12 novembre 2008

Je vieillis mal

C'est plus fort que moi. Chaque fois que j'ai l'occasion de lire un magazine spécialisé, il faut toujours qu'il y ait un petit truc qui m'irrite. Ce n'est pas grand chose à chaque fois, mais c'est un peu comme la petite étiquette qui gratte dans le cou, celle que je finis par virer avant qu'elle me rende fou. Dans le dernier Magic, par exemple : le label de Franz Ferdinand réédite maintenant la totalité des albums solo de Robert Wyatt (à l'exception du premier... et d'une kyrielle de compilations accessoires). Je n'ai jamais rien noté d'accessoire dans la discographie de Robert Wyatt, à commençer par les compilations : ni Flotsam Jetsam, composé en majeure partie d'enregistrements inédits tirés des archives de la BBC, de la RAI ou de la télévision espagnole, ni Mid-Eighties, soit l'intégralité de l'album Old Rottenhat (peut-être mon album préféré) complété des singles parus à la même époque chez Rough Trade, et encore moins Going Back a Bit : A Little History of Robert Wyatt, un double CD qui était moins une introduction à l'oeuvre du barbu qu'une prodigieuse collection de titres éparpillés sur des albums de Mike Mantler, Nick Mason... ou des disques épuisés. De toute façon, il n'y a jamais assez de compilations de Robert Wyatt pour recenser son oeuvre pléthorique : des internautes monomaniaques ont même trouvé de quoi remplir l'équivalent de deux doubles CD (Odd Ditties et Rarities) en découpant les albums de John Greaves, Bruno Coulais, Phil Manzera, Ryuichi Sakamoto, Ben Watt, Working Week, Epic Soundtracks...

wyatt

J'étais à peine remis de cette contrariété que je tombe sur ce jugement sans appel en lisant Les Inrocks : Lorsqu'un Hot Chip revisite un (mauvais) morceau de Paul McCartney, cela donne cette ballade patraque et parfaite pour les soirées d'hiver. Mais pourquoi Alexis Taylor s'amuserait-il à reprendre "Coming Up" si ce titre était aussi effroyable ? Certainement parce qu'il a été moins playlisté ces dernières années que "Temporary Secretary", et qu'il est lui aussi extrait de McCartney II. En 1979, l'ex-Beatles se familiarise avec l'usage des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. Le résultat, à la fois expérimental et ludique, se rapproche plus de Devo que des Wings. Évidemment, ce n'est pas un hasard si la voix d'or de Hot Chip, pour son premier album solo, a choisi de rendre hommage à celui qui, près de 30 ans plus tôt, avait lui aussi décidé de jouer avec les machines. Sa reprise de "Coming Up" est dépouillée et mélancolique, en parfait contrepoint au tempo enlevé de l'original.

macca_2

Mais j'aurai bon dos de jeter la pierre aux autres. Moi aussi j'écris souvent des bêtises, et je me fais reprendre de volée pratiquement instantanément (comme quand j'affirme de Gen d'Hiroshima est paru pour la première fois en France chez Speed 17, alors qu'il s'agissait de la collection Autodafé). Ce blog paraît avec son lot de certitudes approximatives. Mais ce n'est pas ici qu'on tirera sur la barbe de Robert ou qu'on bradera une cuvée Macca. Je vieillis mal, certes, mais j'entends encore très bien.

Photo : Cromacom

Posté par philippe dumez à 09:37 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Je vieillis mal

    oups

    Philippe,

    Rassurez-vous Philippe, vous écrivez beaucoup moins d'âneries que n'importe quel rédacteur des Inrocks Et vous verriez que si je me lançais dans un blog, je battrais des records en matière d'ineptie. Déjà, rien qu'en donnant mon avis, je frôle des sommets....

    Posté par Kid Charlemagne, 13 novembre 2008 à 22:47 | | Répondre
  • Ah, ce duo Robert Wyatt / Brian Wilson reprenant les Stones chez Sakamoto...

    Posté par rom, 15 novembre 2008 à 09:38 | | Répondre
  • le jour où tu cesseras de t'agacer avec les formules à l'emporte-pièce qui encombrent les journaux spécialisés, soit tu seras aveugle soit tu ne t'intéresseras plus à la musique (quelle horrible perspective, je ne nous la souhaite pas)

    Posté par seb, 15 novembre 2008 à 23:25 | | Répondre
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