12 avril 2008

J'ai vu le loup

La soirée avait pourtant mal commencé. Contrairement au concert de Jonquil la semaine dernière, ce n'était pas le monde qui manquait. Ce n'était pas la tête d'affiche non plus, puisque Peter & The Wolf (un des disques que j'ai le plus écouté l'an dernier) se produisait pour la première fois à Paris. C'était la place qui manquait : difficile d'en trouver à l'heure du premier service à la Bellevilloise. Il y a bien une petite estrade au milieu du restaurant, mais il y a surtout des clients qui attendent d'être placés et des serveuses manifestement débordées qui essaient de se frayer un chemin parmi les spectateurs qui, eux, tentent de voir quelque chose. C'est un peu n'importe quoi. Surtout quand on pense que le pauvre Red Hunter (le Gérard Philippe de Peter & The Wolf) n'a que sa guitare acoustique pour se faire entendre. L'expérience est aussi éprouvante pour le public que pour le chanteur : il l'abrège au bout d'une demi-heure de chansons essentiellement tirées de Lightness, son chef d'oeuvre. C'est d'autant plus frustrant que, dans un autre cadre, ça aurait pu être boulversant : s'il ne ressemble à strictement rien d'autre qu'à un étudiant américain en goguette, Red Hunter habite ses chansons à la manière d'un John Darnielle. A la fin du supplice, il vend des copies sur CD-R de ses disques qu'il a confectionnées dans l'après-midi : il a lui-même réhaussé les photocopies des pochettes avec des feutres de couleur. Je les achète tous, même Lightness que je connais pas coeur, en espérant trouver à leur écoute ce que j'ai déspespérement cherché ce soir : un peu d'intimité.

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Mais la soirée n'est pas terminée. Chryde n'a pas envie que Red reste sur cette mauvaise impression et il lui propose d'aller prendre un verre ailleurs. Peut-être même qu'il chantera d'autres chansons... A la terrasse d'un café de la rue Sorbier, on s'installe. Red explique, en sortant son ukulélé, qu'il a suivi une formation musicale classique, mais qu'il a fini par préférer la guitare afin de pouvoir voyager avec. Il n'écoutait pas tellement de musique avant de se mettre lui-même à composer, et il s'entraîne actuellement à mémoriser les meilleures chansons des Beatles. Nous le mettons au défi : "She's Leaving Home" ? "Rocky Raccoon" ? Après en avoir cherché les accords, c'est parti pour "Rocky". Puis "In My Life" et "Sexy Sadie". Il chante doucement, pour lui-même, comme s'il répétait chez lui. L'instant est évidemment magique : Peter & The Wolf chante les Beatles pour quatre témoins privilégiés. Seulement quatre ? Le reste de la tablée a d'autres chats à fouetter : ça commente (fort) les résultats de la Nouvelle Star.  Je suis consterné : pour la seconde fois consécutive ce soir, presque personne ne fait attention à lui.

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Red bute sur "Martha My Dear". Il n' y arrive pas. Il a beau s'obstiner, ça ne sort pas. Il passe à "I'm So Tired", "Mother Nature's Son", "Dear Prudence" (la plus facile à jouer selon lui) et range son instrument. On parle un peu de sa production, du fait qu'il n'ait pas de label et qu'il vive sur les quelques commandes qu'il reçoit tous les jours par mail, des propositions de tournée en Allemagne, de "Ivory Palms", son second-album-qu'il-ne-considère-pas-comme-son-second-album vu qu'il ne le trouve pas encore au niveau de "Lightness", de son statut de nomade qu'il assume parfaitement. Par la précarité de sa situation, qui ne semble pas l'inquiter le moins du monde, il me rappelle Stanley Brinks. A l'heure où Itunes est le plus gros vendeur de musique aux Etats-Unis, l'école du CD-R  ne baisse pas les armes. Elle persiste et signe. Au feutre indélébile.

PS : Les albums de Peter & The Wolf sont aussi diponibles sur Emusic.

Posté par philippe dumez à 13:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur J'ai vu le loup

    La soirée de samedi, dans un appart, était totalement différente, et Red n'était pas le même homme : il a rendu bouleversantes des chansons qui n'étaient que douces sur disque, passait d'un morceau lent et superbe, jouée à genoux, à une espèce de rock endiablé... Il a fini en jouant des reprises des Daft Punk avec Vincent des Kids are Dead au clavier.
    Ha, et la première partie, Alban Dereyer avec le même Vincent, c'était aussi sublime...

    Posté par Chryde, 13 avril 2008 à 20:56 | | Répondre
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