01 mai 2008

The Year That Never Was

A mon grand désolement, je constate semaine après semaine que l'interview a tendance à devenir un passage obligé dont ni le sujet ni le conducteur ne sortent gagnants. Le journaliste est venu avec ses questions, l'artiste avec ses réponses : mais de rencontres, j'en assiste à bien peu. J'ai eu plusieurs fois ce sentiment en lisant l'entretien accordé par Gonzalez aux Inrockuptibles la semaine dernière. Ce qui est choquant, en le lisant, c'est que l'intéressé cumule les perches : " Le monde avant que n'intervienne cette infection du punk, cette idée horrible que tout le monde peut faire de la musique... il n'y avait pas cette merde de labels indépendants ou démocratisation de la musique". Il faut quand même avoir un culot incroyable pour sortir des perles pareilles à un magazine qui a encore consacré un hors-série au punk l'année dernière et qui a fait des labels indépendants son fond de commerce depuis le tout premier numéro. Surtout quand on se souvient que les trois premiers albums de Gonzalez, avant de signer sur Universal, ont été publiés par... Kitty-Yo.

gonzo

J'ai d'abord été scandalisé par ces propos, imaginant un monde selon Gonzalez où l'année 1977 aurait été rayée du calendrier. C'était même une super idée de fiction : 1977, the year that never was. Pas de Clash, pas de Jam, pas de Talking Heads et pas de Buzzcocks. Pas de Wire ensuite, pas de Blondie, pas de Devo, pas de Television, pas de Pere Ubu, pas de Joy Division... notre paysage musical entièrement remodelé. Eric Clapton, Supertramp et les Eagles à jamais détrônés. Aerosmith, Genesis et Yes remboursés par la Sécurité Sociale.  Une hypothèse fascinante bien que terrifiante.

Évidemment, il fallait lire entre les lignes. Il suffit de voir Gonzalez se revendiquer de Andy Kaufman pour comprendre qu'il s'agit d'une provocation. Mais est-ce bien clair pour le magazine, qui met en exergue la citation concernant le punk sans nul autre forme de commentaire ou d'avertissement, allant même jusqu'à préciser en entrée que le disque de Gonzalez ne contient "aucune trace de cynisme, de manipulation ou de parodie" ? Il y aurait eu matière à aller un peu plus loin. Malheureusement, rien de celà au menu du numéro de la semaine dernière. Juste la question suivante  : "Tu as des modèles, dans les années 70, qui t'ont inspiré ?'. Moi, les interviews des Inrockuptibles m'ont énormément inspiré. Sans évoquer le Saint-Graal que constitue celle de Leonard Cohen sur 24 pages parue en 1991 (numéro 30, daté juillet/août) , elles m'ont donné envie de lire, d'écouter et certainement d'écrire. Dommage qu'aujourd'hui, formatage oblige, on entende le bruit du magnéto qui s'arrête au bout de 30 minutes. 

Posté par philippe dumez à 00:25 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur The Year That Never Was

    Un gonze à l'aise

    Et surtout : Pas de Plastic Bertrand! En voilà un beau sujet pour la prochaine saison de « Fan fictions »... Rassure moi, il y aura bien une saison 2 non?

    Posté par Tuco, 01 mai 2008 à 13:32 | | Répondre
  • Reste plus qu'à attendre Volume

    Posté par Chryde, 01 mai 2008 à 13:43 | | Répondre
  • Et en plus son dernier album à Gonzalez il est plutôt moyen ( je préférais quand il se prenait pour Satie ! )donc je vais persister dans la voie Billy Joel...
    Pour les inrocks bien que fidèle abonné je les lis à présent aussi vite que Télérama : en diagonale avec un mois de retard... Ils n'ont toujours pas chroniqué le dernier Married Monk :-[

    Posté par M.Pat, 04 mai 2008 à 00:35 | | Répondre
  • gonzo ?

    Même si on peut forcement s'interroger sur le vide de cette interview, le probleme du format des inrocks, leur manque insensé de réflexion et de recul , franchement au vu de beaucoup d'interviews dudit Gonzales ( toujours cette notion abjecte d'elite artistique même dans "A nous paris", a quoi cela sert de faire du andy kaufman dans "a nous paris" ?) , à l'ecoute de son disque minable ,de ses prods creuses à succes type Feist ,on peut franchement se demander si l'interviewer creux des inrocks finalement ne montrerait il pas la verite nue: gonzales est un sale con

    Posté par elmo, 06 mai 2008 à 18:34 | | Répondre
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