22 janvier 2009

Cinéphile à domicile

Je regarde des films n'importe comment. Je ne respecte aucune sorte de logique, de chronologie ou de thématique. C'est souvent le dernier enregistré qui passe en premier, au grand dam de ceux qui s'entassent depuis des semaines à côté du magnétoscope. Ce qui ne les empêche pas de briser régulièrement la loi de l'arbitraire à laquelle je les soumets et de tisser des liens entre eux, même si je suis parfois le seul à les voir.

babel

J'ai eu l'occasion de voir Babel juste après avoir terminé la saison 3 de Heroes, et j'ai trouvé dans le film d'Inarritu toutes les réponses après lesquelles Tim Kring court en vain : comment raconter plusieurs intrigues sans dévoiler dès le départ le rapport qui existe entre elles ? Comment faire en sorte que des situations très différentes (un couple américain en voyage organisé au Maroc, des enfants invités à un mariage au Mexique, une adolescente livrée à elle-même dans les rues de Tokyo...) finissent par se ressembler ? Dans le genre, Babel, comme Les Amours Chiennes quelques années auparavant, est imparable. Si Tim Kring compte de relever de ce naufrage qu'est la saison 3 de Heroes, il n'a qu'une alternative : appeler à la rescousse Guillermo Ariaga, le scénariste de Inarritu. Et rendre aux personnages de la série un peu de leur épaisseur perdue tout en les faisant converger vers un inévitable ultimatum. Parce que le futur, avec un Peter balafré et une Claire énervée de la gâchette, semble réserver de belles promesses.

l_anglais

Une semaine plus tard, j'ai enchaîné Crossing Guard et L'Anglais. Un Sean Penn de 1995 et un Soderbergh de 1999, tous les deux portés par un premier rôle en or rongé par un désir inassouvi : buter le salaud qui est responsable de la disparition de leur fille. Dans le premier, Nicholson a attendu que David Morse ait fini de purger sa peine pour le choper alors que dans le second, Terrence Stamp était lui-même derrière les barreaux lors de l'accident fatal. Ivres de douleur, ils vont retarder l'exécution pour faire durer le plaisir. Et s'acharner sur celui qui devient à son tour victime, même si les deux affaires sont très différentes (le premier a été condamné alors que le second a maquillé les circonstances pour ne pas se retrouver impliqué). Pourtant, au terme d'une traque sans pitié, aussi bien Penn que Soderbergh empruntent une autre voie que celle qui semblait inéluctable.

Parfois, je rêve que mes cassettes parlent entre elles et s'influençent. Qu'à force de traîner ensemble, elles finissent par redevenir meilleures. Parfois, elles semblent aussi s'être donné le mot pour m'exaspérer : il y a celles qui traînent au rembobinage, celles qui ont enregistré la VF au lieu de la VOST et celles qui me font le coup de l'agonie pour que je les éjecte. Mais je reste fidèle aux VHS. Parce qu'elles effaçent sans scrupule les films de leur mémoire pour le plaisir de se les retaper comme au premier jour. Un peu comme moi.

Posté par philippe dumez à 09:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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