02 mai 2008

Les secondes premières fois (4)

Parmi les manies honteuses que j'ai contractées pendant ma vinylite, je me suis passionné pour les étoiles filantes et j'ai souvent cherché à savoir si leur sort éphémère était justifié. J'ai acheté l'album des Korgis pour vérifier qu'il n'y ait pas d'autre tube que "Everybody's Got To Learn Sometime" : non, il n'y en avait pas. J'ai acheté l'album de The Knack, le premier Eric Carmen, le premier Buggles... et un Greatest Hits de 10CC pour dissiper ce malentendu : à quel autre titre de gloire pouvait prétendre un groupe dont la carrière se résumait pour moi à "I'm Not In Love". Le plus curieux était que leur imparable slow se retrouvait relegué en fin de face B, comme s'il s'agissait de la dernière étape d'une suite ininterrompue de succès. J'ai dû l'écouter plusieurs fois sans trop comprendre : le reste des titres n'avait rien à voir avec "I'm Not In Love". "Dreadlock Holiday", par exemple, était une sorte de reggae pop, à la limite de la caricature. Je n'avais pas suffisamment d'affection pour garder ce disque et je m'en suis débarrassé sans scrupules. Je ne sais même pas s'il a trouvé un acheteur ou s'il a fini au sous-sol de Ground Zero.

10cc

Pourtant, moins d'un an plus tard, l'effet Loudon Wainwright III m'a saisi. Et si j'avais soldé un peu trop rapidement l'affaire 10 CC ? Méthodiquement, je décide de rouvrir le dossier. Il fallait sans doute que je passe par la case Steely Dan pour l'appréhender d'une oreille neuve, puisque les deux groupes fonctionnent selon le même mode opératoire : le détournement de fonds. Leurs chansons ressemblent à des pyramides construites à l'envers et qui tiendraient sur le toit : c'est un miracle qu'elles ne s'effondrent pas sous le poids des références dont elles sont constituées. Avant de devenir fous, leurs architectes ont commencé par tout assimiler : la pop californienne, le doo-wap, le rock'n'roll... L'intro de "Donna", le premier single de 10CC, ressemble à une version pitchée de "O Darling" des Beatles, à mi-chemin entre la parodie et l'hommage. Et c'est sur le fil du razoir que commence la carrière du groupe : comme si les Monthy Python avaient décidé de réécrire les chansons du début de Spinal Tap. Sauf que nous sommes en Angleterre, au début des années 70, et que Spinal Tap n'a pas encore germé dans l'esprit de Rob Reiner.

Très vite, d'autres références viennent à l'esprit. Todd Rundgren, pour cette facilité à synthétiser le meilleur des autres sans les singer. Mais 10CC possède un grain de folie en plus qui préfigure les albums de Queen : chaque chanson est un concentré d'idées, de fausses pistes et de chausses-trappes. C'est à la fois ludique et incroyablement limpide, déstabilisant et passionnant. "I'm Not In Love" est certainement le titre le moins représentatif du groupe puisque c'est le plus linéaire : mais c'est aussi le plus immédiat. Ce n'est pas sans raison qu'il est devenu un tube planétaire. Heureusement, il existe des Greatest Hits qui rappellent aux étourdis que la carrière de 10CC ne s'arrête pas à un slow. Malheureusement, à ces étourdis-là, il leur faut aussi un mode d'emploi, et quelques recommandations : si vous êtes fan de ELO, des Wings ou de Steely Dan, c'est du tout cuit. Mieux encore : si Ween avait existé dans les années 70, il aurait certainement sonné comme 10CC. Après avoir piqué leurs intros aux autres, c'est à leur tour de servir de modèle : en 1997, Air se sert de celle de "Dreadlock Holiday" sur Premiers Symptômes. La boucle est bouclée. Une boucle d'or, évidemment.   

Posté par philippe dumez à 00:20 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur Les secondes premières fois (4)

    Une question au Docteur D

    10cc, ELO, Steely Dan... Allez encore un petit effort Dumez, Supertramp te tend les bras et tu regretteras bientôt d'en avoir dit du mal, sale petit punk!
    Ceci dit, bien vu, le rapprochement avec Ween semble soudain évident! (en même temps, en fan hardcore, tu sais de quoi tu parles!)
    D'autre part j'ai entendu dire que le nom « 10cc » était une référence à 10 cm3 qui serait le volume moyen de l'éjaculat masculin. Juste par curiosité, dis Onc' Philippe c'est vrai?

    Posté par Tuco, 02 mai 2008 à 10:57 | | Répondre
  • 1. Les Monty Python qui réécriraient les chansons de "Spinal Tap", ça ne serait pas The Rutles, par hasard ?

    2. Moi qui ait possédé l'album sur lequel figure "Dreadlock Holiday" ("Bloody Tourists"), je n'ai jamais pu faire le lien entre le groupe que j'ai connu via ce disque et celui qui a écrit cette grosse bavouille de "I'm not in love".

    3. Pour 10cc=10cm3, je confirme la rumeur. (Cependant, mon groupe s'appelle 1cc.) Selon Philippe Auclair dans le "Dictionnaire du Rock", "le nom a en réalité été choisi pour apparaître de la façon la plus frappante qui soit sur les listes des meilleures ventes."

    Posté par Vincent, 02 mai 2008 à 11:34 | | Répondre
  • Ca fait un moment que je compte m'acheter un cd de 10CC, je guette fébrilement des éditions correctes et bon marché chez Gibert ou sur amazon, je n'ai pas encore reussi à me décider.
    Mais comme je suis un fan de ELO et de Rundgren et que j'aime bien Steely Dan...
    Pour aller dans le sens de Tuco et j'ai aussi entamé des démarches pour me procurer un album correct de Supertramp et Billy Joel est mon futur chantier...

    Posté par M.Pat, 02 mai 2008 à 20:32 | | Répondre
  • Les (super)Cloches sonnent

    La promo du week-end : du bootleg de Supertramp 75/76 (avant le petit déjeuner américain donc) à télécharger ici :
    http://mrtoutou.free.fr/

    Posté par Tuco, 03 mai 2008 à 12:54 | | Répondre
  • Dreadlock holiday et I'm Not in Love, c'est de la balle, moi je dis...
    J'ai acheté à une époque la ressortie cd de The Original Soundtrack, tres bien...
    En même temps, ne faites pas attention à ce que je dis, je suis en pleine période Fleetwood Mac.
    (Eric Stewart de 10 cc a bossé avec Paul McCartney sur Press to Play)

    Posté par JC DERRIEN, 05 mai 2008 à 21:42 | | Répondre
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