17 janvier 2009

Mon Bagge préféré

Avant d'entamer le cycle des Buddy Bradley, qui aura mis plus de 10 ans à être intégralement adapté en français, je me demandais dans quelle mesure cette référence de la bande dessinée indépendante américaine n'avait pas pris un méchant coup de vieux. Est-ce que j'avais vraiment envie de réecouter mes vieilles cassettes de Tad et Mudhoney ? Heureusement, l'oeuvre de Peter Bagge est bien plus qu'un document sur les années grunge : c'est surtout une invraisemblable comédie à tiroirs, bardée de seconds rôles délirants  :  le co-locataire parano, le voisin toxico, la bonne copine nympho ("Elle est convaincue que si elle raconte toute la vérité à un psy, il la fera interner"), le meilleur ami mytho... Parue sur 8 années sous la forme de 30 épisodes, c'est vraiment dans la longueur que la série trouve un second souffle. Car contrairement aux personnages de Margerin, dont il pourrait être une sorte de cousin d'Amérique, les personnages de Peter Bagge évoluent, aussi bien graphiquement (le style se densifie avant de s'épurer) que géographiquement (de Seattle, où Buddy partage un appartement, au New Jersey, chez ses parents). Est-ce qu'ils changent aussi un peu dans leur tête ? Certainement, même si c'est presque contre leur volonté.

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Je suis étonné que Peter Bagge n'ait jamais été sollicité par la télévision tant le mordant de son écriture fait immédiatement penser à Seinfeld : il y a du Larry David chez ce new-yorkais auquel Robert Crumb a mis le pied à l'étrier en le publiant dans sa revue Weirdo dès le début des années 80. Même sens du quiproquo, même mauvaise foi phénoménale, même début de misanthropie. Impossible que Grégory Thomas Garcia, le créateur de My name is Earl, ne s'en soit pas inspiré. Je vois souvent Earl Hickey comme ce qu'aurait pu devenir Buddy dix ans après la parution du dernier fascicule de la série : sa liaison avec Lisa n'a pas tenu, et il vit désormais dans un motel avec son boulet de frère. Quand les sites de ventes aux enchères lui ont piqué toute sa clientère, il a dû vendre sa boutique de collectibles et vit désormais à la petite semaine. Buddy se serait-il pour autant coupé la mêche et laissé pousser la moustache ? Aurait-il eu le courage de s'amender pour toutes les conneries qu'il a pu faire ? Serait-il allé à la police pour leur raconter la vérité au sujet de la disparition de Stinky ?

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Je me suis réellement plongé dans Buddy Bradley en 2008 et je l'ai dévoré. Le dessin n'a rien perdu de sa singularité, et l'humour est aussi dévastateur. Hormis les quelques références musicales qui permettent de dater le récit, le propos est toujours aussi universel : comment prôner l'indépendance tout en restant assisté ? Comment vivre au milieu d'hystériques sans le devenir ? Et surtout : comment s'éprendre d'un garçon doté d'un aussi mauvais caractère ? A toutes ces questions, l'oeuvre de Peter Bagge apporte des débuts de réponse.  Et des dizaines d'autres prétextes de s'y replonger, pour le plaisir de revivre un des épisodes clés. L'achat du Monster Truck ? L'ex de Bab ?  L'énigme Georges Cécil Hamilton ? Entre Buddy et moi, c'est loin d'être fini. 

Posté par philippe dumez à 09:33 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Mon Bagge préféré

    Rectif

    Mais non Lucien vieilli aussi : il a 50 berges,la banane grisonnante, il a pris du bide et il aurait même 2 gamins dans le dernier album!

    Posté par Tuco, 19 janvier 2009 à 09:14 | | Répondre
  • il faudrait que je retrouve ces archives mais est-ce que ça n'est pas paru dans l'Autre Journal début des années 90 ??

    Posté par seb, 20 janvier 2009 à 23:36 | | Répondre
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