28 décembre 2008

D'humeur boudine

Mis à part Poisson Pilote et Shampooing, je ne prête pas beaucoup d'attention à l'actualité des 44 pages-couleurs. Et je rate certainement l'éclosion de talents qui ne sont pas passés par la case "indé", comme c'est le cas pour Krassinsky. Lui, je l'ai repéré un peu par hasard l'an dernier, dans un Pilote hors-série consacré à mai 68. Ce n'était pas loin d'être la meilleure bande du lot : il faisait débarquer le cadavre réanimé de Claude François en plein milieu d'une soirée karaoké. Dessin mordant, humour irrévérencieux : je m'étais promis d'en savoir plus sur lui. Et puis j'ai oublié. Jusqu'à la sortie du tome 3 des Coeurs boudinés, série à côté de laquelle je suis complètement passé, et pour cause : album grand format paru chez Dargaud, couverture peu avenante, accroche passe-partout ("histoire douce-amère gorgée de pulpe et vitamines"). Je pense que je ne me serai pas souvenu de Claude François bouffé par les vers dans son costume de scène, je n'aurai jamais mis le nez dedans. Comme quoi, les chemins qui mènent vers la connaissance passent parfois par un cimetière. Et une salle de bains.

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J'ai lu Les Coeurs boudinés à l'envers, sans que celà soit très gênant puisqu'il s'agit d'une série de nouvelles consacrées aux infortunes de filles rondes. C'est d'une citation tirée d'une anthologie de la poésie française qu'elle tire son nom : "Dans les corsets étriqués battent les coeurs boudinés". Revu par les lois du marketing, ça devient : "cinq histoires sucrées-salées de femmes à croquer". Évidemment, l'originalité en prend un coup... Si le ton est moins iconoclaste que celui auquel je m'attendais, les portraits sortent de l'ordinaire : une islandaise coiffée comme la princesse Leia, une prétresse gothique derrière le comptoir d'un Starbucks... Plus la série évolue, et plus ils gagnent en densité : le tome 3 n'est même consacré qu'à une fille-mère qui s'amourache d'un lion rencontrée dans une soirée masquée, sans savoir si elle a vraiment envie de découvrir qui se cache sous sa crinière. D'ailleurs, c'est un autre félidé qui sert de narrateur : pas celui de Denfert-Rochereau, mais celui de Trafalgar Square. Une idée un peu farfelue comme Sébastien Krassinsky n'en manque pas.

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A l'heure qu'il est, je n'ai pas encore lu Le singe qui aimait les fleurs, l'album que l'auteur a fait paraître chez Poisson Pilote, ni aucun des titres qu'il a publié chez Carabas (dont AK, roman-photo à partir de peluches confectionnées par l'auteur). Mais ce que j'entrevois dans Les coeurs boudinés me laisse à penser que Krassinsky est en train de s'affirmer. Et que s'il n'hésite pas à faire parler les statues ou à exhumer les idôles, il peut certainement aller encore plus loin dans la dinguerie. En attendant, je prends les paris sur lui. Et sur le fait que son talent boudiné va bientôt exploser.

Posté par philippe dumez à 01:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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