i wanna be your blog

Le blog vieille école de Philippe Dumez

01 mai 2008

The Year That Never Was

A mon grand désolement, je constate semaine après semaine que l'interview a tendance à devenir un passage obligé dont ni le sujet ni le conducteur ne sortent gagnants. Le journaliste est venu avec ses questions, l'artiste avec ses réponses : mais de rencontres, j'en assiste à bien peu. J'ai eu plusieurs fois ce sentiment en lisant l'entretien accordé par Gonzalez aux Inrockuptibles la semaine dernière. Ce qui est choquant, en le lisant, c'est que l'intéressé cumule les perches : " Le monde avant que n'intervienne cette infection du punk, cette idée horrible que tout le monde peut faire de la musique... il n'y avait pas cette merde de labels indépendants ou démocratisation de la musique". Il faut quand même avoir un culot incroyable pour sortir des perles pareilles à un magazine qui a encore consacré un hors-série au punk l'année dernière et qui a fait des labels indépendants son fond de commerce depuis le tout premier numéro. Surtout quand on se souvient que les trois premiers albums de Gonzalez, avant de signer sur Universal, ont été publiés par... Kitty-Yo.

gonzo

J'ai d'abord été scandalisé par ces propos, imaginant un monde selon Gonzalez où l'année 1977 aurait été rayée du calendrier. C'était même une super idée de fiction : 1977, the year that never was. Pas de Clash, pas de Jam, pas de Talking Heads et pas de Buzzcocks. Pas de Wire ensuite, pas de Blondie, pas de Devo, pas de Television, pas de Pere Ubu, pas de Joy Division... notre paysage musical entièrement remodelé. Eric Clapton, Supertramp et les Eagles à jamais détrônés. Aerosmith, Genesis et Yes remboursés par la Sécurité Sociale.  Une hypothèse fascinante bien que terrifiante.

Évidemment, il fallait lire entre les lignes. Il suffit de voir Gonzalez se revendiquer de Andy Kaufman pour comprendre qu'il s'agit d'une provocation. Mais est-ce bien clair pour le magazine, qui met en exergue la citation concernant le punk sans nul autre forme de commentaire ou d'avertissement, allant même jusqu'à préciser en entrée que le disque de Gonzalez ne contient "aucune trace de cynisme, de manipulation ou de parodie" ? Il y aurait eu matière à aller un peu plus loin. Malheureusement, rien de celà au menu du numéro de la semaine dernière. Juste la question suivante  : "Tu as des modèles, dans les années 70, qui t'ont inspiré ?'. Moi, les interviews des Inrockuptibles m'ont énormément inspiré. Sans évoquer le Saint-Graal que constitue celle de Leonard Cohen sur 24 pages parue en 1991 (numéro 30, daté juillet/août) , elles m'ont donné envie de lire, d'écouter et certainement d'écrire. Dommage qu'aujourd'hui, formatage oblige, on entende le bruit du magnéto qui s'arrête au bout de 30 minutes. 

Posté par philippe dumez à 00:25 - miettes - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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