08 mai 2008
Give Jonathan One More Chance
La dernière fois, Jonathan Richman et moi, ça ne s'est pas bien passé. Ou plutôt : ça ne s'est pas passé du tout. Alors que j'étais venu le rencontrer au sortir de sa balance ("Il ne devrait pas y avoir de problème", m'avait confirmé l'attaché de presse au téléphone), il m'avait éconduit sans détour. Il ne donnait pas d'interview pendant sa tournée, c'était ferme et sans appel, et si j'avais des questions à lui poser, je n'avais qu'à le faire maintenant, entre deux portes. Mais de toute façon, il devait partir. J'étais loin de m'attendre à un mauvais coucheur pareil. Et même si, le soir venu, il s'était métamorphosé en fontaine de jouvence, je n'avais pas décroché les machoires de tout le concert. Mon petit coeur de fan était meurti.

J'ai raté pas mal de rendez-vous depuis, comme j'aurai très bien pu le manquer à nouveau si une âme charitable ne m'avait pas mis dans la confidence : Jojo fait le Nouveau Casino dans la foulée d'un nouvel album paru de manière hyper confidentielle (en import à moins de 9 euros - port compris - sur amazon.fr à défaut d'être disponible sur les plateformes de téléchargement légal : allez comprendre...). Jojo à deux pas de chez moi ? C'était trop beau. Bruno m'avait mis en garde : à Marseille, quelques jours plus tôt, il n'a pas fait de zèle. A Paris, c'est un peu après 21h00 qu'il monte sur scène accompagné de son compère Tommy Larkins à la batterie. J'ai la chance de pouvoir l'observer de très près et de croiser son regard d'enfant hyperactif, incapable de se fixer plus de 5 secondes, comme s'il cherchait dans les yeux des spectateurs la confirmation de l'instantanéité de son charme. Guitare à l'andalouse, chemise ample, petit bouc grisonnant : il est pourtant irrésistible. A l'image du public fidèle qui vient l'applaudir (et parmi lequel on reconnait toute une série d'enfants illégitimes : Los Chicros, Herman Düne...), Jonathan Richman ne change pas et fait toujours un peu le même concert, oscillant entre la mélancolie du clown blanc et l'euphorie du ravi. Même si le temps commence à le marquer, son visage reste comme un livret ouvert sur lequel se lisent les émotions que font naître ses chansons. Il aurait fait un tabac à l'époque du cinéma muet. Mais ç'eut été dommage de se priver de son falsetto et de toutes ses incursions linguistiques : comme à l'accoutumée, il chante aussi en espagnol et en français, sans aucun complexe.
Son répertoire est essentiellement consacré à ses trois derniers disques : Her Mystery Not of High Heels and Eye Shadow ("Springtime in New York"...), Not So Much To Be Loved As To Love ("He Gaves Us The Wine To Taste It", "My Baby Love Love Loves Me"...) et le tout dernier Because Her Beauty is Raw and Wild ("No One Was Like Vermeer", "Le Printemps des amoureux est revenu"...). Il rôde aussi une toute nouvelle chanson où il explique qu'il ne tient pas à avoir de téléphone portable pour ne pas être dérangé pendant tous les moments qu'il tient à savourer (marcher sur la plage, prendre son petit déjeuner...). Il est tellement fier de son coup qu'il l'interprétera une seconde fois en rappel. En la fredonnant, je ne peux m'empêcher de repenser à la manière dont il m'avait congédié il y a plus de dix ans, et de remplacer "cellular phone" par "interview" (j'ai appris entre temps que, il y a quelques jours encore, il a planté le journaliste de Libération qui était venu le rencontrer à Toulouse). Pris d'une irrésistible empathie pour lui, je reprends le refrain de bon coeur, et j'étreins mon voisin quand les lumières se rallument. Hier soir, Jojo et moi, on s'est réconciliés autour d'une chanson. Je crois que pour la peine, je vais même acheter son nouveau disque.