18 décembre 2008

Il était une fois dans le West

L'an dernier, à la même époque, je m'étais déjà fait avoir. Contre toute attente, j'avais acheté un disque qui n'avait rigoureusement rien à voir avec ce que j'écoute habituellement. Et je m'étais surpris à le remettre assez souvent, y trouvant des échos familiers comme celui de Third Eye Foundation, dix ans après la parution de You Guys Kill Me. Le disque en question s'appelait Untrue, et l'interprète Burial. Je ne me suis pas aventuré très loin dans le dub step, mais j'en ai passé le seuil avec curiosité. Cette infidélité au folk neurasthénique n'avait pas duré longtemps, mais elle m'avait au moins prouvé une chose : que j'étais encore capable de m'ouvrir à autre chose.

kanye

A l'époque d'Untrue, Deezer n'existait pas encore et j'avais franchi le pas à l'aveuglette, intrigué par le bouche-à-oreille. Mais l'écoute répétée de 808's and Heartbreak ne m'a pas suffit :  je suis devenu tellement accro qu'il a fallu que je l'achète et qu'il me soit livré au plus vite, promesse à laquelle les amazones font honneur. Et même si ci ce disque n'a encore une fois rien à voir avec les productions dont je défends les couleurs sur ce blog, il me parle avec une proximité que ne possédaient ni College Dropout, ni Late Registration. Certainement parce que, sous l'emballage d'obédience Savilienne (le coup du nuancier Pantone sur la tranche, familier depuis Power, Corruption & Lies), j'y reconnais des références pas si inconnues : la ligne minimaliste de Laurie Anderson, la voix trafiquée de Camille, le masque sous lequel Prince a signé certaines de ses meilleures chansons ("If I Was Your Girlfriend", pour ne citer qu'elle), un thème proche du "Forbidden Colors" de David Sylvian, et même un vieux refrain tiré du premier album de Tears for Fears. Ce qui me plaît surtout, c'est le côté monochrome du disque . Gris, comme la pochette. Tout n'est pas la hauteur des sommets que constituent "Say You Will", "Welcome to Heartbreak" ou "Bad News". Mais ne serait-ce que pour ces titres, le dernier Kayne West m'interpelle. 

Ensuite, l'expérience me sert de leçon. Je sais que les emballements précipités ne passent parfois pas l'hiver. Je me suis assez vite dégagé de Untrue, et c'est peut-être le même sort qui attend 808's and Heartbreak. Mais j'aime bien l'idée que chaque fin d'année soit marquée par un outsider. Celui de l'an dernier ne voulait pas montrer son visage. Celui de cette année, en Prince de Galles, cache ses yeux derrière des lunettes fumées. Je les remercie d'avoir pris la peine de me bousculer, même si la relève pointe déjà son nez. Un folkeux bien barbu qui me renverra à mon conformisme. Fredo Viola ? Welcome Wagon ? John Southworth ? Dan Goldman ? Je le déteste déjà. Et je l'attends de pied ferme.   

Posté par philippe dumez à 09:36 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Il était une fois dans le West

    J'ai moi aussi été séduit par la froideur de cet album de Kanye West...

    Sinon Rhonda Harris a sorti un nouvel album cette année et personne ne nous a rien dit ??

    Posté par des choses, 19 décembre 2008 à 00:03 | | Répondre
  • Me too

    Je n'ai pas écouté le disque mais j'écoute en boucle le single Say you will dont l'arrangement électronique, répétitif et épuré est quasi kraftwerkien. Je vais me précipiter sur l'album

    Posté par Kid Charlemagne, 19 décembre 2008 à 09:08 | | Répondre
  • Ben, tout pareil. Cette voix emprisonnée dans l'auto-tune fait un drôle d'effet.

    Posté par rom, 22 décembre 2008 à 00:42 | | Répondre
Nouveau commentaire