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Le blog vieille école de Philippe Dumez

02 mai 2008

Les secondes premières fois (4)

Parmi les manies honteuses que j'ai contractées pendant ma vinylite, je me suis passionné pour les étoiles filantes et j'ai souvent cherché à savoir si leur sort éphémère était justifié. J'ai acheté l'album des Korgis pour vérifier qu'il n'y ait pas d'autre tube que "Everybody's Got To Learn Sometime" : non, il n'y en avait pas. J'ai acheté l'album de The Knack, le premier Eric Carmen, le premier Buggles... et un Greatest Hits de 10CC pour dissiper ce malentendu : à quel autre titre de gloire pouvait prétendre un groupe dont la carrière se résumait pour moi à "I'm Not In Love". Le plus curieux était que leur imparable slow se retrouvait relegué en fin de face B, comme s'il s'agissait de la dernière étape d'une suite ininterrompue de succès. J'ai dû l'écouter plusieurs fois sans trop comprendre : le reste des titres n'avait rien à voir avec "I'm Not In Love". "Dreadlock Holiday", par exemple, était une sorte de reggae pop, à la limite de la caricature. Je n'avais pas suffisamment d'affection pour garder ce disque et je m'en suis débarrassé sans scrupules. Je ne sais même pas s'il a trouvé un acheteur ou s'il a fini au sous-sol de Ground Zero.

10cc

Pourtant, moins d'un an plus tard, l'effet Loudon Wainwright III m'a saisi. Et si j'avais soldé un peu trop rapidement l'affaire 10 CC ? Méthodiquement, je décide de rouvrir le dossier. Il fallait sans doute que je passe par la case Steely Dan pour l'appréhender d'une oreille neuve, puisque les deux groupes fonctionnent selon le même mode opératoire : le détournement de fonds. Leurs chansons ressemblent à des pyramides construites à l'envers et qui tiendraient sur le toit : c'est un miracle qu'elles ne s'effondrent pas sous le poids des références dont elles sont constituées. Avant de devenir fous, leurs architectes ont commencé par tout assimiler : la pop californienne, le doo-wap, le rock'n'roll... L'intro de "Donna", le premier single de 10CC, ressemble à une version pitchée de "O Darling" des Beatles, à mi-chemin entre la parodie et l'hommage. Et c'est sur le fil du razoir que commence la carrière du groupe : comme si les Monthy Python avaient décidé de réécrire les chansons du début de Spinal Tap. Sauf que nous sommes en Angleterre, au début des années 70, et que Spinal Tap n'a pas encore germé dans l'esprit de Rob Reiner.

Très vite, d'autres références viennent à l'esprit. Todd Rundgren, pour cette facilité à synthétiser le meilleur des autres sans les singer. Mais 10CC possède un grain de folie en plus qui préfigure les albums de Queen : chaque chanson est un concentré d'idées, de fausses pistes et de chausses-trappes. C'est à la fois ludique et incroyablement limpide, déstabilisant et passionnant. "I'm Not In Love" est certainement le titre le moins représentatif du groupe puisque c'est le plus linéaire : mais c'est aussi le plus immédiat. Ce n'est pas sans raison qu'il est devenu un tube planétaire. Heureusement, il existe des Greatest Hits qui rappellent aux étourdis que la carrière de 10CC ne s'arrête pas à un slow. Malheureusement, à ces étourdis-là, il leur faut aussi un mode d'emploi, et quelques recommandations : si vous êtes fan de ELO, des Wings ou de Steely Dan, c'est du tout cuit. Mieux encore : si Ween avait existé dans les années 70, il aurait certainement sonné comme 10CC. Après avoir piqué leurs intros aux autres, c'est à leur tour de servir de modèle : en 1997, Air se sert de celle de "Dreadlock Holiday" sur Premiers Symptômes. La boucle est bouclée. Une boucle d'or, évidemment.   

Posté par philippe dumez à 00:20 - disque - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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