16 juin 2007

L'ombre du Zogre

zogreJe ne vous ai jamais parlé de l’addiction que j’ai développé envers les livres pour enfants. Non seulement parce que je dois en lire jusqu’ à trois tous les soirs pour pouvoir espérer regarder une série tranquille, mais aussi parce que j’ai beaucoup d’admiration pour les illustrateurs qui renouvellent ce genre encore gangrené par des mauvaises adaptations de Walt Disney éditées par France Loisirs ou les horreurs estampillées Nicole Lambert. J’en achète beaucoup sur les vide-greniers parce que les enfants passent vite à autre chose et qu’ils sont toujours prêts à brader un Sardine de l’espace, un Nadja ou un Richard Scarry contre quelques dizaines de cents d’euro. Sans parler des soldeurs qui recyclent les services de presse avant même leur sortie en magasin. J’aimerai transmettre aux zouzous le goût de la lecture avant qu’ils deviennent otages de l’interactivité. Si j’échoue, j’aurai au moins gagné une belle bibliothèque tout public dans laquelle je trouve toujours mon compte.

En ce moment, le grand bonhomme fait une fixette sur Zogre, créature poilue issue de l’imagination de Anouk Ricard, une illustratrice qui a pleinement intégré l’ordinateur à son travail pour aboutir à un minimalisme réhaussé de couleurs pop. Ça fait un moment que j’achète ses livres (Album de famille, qui donne l’impression d’avoir été entièrement réalisé avec des feutres de couleurs, Je vole comme une patate… ) et les magazines qu’elle illustre (Capsule Cosmique, Petites Histoires…mais aussi les enquêtes du commissaire Toumi dans Ferraille) , mais je crois que j’avais rarement eu autant de succès qu’avec Zogre, ses "Bogalup" et ses "Olamiam", alors même qu’il s’agit d’un travail de commande réalisé pour le compte du groupe Danone et coédité par Gallimard Jeunesse.

Chaque double page comporte un rabat éducatif consacré aux vertus d’une alimentation saine (constituée de produits sélectionnés par les nutritionnistes du groupe Danone qui sont, comme on peut l’imaginer, des modèles de neutralité), mais le grand bonhomme et moi, on les zappe systématiquement pour mieux apprécier le trait naïf et l’humour crétin de Zogre, grand dévoreur de lacets de papa, mauvais conducteur en tricycle et renverseur de peinture hors-pair. Même s’il donne le mauvais exemple, c’est paradoxalement le personnage auquel les enfants s’identifient le plus. Zogre contiendrait-il un message subliminal de rébellion contre le groupe agro-alimentaire français numéro 1 des produits laitiers fais ?

Posté par philippe dumez à 18:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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