05 juin 2007

Le second plus gros bûcheur du show-business

mood_swingsVous n’avez pas l’idée de comment je me complique la vie parfois. Je reste planté une heure avec Mood Swings (‘90-’85 & More) de Ben Vaughn entre les pattes, tout ça parce que je l’ai déjà (je l’ai téléchargé sur un blog) mais en fait pas vraiment (je n’ai pas la pochette, le livret et le droit de la ramener vu que je ne l’ai pas payé). J’ai la possibilité de l’acheter d’occasion, ce qui est à la fois une aubaine (les CD de Ben Vaughn ne courent pas les bacs), une bonne affaire et un acte totalement inutile (puisque l’intéressé ne touche évidemment pas un cent dessus et que je l’ai déjà en MP3). Mais plutôt que de regretter de ne pas l’avoir fait, je m’en porte acquéreur. Autant pour soutenir la seconde main, qui ne se porte pas très bien, que pour ne pas laisser le pauvre Ben tricard. Il faut dire qu’il ne doit pas croiser quelqu'un qui se prenne la tête à son sujet tous les jours.

Pourtant, ce ne sont pas les raisons de s’intéresser au bonhomme qui manquent. BenVaughn est certainement un des musiciens les plus discrets de ces 30 dernières années, ayant su dépasser la condition de fan élevé aux grandes ondes américaines (auxquelles il rend hommage sur l’album de reprises Mono) pour devenir un parolier espiègle ("I Feel Like Jerry Lewis in France When You Hold Me Tight", "I’m Sorry But So Is Brenda Lee" , "I Dig Your Wig" …) et un musicien accompli (il a produit le 12 Golden Country Greats de Ween). S’il ne bénéficie pas de l’aura de Jonathan Richman, il a par contre su se renouveler plus d’une fois au travers de projets originaux (Rambler 65, son avant-dernier disque, était enregistré dans une voiture, Designs in Music, le tout dernier, est un hommage au easy-listening...) et de collaborations inattendues (Cubist Blues, aux cotés d’Alan Vega et Alex Chilton, Glasgow Time, avec la participation de membres de Teenage Fanclub et de Belle & Sebastian). Sans jamais remporter la timbale : à l’instar de Randy Newman, « The second-hardest working man in show business » ne doit son salut qu’aux bandes originales (dont celle de la série That 70’s Show) qu’il signe.

Dans le livret de Mood Swings, le journaliste Robert Gordon écrit à son sujet : « Ben Vaughn n’essaie pas d’être un artiste malgré lui, de tourner le dos à son époque ni d’être en position d’arbitre - il écrit en restant fidèle à lui-même. Cette compilation, comme l’intégralité de sa discographie, représente sa contribution au rock&roll et s’adresse tout autant à votre tête qu’à vos pieds. Il n’y a rien ici qui soit susceptible de s’aligner sur Tommy, mais vous pourriez trouver quelque chose qui s’adresse à un endroit particulier de votre corps qui est loin d’être négligeable, quelque chose susceptible de vous faire danser sur vous-même ou jouer au moulin à vent avec votre guitare ». Rien que pour ces lignes bien senties (qui viennent conclure un portrait bien troussé), j’ai bien fait de l’acheter « en vrai ». Même si je ne suis plus bien sûr de savoir distinguer le « vrai » du « faux ».

Posté par philippe dumez à 23:15 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Le second plus gros bûcheur du show-business

    Ben Vaughn avait sorti un 45 tours sur le label de Glasgow 53rd & 3rd, dans les années 80, My Own Band ou quelquechose comme ça, quelqu'un connait ce titre?

    Posté par noo, 06 juin 2007 à 17:58 | | Répondre
  • www.benvaughn.net : ils disent My first band, 1985

    Posté par sebastien, 06 juin 2007 à 19:22 | | Répondre
  • C'est le premier single du Ben Vaughn Combo, qui commence par un motif à l'orgue évoquant "Louie Louie". Je ne peux pas m'empêcher de vous livrer l'anecdote rapportée par Ben dans le livret de Mood Swings à ce sujet : "On a mis en boîte My First Band dans la cave des parents d'Aldo en une après-midi, avec le bruit de la machine à laver en prime. Aldo jouait de la basse avec un main et appuyait sur le bouton pour démarrer l'enregistrement avec l'autre. On a dû s'arrêter quand son père est rentré pour dîner".

    Posté par philippe dumez, 07 juin 2007 à 20:39 | | Répondre
  • Comment résister à quelqu'un dont l'idée du plaisir (partagé), quand il passe par Paris, est de donner un concert gratuit au débotté, au Nouveau Casino, pour quelques dizaines de curieux ou fans convoqués à la dernière heure ? Des années après, j'en ai un sourire crétin aux lèvres dès que ce souvenir revient...

    Posté par Comte Xanax, 15 juin 2007 à 16:52 | | Répondre
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