez moi. Je ne me serai certainement jamais intéressé à eux sans l'imminence de leur passage parisien en ouverture de la délicieuse Essie Jain à Point Ephémère. Et voilà : trois jours plus tard, je me déplace plus pour Woodpigeon que pour la petite fée blonde. Philippe Dumez, que d'infidélités commises au nom de ta fébrilité !

Évidemment, après m'être bien monté le bourrichon, leur prestation n'est pas à la hauteur de mon attente. Non que le groupe ait lésiné sur les moyens que ses chansons exigent (6 musiciens dont un alto et un violoncelle, du glockenspiel, des choeurs à l'unisson...) : mais Woodpigeon donne l'impression de flotter dans un répertoire trop grand pour lui. Les meilleurs titres de Treasury Library Canada ("The Hamilton Academicals" ou "Now You Like Me How ?") sont écartés au profit de titres mineurs... et d'une reprise de Abba. L'envie de rééditer le miracle de Illinois de Sufjan Stevens est présente, mais pas encore la grâce. C'est juste une bonne première partie alors que j'aurai voulu que ce soit exceptionnel. Mais ce n'est pas grave. D'ici quelques jours, j'aurai déjà oublié Woodpigeon, et je me serai entiché d'une nouvelle coqueluche (misons sur The Sarcastic Dharma Society, puisque ça me démange déjà). Tout cela est fort prévisible, mais comme l'écrit si bien Nicolas Bouvier dans L'usage du monde, "je suis bien aisé de ne pouvoir m'en passer".

Photo : Chromewaves.

Posté par philippe dumez à 21:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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