15 avril 2008

Les secondes premières fois (1)

Si les raisons de bazarder ma discothèque vinyle ne manquaient pas quand j'ai commis cet acte que certains ont qualifié d'irresponsable, d'irréparable et d'insensé, j'ai la confirmation, semaine après semaine, d'avoir fait le bon choix. A force de reboiser continuellement la forêt, je finissais par ne plus voir ses plus beaux arbres. Et je redécouvre aujourd'hui en digital des disques que j'avais négligés en physique. Pour quelle raison ? Etait-ce une question de temps, d'envie, de matériel ? Je ne cherche pas à savoir : je me contente de jouir d'eux aujourd'hui comme si c'était la première fois. Parce que c'est un peu la première fois. La seconde première fois, on va dire.

blog_laurie

J'avais acheté Big Science de Laurie Anderson sur la foi de "O Superman", bien que je possédais déjà le 45 tours (qui, avec ses 8'27 au compteur, est sans doute le 45 tours le plus long de l'histoire de la musique enregistrée). J'ai dû l'écouter sans faire trop attention, sans le considérer à la hauteur de ce qu'il est : un disque de passeur, à la frontière entre l'expérimental et le mainstream, comme l'étaient les albums de David Bowie dans les années 70 (ou les disques de Radiohead aujourd'hui, mais ça me fait vraiment chier de citer Radiohead en exemple). Je n'aurai certainement jamais eu l'idée de le réévaluer si Dan The Automator n'avait pas revisité "From Air", le morceau qui ouvre Big Science par cette phrase prophétique : "This Is The Time / And This Is The Record / Of The Time". Après avoir téléchargé le remix, j'ai eu envie de revenir à l'original, pour constater que finalement tout était déjà là, à une boucle de batterie près que le DJ n'a plus eu qu'à superposer.

J'aurai mis 25 ans à apprécier Big Science. Heureusement, d'autres auront mis moins de temps à se l'approprier : de Anne Clark, qui ne se sera jamais tellement éloigné de sa recette synthétique, à Arthur Russel,  qui l'aura interprétée de manière plus abstraite. Moi, je suis encore au stade du novice : si j'ai encore un peu de mal avec la cornemuse de "Big Sweaters", je me passionne pour le reste de cette oeuvre aussi novatrice qu'accessible, et dont la singularité n'a pas été entamée par les années. Ni par la numérisation : ce son froid et compressé lui convient parfaitement. Les disques de 1982 n'ont pas dit leur dernier mot. Les garçons de 1970 non plus. 

Posté par philippe dumez à 20:38 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Les secondes premières fois (1)

    Anne Clark, très cher. (Mais Arthur C. Clarke, qui est peut-être entré en collision dans ton esprit avec Anne...)

    Posté par Vincent, 16 avril 2008 à 20:23 | | Répondre
  • Je n'ai pas réécouté cet album que j'aimais beaucoup depuis au moins quinze ans mais je suis convaincu qu'il est toujours ensorcelant. Cette chronique m'a donné envie de le réécouter.
    Au départ O Superman m'avait parue très étrange et j'avais eu du mal à m' y acclimaté. Peu à peu j'ai quand même préféré les autres morceaux, surprenants amalgames d'avant-garde et de pop dépouillé.
    Je dois donc retrouver le disque....

    Posté par scribebartleby, 16 avril 2008 à 21:14 | | Répondre
  • j'ai découvert pour ma part l'existence de cet album par la reprise du O Superman par André Herman Dune dans un appart' parisien.

    Posté par sebastien, 16 avril 2008 à 22:29 | | Répondre
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