29 décembre 2008

Comment j'ai raté mon repas de Noël

Pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir préparé. Je n'avais plus qu'à faire un choix entre le pilaf de crevettes et les cheveux d'ange aux noix de St Jacques, et c'était fait. Mais j'étais certainement trop sûr de moi. Thee, Stranded Horse était lancé dans un solo de kora pendant que nous coupions les cheveux froids, et le tableau ne ressemblait définitivement pas à un déjeuner de Noël. Histoire de plomber l'ambiance, j'ai proposé qu'on regarde L'Aveu le soir venu. Un Costa-Gavras pour un soir de Noël ? Je n'ai peur de rien. Comme par exemple que Moutarde s'endorme au bout d'une demi-heure, et que je me retrouve seul face à Astérix et les Vikings.

aveu

Dans mon inconscient subjectif, Yves Montand est immédiatement associé à Costa-Gavras. Certainement parce que j'ai été marqué très jeune par Z et L'aveu, ces deux films d'ultraviolence psychologique vers lesquels je ne cesse pourtant de revenir. Difficile d'imaginer aujourd'hui qu'ils passaient pendant les années 80 en première partie de soirée à la télévision tant ils sont longs et durs. Avec le recul, je suis étonné que mes parents m'aient laissé voir des long-métrages aussi traumatisants. Car, pour moi, Z et l'aveu sont aussi impressionnants qu'Orange mécanique, même si tout oppose ces deux visions du cinéma : quand les bourreaux de Malcolm McDowell veulent l'empêcher de fermer les yeux, ceux de Montand le maintiennent dans l'obscurité au moyen de grosses lunettes opaques. Là où la mise en scène de Kubrick donne dans le spectaculaire, celle de Gavras mise sur l'économie.

Plus je vois L'aveu, et moins je me sens seul. Car nombreux sont ceux qui sont venus d'y ressourcer avant d'entamer leur charge contre la dictature. Impossible par exemple que Alex Projas ne s'en soit pas souvenu avant de mettre en chantier Dark City, aussi bien visuellement (les années 50 comme repère vestimentaire et automobile) que narrativement (réecrire continuellement le cours de l'histoire). Impossible également d'évoquer Dark City sans parler de Matrix, même si cette fois-ci la ligne graphique est beaucoup plus futuriste : mais le fond (appartenir à la matrice, être renié par elle) reste le même. Sans parler de cette maison aux fenêtres condamnées dans laquelle sont conduits les interrogatoires et qui est le théatre d'une des plus belles poursuites du premier film de la trilogie des frères Wachowski. Mais le tribut le plus récent à L'aveu est très certainement Valse avec Bachir, qui se termine exactement sur le même parti-pris visuel (introduction d'images d'actualité dans un film fictionnel).

Je n'ai pas tout de suite enchaîné sur Z ou Etat de siège. Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu envie d'un peu de légereté. Alors j'ai hésité entre My Name is Toth et Munich. Et puis finalement, j'ai regardé la première heure (en clair) de l'année du zapping. Parce que la réalité fait encore plus peur que la fiction, j'ai enchaîné sur le saison 3 de Heroes. Où il est question d'incarcération, de manipulation et d'épuration. Chaque fois que je regarde L'aveu, je vois du Gavras partout les jours qui suivent. Alors je n'allume plus la télévision. Il ne manquerait plus que je tombe sur le clip de Justice pour aggraver ma Gavramania. 

Posté par philippe dumez à 17:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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